Le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a annoncé le 21 septembre que ses forces combattantes, les Peshmergas, avaient achevé leur unification. Elle intervient alors que les forces américaines, qui conduisent la coalition contre l'État islamique, sont en train de quitter l'Irak et que le gouvernement irakien cherche à désarmer les groupes armés présents dans le pays (1), particulièrement les milices chiites fidèles à Téhéran.
Cette annonce intervient également alors que la région du Kurdistan, située au nord de l’Irak, s’efforce de sortir de la énième impasse politique, car le cabinet du GRK n’a toujours pas été formé et le Parlement du Kurdistan n’a pas encore siégé près de deux ans après les élections.
Depuis la première guerre du Golfe (1990-1991), les deux grands mouvements kurdes irakiens, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) du clan Barzani et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du clan Talabani ne se sont jamais vraiment entendus.
Lors de cette guerre, ils n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord pour établir une « zone autonome » au nord de l’Irak. Il avait fallu l’intervention des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France pour établir une « zone d’exclusion aérienne » depuis la Turquie qui avait abouti au départ des troupes gouvernementales irakiennes du nord de l’Irak.
Le manque d’unité des forces kurdes a été marqué par une guerre civile dans la région du Kurdistan (1994-1997), alors même que celle-ci cherchait à obtenir son autonomie vis-à-vis de Bagdad et que Saddam Hussein était toujours au pouvoir (il n’en sera chassé qu’après l’invasion de l’Irak de 2003 par les forces américaines emmenant derrière elles une coalition internationale — mais sans mandat de l’ONU).
Lors de la guerre civile, le PDK s’était appuyé sur la Turquie et le régime de Saddam Hussein, tandis que l’UPK s’appuyait sur l’Iran. Il en reste aujourd’hui des séquelles…
Le PDK contrôle les gouvernorats d’Erbil et de Dohouk — qui jouxtent la Turquie, l’Iran et une petite portion de la Syrie —, et l’UPK le gouvernorat irakien de Souleimaniye, voisin de l’Iran.
Le lieutenant-général Bakhtyar Mohammed, secrétaire général des Peshmergas, joue un rôle central dans la mise en place des réformes institutionnelles, la modernisation des forces et la coopération militaire internationale. En mai 2026, il déclarait au Rudaw Media Network (média kurde) : « Nous avons un protocole d’accord avec le département de la Défense des États-Unis. D’ici septembre de cette année, toutes les forces peshmergas doivent être placées sous l’autorité du ministère des Peshmergas. » En fait, Washington a tordu le bras des responsables kurdes irakiens pour qu’ils finissent par s’entendre, ce qui n’est pas donné.
Ainsi, le 21 septembre, le Gouvernement régional du Kurdistan a pu organiser une cérémonie pour annoncer « l’unification des forces peshmergas ». Le président Nechirvan Barzani, le Premier ministre Masrour Barzani et le vice-Premier ministre Qubad Talabani ont assisté à cette manifestation solennelle.
Lors de cette cérémonie, le Premier ministre Barzani a annoncé : « Nous sommes parvenus aujourd’hui à l’étape où nous pouvons annoncer l’unification des forces peshmergas », soulignant que ce processus d’unification s’est étalé sur les quatre dernières années grâce au soutien des États-Unis et de la coalition contre l’État islamique.
Il a ajouté que les Peshmergas allaient désormais entamer une nouvelle phase axée sur « le renforcement des capacités militaires, la fourniture d’armes de pointe et de systèmes de défense aérienne, le développement des compétences et la modernisation globale des forces peshmergas, notamment en ce qui concerne leurs ressources humaines ».
Les 100 000 Peshmergas estimés sont issus de deux régions où deux grandes unités les encadrent : les Forces 70 et 80.
La Force 80, au nord, est liée au PDK (Barzani) et, au sud, la Force 70 est liée à l’UPK (Talabani).
Désormais, les Peshmergas sont en théorie regroupés au sein des premier et deuxième commandements régionaux (RC 1 et RC 2).
En réalité, ces nouveaux commandements reproduisent l’ancienne structure.
Le premier ordre (RC 1) sera confié à un chef de la Force 80, tandis que le deuxième ordre (RC 2) sera sous les ordres de l’ancien chef de la Force 70.
Le ministère des Peshmergas est chargé de les superviser…
Pour le moment, officiellement, tout le monde se réjouit. Le ministre des Peshmergas, Shoresh Ismail, a déclaré à Rudaw le 22 septembre que ce processus d’unification renforcerait la force : « L’unification aiderait les Peshmergas à obtenir les droits financiers qui leur reviennent de la part de l’État irakien. Un soldat irakien perçoit un salaire deux fois plus élevé que celui d’un Peshmerga […] Cette disparité devrait désormais être corrigée. »
Masrour Barzani a enfoncé le clou : « Nous espérons que le gouvernement fédéral coopérera avec nous et nous soutiendra pour garantir les droits des Peshmergas et faire en sorte que leurs salaires et avantages financiers soient égaux à ceux de leurs homologues de l’armée irakienne, avec les mêmes droits. »
Le commandant peshmerga, Sirwan Barzani, a également exprimé l’espoir que cette annonce renforcerait les capacités militaires kurdes, notamment en matière de défense aérienne.
La région du Kurdistan est régulièrement bombardée par des drones iraniens en guise d’avertissement afin qu’elle ne serve pas de base arrière à une éventuelle offensive des Kurdes iraniens qui y sont réfugiés. Le président Donald Trump le souhaitait pour que son offensive de 2026 ait une traduction terrestre. Elle n’a pas eu lieu (1).
Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, a salué l’annonce de l’unification dans la région du Kurdistan sur X : « Nous félicitons les enfants de notre peuple dans la région du Kurdistan irakien ainsi que les héros peshmergas pour l’achèvement de l’unification de leurs formations sous l’égide du ministère des Affaires des Peshmergas ; cette mesure renforce la sécurité nationale et consolide le fonctionnement institutionnel. » En ce moment même, le gouvernement irakien s’efforce de réguler les nombreuses milices, en particulier les milices chiites favorables à Téhéran, et, ce qui est plus délicat, de les désarmer (2). Un peu plus d’ordre au Nord avant le départ total des Américains ne serait pas pour lui déplaire.
La légende héroïque des Peshmergas savamment entretenue n’empêche pas de constater que leur valeur combattante a été à plusieurs reprises sujette à caution.
Ainsi, lors de l’offensive de Daech en 2014-2015, des unités peshmergas, qui avaient été envoyées en renfort dans le Sinjar (nord-ouest de l’Irak), le long de la frontière syrienne, se sont prudemment repliées, laissant les populations yézidies à la merci des salafistes-jihadistes. Ce sont des groupes du PKK qui sont venus de Syrie et qui ont sauvé ce qu’ils ont pu en prenant la relève.
Il est à noter que les « cousins » kurdes syriens (dont beaucoup ne parlent pas les mêmes dialectes que les Kurdes irakiens), qui contrôlaient le « Rojava » jusqu’à leur récente intégration sous l’égide du ministère syrien de la Défense, ont été beaucoup plus combatifs contre Daech.
De toute façon, l’histoire d’un Kurdistan réellement unifié et indépendant est encore à écrire…
