Tulsi Gabbard a présenté sa demande de démission de son poste de directrice du renseignement national américain (Director of National Intelligence, DNI), organisme qui coordonne les activités de toutes les agences de renseignement (17 services) et conseille le président.
La raison invoquée est qu’elle doit désormais s’occuper de son époux, qui a été diagnostiqué d’un grave cancer.
Dans sa lettre de démission écrite le 22 mai, elle déclare : « Sa force et son amour m’ont soutenue dans toutes les épreuves […] Je ne peux en conscience lui demander d’affronter ce combat seul alors que je continue d’occuper ce poste exigeant et chronophage. »
Le président Donald Trump a accepté ce départ dans un message publié sur les réseaux sociaux en disant que Gabbard « souhaite légitimement être à ses côtés [de son mari] pour l’aider à recouvrer la santé, car ils mènent actuellement ensemble un combat difficile. Je suis convaincu qu’il ira bientôt mieux que jamais […] Elle a fait un travail incroyable et elle va nous manquer ».
Elle quittera ses fonctions le 30 juin, Aaron Lukas, son premier directeur adjoint et ancien de la CIA, assurant l’intérim.
Alors que cette année, les États-Unis ont mené des actions militaires contre l’Iran, exercé des pressions sur Cuba et, surtout, destitué le président du Venezuela, elle a semblé être en retrait au point qu’une plaisanterie courait à Washington : « DNI or Do Not Invit. » En effet, elle n’était plus invitée à toutes les réunions de commandement à la Maison-Blanche…
Il convient de se souvenir que durant sa carrière politique, elle s’était positionnée à plusieurs reprises comme une opposante à l’interventionnisme américain à l’étranger, ce qui avait créé des tensions après la décision de Trump d’attaquer l’Iran.
Elle a évité de cautionner cette décision, esquivant soigneusement les questions lors d’une audition au Congrès en mars, visant à déterminer si l’administration était consciente des répercussions potentielles du conflit.
De plus, des divergences importantes sont apparues entre les affirmations de la Maison-Blanche et celles des services secrets au sujet des capacités d’enrichissement nucléaire de l’Iran. Trump, qui a souvent utilisé le programme nucléaire iranien comme prétexte de la guerre menée par les États-Unis — et Israël — contre l’Iran, a rejeté la déclaration de Gabbard devant le Congrès selon laquelle l’Iran ne cherchait pas à se procurer l’arme nucléaire : « Je me fiche de ce qu’elle a dit […] Je pense qu’ils étaient très proches de se procurer l’arme nucléaire. »
Sans douter de sa volonté de se consacrer au combat de son époux contre le « crabe », elle doit aussi être soulagée de ne plus avoir à apporter sa caution au président Trump, qui, visiblement, a le défaut de nombreux responsables politiques — pas uniquement américains, c’est une constante très ancienne —, à savoir celui de ne pas croire ses services de renseignement, pensant avoir la « révélation ultime ».
Le départ de Gabbard intervient deux mois après celui de son principal conseiller, Joe Kent, ancien directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme. Il avait démissionné en raison de la guerre en Iran, exhortant le président à « changer de cap ». À noter que Gabbard avait toutefois soutenu la décision de Trump d’attaquer l’Iran, affirmant qu’en tant que commandant en chef, le président était responsable de déterminer ce qui constitue ou non une menace imminente, position tout de même très ambigüe quand on lit entre les lignes…
LES DÉMISSIONS EN CASCADE
Gabbard est le quatrième membre du cabinet à quitter l’administration Trump après le départ de Lori Chavez-DeRemer de son poste de secrétaire au Travail en avril. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, et la procureure générale, Pam Bondi, ont toutes deux quitté l’administration plus tôt cette année.
UNE CARRIÈRE ATYPIQUE
Ancienne militaire (lieutenant-colonel) ayant servi dans une unité médicale en Irak, Gabbard a été à l’origine de plusieurs premières politiques au cours de sa carrière.
Elle a été élue pour la première fois en tant que démocrate à la législature d’Hawaï à l’âge de 21 ans en 2002. Elle a quitté ses fonctions lorsque son unité de la Garde nationale a été déployée en Irak.
Elle a ensuite représenté Hawaï au Congrès en tant que démocrate de 2013 à 2021, devenant ainsi la première femme d’origine hindoue à siéger à la Chambre des représentants.
Elle a mené une campagne présidentielle infructueuse en 2020, se positionnant comme anti-interventionniste en matière de politique étrangère étant ainsi en contradiction avec les néoconservateurs majoritaire au sein du parti démocrate, mais pas seulement…
En 2022, elle a quitté les démocrates et s’est initialement inscrite comme indépendante, accusant son ancien parti d’être une « cabale élitiste de bellicistes » mue par un « wokisme lâche », ce qui ne semble pas totalement faux.
En tant que chroniqueuse sur Fox News (tendance républicaine), elle s’exprimait ouvertement sur des sujets tels que le genre et la liberté d’expression devant une partisane de Donald Trump.
Elle a apporté son soutien à Trump en 2024, a fait campagne avec lui et a été membre de son équipe de transition après l’élection.
Trump l’a nommée directrice du renseignement national. Toutefois, sous sa direction, les effectifs de la communauté du renseignement ont diminué. Lorsqu’elle a annoncé l’an dernier un plan de réduction de près de 50 % des effectifs de l’agence, elle a déclaré que celle-ci était devenue « pléthorique et inefficace » au cours des vingt dernières années.
