Fin juin 2020, la Guardia de Finanza italienne de Naples a procédé à une impressionnante saisie de 14 tonnes d’amphétamines dans le port de Salerne. 84 millions de comprimés de captagon (la « drogue du jihad ») dissimulés dans des rouleaux de papier industriel transportés dans trois containers ont été découverts. À la revente, il y en avait pour près d’un milliard d’euros. Les autorités soupçonnent Daech d’être à l’origine de ces produits qui auraient été fabriqués sous son contrôle dans des laboratoires syriens avant d’être exportés vers l’Europe. Or, le port de Salerne est vérolé par la plus puissante mafia italienne, la Camorra. Deux clans gouvernent le port : celui d’Agostino-Panella et celui des Tafuri. Il est impossible qu’ils n’aient pas été – au minimum – au courant (avec les taxes inhérentes qui s’imposent pour la « protection » du trafic). Selon les enquêteurs, la drogue dissimulée était indétectables par les moyens techniques de surveillance habituels (scanners, chiens, etc.). Mais la cargaison avait été repérée en amont dans le cadre d’une enquête sur les trafics menés par la camorra. À savoir que la période de confinement qui a suivi l’épidémie de coronavirus a presque complètement asséché les sources d’approvisionnement des réseaux de distribution de drogues européens. Ce serait pour cette raison qu’un transfert de « marchandises » de cette importance aurait été décidé (généralement, les organisations criminelles transnationales ne prennent pas de tels risques). Ce qui est aussi intéressant, c’est de constater que Daech collabore avec le crime organisé, sa capacité de production dépassant largement ses possibilités de distribution, en particulier sur le continent européen. Plus généralement, les drogues synthétiques ont tendance à suppléer aux manques en opiacés et cocaïne qui n’arrivent plus à destination pour l’instant. Aux consommateurs de s’adapter. Daech doit continuer à financer ses « provinces » et pour cela, tous les trafics sont bons même s’ils sont « haram » (interdits) par leurs idéologues religieux. Comme pour les taliban afghans grands pourvoyeurs de produits opiacés, des arrangements avec les textes sacrés et la morale islamique sont trouvés…

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Alain RODIER

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