L’ère des drones est apparue dans les conflits qui ont opposé l’Azerbaïdjan (armé par Israël et la Turquie) et l’Arménie en 2023 suivis par la guerre en Ukraine où ils ont commencé à complètement bouleverser le champ de bataille à partir de 2023 (la première année fut un combat relativement classique opposant des forces blindées-mécanisées) et enfin les affrontements contre l’Iran en 2025 et 2026.
L’intégration récente de l’IA est en train de créer des légions de machines coordonnées qui, dans l’avenir opéreront en groupes relativement autonomes traquant, identifiant et neutralisant les forces adverses si ces dernières n’ont pas procédé à leur propre révolution technologique.
Déjà, les dernières évolutions ont rendu obsolètes une grande partie des arsenaux conventionnels et bouleversé les stratégies et tactiques qui étaient en vigueur depuis la Seconde Guerre mondiale.
Pour les stratèges militaires, il s’agit de tout repenser et surtout de tenter d’imaginer jusqu’où cette évolution va mener car elle n’en serait qu’à ses débuts et ce que l’on connaît aujourd’hui n’est qu’une période de transition.
Il est indéniable que cela va poser de nombreux problèmes pour les programmes d’armements qui s’étalent sur des dizaines d’années.
Les leçons du passé sont inquiétantes. Des investissements massifs dans des projets militaires qui se sont révélés défaillants ont souligné de nombreuses inefficacités comme dans le cas des deux porte-aéronefs britanniques – dans présumer de l’utilité potentielle en cas de conflit de haute intensité de ces deux cibles flottantes – tandis que des adversaires comme l’Iran et la Chine exploitent des technologies abordables mais innovantes pour contester la suprématie occidentale.
Ainsi Pékin a développé la technique des « essaims de drones. » Les innovations incluent des micro-drones intégrés à l’IA pour l’usage par l’infanterie, tels que des modèles qui se livrent à des missions de reconnaissance ou de bombardement de manière autonome.
Ainsi, le système Jiutian SS-UAV permet des attaques coordonnées en essaim, surpassant de nombreux concurrents en termes de nombre et de renseignement.
Dans le domaine de la guerre électronique, la Chine a testé des essaims de 1.000 à 2.000 drones pour générer des interférences électromagnétiques, simulant des perturbations de systèmes comme Starlink au-dessus de zones stratégiques.
De son côté, l’Iran a « démocratisé » la guerre aérienne grâce à des drones à bas coût comme le Shahed-136, qui ont perturbé les efforts ukrainiens pourtant soutenus par l’OTAN. Déployés par la Russie pour cibler les infrastructures, ces drones coûtant environ 20.000 $ chacun, permettent une production de masse qui finit par submerger les défenses adverses.
Les États-Unis ont répondu en capturant quelques-uns de ces engins et en les copiant pour développer leur propre système à bas coût « Low-cost Uncrewed (Unmanned) Combat Attack System (LUCAS) » désormais opérationnel au Moyen-Orient.
Quelques pistes de recherche
Après les chars de bataille qui, en Ukraine ont été retirés des premières lignes pour ne jouer qu’un rôle d’artillerie mobiles, l’infanterie a cassé ses schémas tactiques le combat mécanisé étant remplacé par des unités légères qui créent des lignes de front incertaines et évolutives.
À titre d’exemple, le président Zelinsky a déclaré le 13 avril qu’une position russe avait été conquise uniquement par des drones terrestres et aériens. Il est vraisemblable que cette annonce est un peu exagérée, les opérateurs étant bien présents – certes en retrait – et seuls trois soldats russes se seraient rendus. Mais il y a bien fallu des humains pour les désarmer et les envoyer vers l’arrière.
Selon le général Oleksandr Syrskyi, le chef d’état-major ukrainien qui s’est exprimé le 9 avril, les drones ukrainiens ont effectué en mars 2026 plus de 11.000 missions de combat et ont frappé plus de 150.000 cibles, ce qui est faramineux.
Si les forces terrestres doivent se remettre en question, c’est aussi très vrai pour l’aviation et la marine.
Certains drones HALE transportent déjà des armes diverses ayant des portées bien supérieures à celles des chasseurs actuel, opèrent à des altitudes beaucoup plus hautes.
Il existe aussi pour le moment quelques modèles avec propulsion hybride, et avec l’arrivée de nouvelles batteries actuellement en développement, ces drones pourront rester en vol durant plusieurs jours.
De plus, les satellites en orbite basse (LEO) révolutionnent le domaine en fournissant un guidage de missiles en temps réel et des capacités ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) avancées.
Les chasseurs de 6e génération extrêmement coûteux risquent d’être obsolètes avant même d’avoir été mis en service.
Par contre, les drones de 6e génération pourraient représenter une menace majeure pour les aéronefs pilotés.
Les hélicoptères de combat qui ont des rôles extrêmement limités semblent condamnés à terme.
Sur le plan maritime, avec seulement deux drones MQ-4C Triton, les Américains sont capables de balayer tout le trafic maritime en Atlantique en 48 heures, en effectuant des recherches spécifiques de navires en utilisant l’AIS, des photos, ou des numéros d’immatriculation, une capacité qui toutefois peut se dégrader en fonction des conditions météorologiques.
Les autres grandes nations font également effort dans cette direction. En conséquence, il est prévisible que les grands navires seront limités dans l’avenir à agir comme des plateformes de lancement de missiles à longue portée depuis des zones protégées loin des lieux d’engagement, tout comme les sous-marins nucléaires. Détectables, ils pourront être ciblés avec précision par des missiles balistiques et de croisières, des drones sous-marins dont le plus médiatisé est le système océanique polyvalent russe 2M39 Poseïdon.
Tous ses armement offensifs peuvent être guidés en temps réel au cours de leur trajet et ont des portées de milliers de kilomètres.
La guerre électronique qui se développe également très rapidement permet de brouiller ou de saturer nombre de systèmes de surveillance.
Le problème pour les militaires et les ingénieurs qui sont chargés du développement des armements du futur est que ce ne seront pas eux qui les mettront en œuvre. Il leur est donc très difficile de prévenir l’avenir et engager de programmes qui doivent s’étaler sur des dizaines d’années est une discipline très périlleuse.
