Après les déclarations officielles du président Donald Trump faites le 1er avril 2026 menaçant l'Iran, « nous allons les frapper très fort au cours des deux à trois prochaines semaines […] Nous les ramènerons à l'âge de pierre, là où est leur place »(1), Téhéran a répondu le lendemain menaçant à son tour de lancer des attaques « dévastatrices » contre les États-Unis et Israël tout en lançant quelques missiles sur Tel-Aviv.

Le centre coordination militaire iranien Khatam Al-Anbiya a diffusé un communiqué retransmis à la télévision d’État, avertissant les États-Unis et Israël de s’attendre à des actions « plus écrasantes, plus étendues et plus destructrices […] Avec la confiance en Dieu Tout-Puissant, cette guerre se poursuivra jusqu’à votre humiliation, votre déshonneur, vos regrets définitifs et certains, et votre capitulation ».

Quant aux propositions de cessez-le-feu de Washington « à ses conditions » (NdA : en gros, une capitulation complète), l’Iran les a rejeté les qualifiant de « maximalistes et irrationnelles.» Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, cité par l’agence de presse ISNA a déclaré le 2 avril : « des messages ont été reçus via des intermédiaires, notamment le Pakistan, mais il n’y a pas de négociations directes avec les États-Unis ».

Trump a toutefois assuré à Israël, à l’Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn – tous rudement touchés par des attaques de drones et de missiles iraniens – que les États-Unis « ne permettront pas qu’ils soient touchés ou qu’ils échouent de quelque manière que ce soit. »

Une vidéoconférence présidée par la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, s’est tenue le lendemain depuis Londres. Une quarantaine de pays ont participé à cet échange lancé à l’initiative du Premier ministre britannique Keir Starmer. Le but était d’examiner comment il serait possible de rouvrir le détroit d’Ormuz actuellement bloqué sélectivement par l’Iran. Les États-Unis ne font pas partie des pays présents.

Les pasdarans iraniens ont d’ailleurs juré le 1er avril, après le discours de Trump de maintenir le détroit fermé aux « ennemis » du pays.

Les pays participant au sommet comprenaient entre autres le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Canada, le Japon et les Émirats arabes unis…

Ils ont signé une déclaration exigeant que l’Iran cesse ses tentatives de bloquer le détroit et s’engageant à « contribuer aux efforts appropriés pour assurer un passage sûr » à travers la voie navigable.

Cette manifestation est considérée comme une première étape qui doit être suivie par des « réunions de travail » de fonctionnaires pour affiner les détails.

Mais Starmer a déclaré le lendemain que les planificateurs militaires d’un nombre non spécifié de pays se réuniront bientôt pour travailler sur la façon d’assurer la sécurité du transport maritime « après l’arrêt des combats » tout en reconnaissant que la reprise du transport maritime « ne sera pas facile » et nécessitera « un front uni de force militaire et d’activité diplomatique » parallèlement au partenariat avec l’industrie maritime.

Selon la Lloyd, depuis le début de la guerre le 28 février 2026, il y a eu 23 attaques directes contre des navires commerciaux dans le Golfe au cours desquelles onze membres d’équipage ont été tués.

L’Iran a toutefois déclaré que les navires « non hostiles » pourraient transiter par le détroit d’Ormuz et que la voie navigable n’est fermée qu’aux navires des pays ennemis et de leurs alliés.

Exemples de destructions devant ramener les Iraniens à « l'âge de pierre »

Le président américain Donald Trump a applaudi la destruction d’un pont en construction près de la capitale iranienne et appelé les dirigeants iraniens à conclure un accord « avant qu’il ne soit trop tard » Selon Téhéran, cette attaque a causé la mort de huit civils et fait 95 blessés.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a écrit sur X : « frapper des infrastructures civiles, y compris des ponts inachevés, ne poussera pas les Iraniens à se rendre ».

Hossein Kermanpour, porte-parole du ministère de la Santé iranien, a déclaré le 2 avril que certaines parties de l’Institut Pasteur de Téhéran avaient été gravement endommagées lors des bombardements d’Israël et des États-Unis.

Cet institut fondé en 1921 suite à la deuxième vague de « grippe espagnole » de 1919 a pour mission de soutenir la recherche avancée et de développer des programmes en sciences biomédicales, de produire des spécialités biopharmaceutiques et des kits de diagnostic, avec une orientation particulière dans le domaine des maladies infectieuses. L’institut Pasteur est primordial pour le développement et la production locale de vaccins(2).

Quelques heures avant l’allocution de Trump, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a interpellé les Américains sur la véritable priorité accordée par l’Amérique à ce conflit, accusant Washington de « crimes de guerre et d’être influencé par Israël ».

Il est vrai que les objectifs de Trump qu’il a lui-même déclenché paraissent peu clairs et changeants.

Eric Brewer, le directeur adjoint du Projet sur les questions nucléaires (PONI) et chercheur principal au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), ancien de la Defense Intelligence Agency a posé la question suivante suite au constat fait par le président Trump : « si l’armée iranienne est détruite, le régime changé, leur poussière nucléaire enterrée et inaccessible, et le détroit capable de s’ouvrir de lui-même après un cessez-le-feu, que voulez-vous de l’Iran pour mettre fin à cette guerre ? ».

Même au sein de l’Administration Trump, l’ambiance ne semble pas être au beau fixe. Une dernière haute autorité militaire vient d’être débarquée par le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth : le chef d’état-major de l’armée de terre, Randy George dont le mandat courait jusqu’en 2027.

Dans tous les cas, Trump a réussi au moins une chose : réunir une grande partie du peuple iranien – même la partie qui est opposée au régime – dans un sentiment anti-américains et israéliens qui perdurera dans l’avenir.

Ce sentiment semble aussi se développer au sein de ses alliés qu’il s’ingénie à humilier par ses remarques acerbes et une guerre commerciale pleinement assumée…

(1) Voir : « Déclaration du président Trump du 1er avril 2026 » du 2 avril 2026.

(2) Il est vrai que les Iraniens – tout comme leurs proxies palestiniens et libanais -, ont comme technique de cacher des sites stratégiques au sein d’installations civiles avec une prédilection pour les écoles et les hôpitaux. Toutefois, il convient aux attaquants d’avoir des preuves solides à présenter s’ils ne veulent pas être accusés par la suite de crimes de guerre.