Alors que l’Iran a pendu le 13 juillet 2020 Mahmoud Moussavi Majd, un ancien interprète iranien condamné pour espionnage au profit du Mossad (et de la CIA), une affaire du même type impliquant le Hamas et la centrale de renseignement israélienne vient d’être confirmée. Dans le cas iranien, la taupe qui résidait en Syrie aurait transmis des informations sur les actions iraniennes dans ce pays. Mais la mort le 3 janvier 2020 du major-général Qassem Soleimani (le chef de la force Al-Qods des pasdarans) tué par un drone américain à Bagdad ne peut lui être imputée. En effet, Moussavi Majd avait été arrêté en 2018, soit deux ans plus tôt ! Ce n’est sans doute pas un hasard si cette exécution intervient au moment où l’Iran connaît une série d’incendies mystérieux, certains visant directement le complexe militaro-industriel. Cela résonne comme un avertissement à tous ceux qui seraient tentés de collaborer avec les ennemis « sionistes ».

La seconde affaire concernant le Mossad tient dans le fait qu’il aurait recruté plusieurs membres des forces de sécurité palestiniennes dont Mohammad Abou Ajwa, un des anciens chefs des nageurs de combat des brigades Izz al-Din al-Qassam, le bras armé du Hamas. En fait, depuis, il aurait occupé des fonctions supérieures qui lui auraient donné accès à de nombreuses informations vitales. Sur le point d’être démasqué, il aurait fui en Israël à bord d’une embarcation gonflable avant d’être récupéré en mer par un navire israélien. L’opération d’exfiltration aurait duré 72 heures. Il est possible que le frère d’Abou Ajwa ait fait partie du voyage. Le fugitif aurait emmené avec lui de précieux renseignements contenus dans un ordinateur.

Le commandement du Hamas annonce de son côté que seize membres de ses membres ont été parallèlement arrêtés pour espionnage et appartenance à Daech (voulant prétendre que l’État hébreu collabore avec cette organisation terroriste…).

Ajwa aurait été recruté par le Mossad en 2009, c’est-à-dire juste après la guerre « des tunnels » qui dura du 27 décembre 2018 au 18 janvier 2019 qui causa la mort de 1.330 personnes du côté palestinien et de 13 du côté israélien!

Mousa Abou Marzouk, le numéro deux Hamas, a été obligé de reconnaître la véracité de cette affaire tout en la minimisant et tentant de se livrer à un contre-feu de désinformation. La nouvelle avait en effet filtré via l’agence de presse saoudienne al Arabiya avant d’être confirmée par des medias israéliens. Selon les informations publiées « le fugitif avait fourni des informations sur les déplacements des leaders du Hamas, les lieux de stockage de ses armes et les camps d’entraînement pour ses cadres (des brigade al Qassam) ». Marzouk a affirmé qu’aucun responsable de haut niveau n’était impliqué dans cette affaire et que Abou Ajwa avait été arrêté avec son frère. Il est vrai que son nom n’était pas connu de la presse,  mais cela n’a rien d’étonnant pour un responsable de la branche armée du Hamas, qui plus est, ex-membre d’une section spéciale chargé de monter des coup de main clandestins.

Cette unité s’est fait connaître pour un raid effectué par quatre de ses membres le 8 juillet 2014 sur la plage Zikim. Les commandos ont été neutralisés par les Forces de Défense Israéliennes après s’être attaqués à un bulldozer et à un char de bataille Merkava. L’affaire aurait été commanditée par Ahmed Andur, un responsable terroriste bien connu des services israéliens à l’époque. Ce dernier a vraisemblablement été tué lors de frappes aériennes déclenchées – sans doute en représailles – par les Israéliens sur le nord de la bande de Gaza le 10 juillet 2014.

Conclusion : la communauté du renseignement israélienne prouve une fois de plus son efficacité : recrutement d’une taupe au sein de l’appareil sécuritaire du Hamas, opération d’exfiltration réussie (mais qu’est devenue la famille de l’agent ? elle risque de subir durement les conséquences de sa trahison). La principale raison de cette valeur tient au fait que les Israéliens se considèrent comme étant en guerre depuis la création de l’État hébreu et, qu’en conséquence, le pouvoir politique accorde à ses services toutes sa confiance, son attention et lui délivre les moyens humains et matériels nécessaires. Surtout, il est prêt à « assumer » en cas d’échec…

Mais dans le cas présent, le fait d’avoir été obligé d’exfiltrer un agent en passe d’être arrêté stoppe le processus de manipulation qui permettait de recevoir des renseignements frais au fil des jours. Même si la taupe ramène avec elle quantité d’informations, leur validité s’arrête au moment où l’agent a quitté son poste. Sa mise à l’écart est un coup dur pour le Mossad qui va devoir repartir à zéro pour recruter une nouvelle source bien placée. Cela ne va pas être évident d’autant que le Hamas est maintenant sur ses gardes…

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Alain Rodier

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