Si vous avez peur d’être atteint par le Covid-19 plus connu sous le nom de coronavirus, vous pouvez rejoindre un pays de la planète dont les autorités affirment qu’elles ont détecté « zéro cas, zéro mort » dus à cette infection mondiale : la Syrie.

Le ministre de la santé, le docteur Nizar Yazigi, a fièrement péroré : « l’armée syrienne a nettoyé la Syrie de nombreux germes et il n’y a pas de cas de coronavirus pour l’instant ». Le représentant local de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) garde un silence prudent sachant que toute déclaration intempestive de sa part amènerait automatiquement son expulsion du pays. Plus généralement, son supérieur hiérarchique, le docteur omanais Ahmad el-Maldhari, directeur régional de la zone Méditerranée orientale de l’OMS déplore ne pas recevoir suffisamment d’informations des pays dont il a la charge.

Il est vrai que globalement les chiffres semblent être minimisés, pas obligatoirement volontairement, mais souvent parce que les services médicaux locaux sont déjà totalement débordés par les problèmes auxquels ils sont confrontés : nombre immense de réfugiés, mouvements de populations, affrontements, etc. Les décès par coronavirus ne sont des morts que parmi bien d’autres.

Mais en Syrie, l’information est évidement fausse pour de pures raisons de propagande. Tous les pays aux alentours annoncent des chiffres de personnes atteintes (certes minimisé comme expliqué plus avant) et de plus, il y a beaucoup d’Iraniens présents dans le pays, non seulement des « conseillers » militaires mais aussi de nombreux pèlerins chiites se rendant à la mosquée de Sayyidah Zaynab au sud de Damas. Or, l’Iran est un pays très affecté avec environ 18.000 cas détectés, 4.000 douteux, 1.200 morts, 6.000 guéris. La situation ne devrait d’ailleurs pas s’améliorer car Mike Pompeo, non seulement le secrétaire d’État américain a refusé de se ranger aux recommandations faites par l’OMS, lever une partie des sanctions, mais il a décidé de les alourdir encore…

Accompagnant les Iraniens, il y a également beaucoup d’Afghans et de Pakistanais. Curieusement, huit de ces derniers rentrés récemment au Pakistan ont été testés positifs au coronavirus !

Face au danger, Damas a tout de même décidé d’interdire les vols commerciaux civils en provenance d’Iran mais la route Téhéran – Bagdad – Damas reste pour l’instant ouverte.

Enfin, on imagine le risque global pour les populations entassées dans des camps de réfugiés (et pas seulement en Syrie) dont une grande partie ne bénéficie pas d’aide médicale coordonnée (région d’Idlib et à l’Est de l’Euphrate).

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Texte

Alain RODIER

Photos

AFP

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