L'armée allemande traverse une transformation majeure cette année, marquée non seulement par une explosion budgétaire, mais aussi par une profonde réforme, aussi bien structurelle que de son modèle de recrutement, afin de pouvoir faire face aux nouvelles menaces.

L’Allemagne, qui change radicalement de posture financière pour devenir la première puissance militaire conventionnelle en Europe avec un budget de la Défense passant de 86,5 milliards d’euros en 2025 à 108,2 milliards d’euros cette année, presque le double de celui de la France, a aussi mis en avant un nouveau modèle de service militaire. En effet, pour faire face au manque de personnel, une nouvelle réglementation est entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Tous les hommes atteignant 18 ans (environ 700 000 jeunes nés en 2008 ou après) doivent s’enregistrer et remplir un questionnaire en ligne ainsi que se soumettre à un examen médical de sélection. Bien que cet enregistrement soit obligatoire, le service dans la Bundeswehr est toujours basé sur le volontariat. Berlin espère recruter ainsi 20 000 volontaires dès 2026, notamment en offrant des conditions attractives. Pour attirer les recrues, la solde a été fixée à environ 2 600 euros par mois pour une durée minimale de 6 mois. Côté nouveaux équipements, afin de combler certaines lacunes capacitaires, le plan d’investissement prévoit une enveloppe de 26,5 milliards d’euros pour 2026.

D’ici la fin de l’année en cours, plus de 150 contrats majeurs, totalisant environ 83 milliards d’euros, doivent être conclus. Sans entrer dans les détails, les principales nouvelles acquisitions et commandes portent, dans le domaine terrestre, sur l’achat de Leopard 2A8, de blindés 6 x 6 Boxer, de VCI Puma et de systèmes d’artillerie PULS (Precise & Universal Launching System). En ce qui concerne les réformes structurelles, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a engagé une restructuration pour rendre la Bundeswehr plus « apte à la guerre » (kriegstüchtig). Cette transformation comprend la création du Commandement opérationnel unique, ou Operatives Führungskommando (OpFüKdoBw), lancée en 2024, qui est désormais responsable de la planification et de la conduite de toutes les opérations, tant sur le territoire national qu’à l’étranger, ainsi que celle d’une brigade blindée stationnée de façon permanente en Lituanie pour sécuriser le flanc oriental de l’OTAN. Pour mémoire, il s’agit plus précisément de la Panzerbrigade 45, comptant environ 4 800 éléments et reposant pour l’essentiel sur le Panzerbataillon 203, le Panzergrenadierbataillon 122 et le Multinational Battle Group Lituania. À ceux-ci viendront, en 2027, s’ajouter plusieurs unités de support au combat, dont un bataillon d’artillerie, le Panzerartilleriebataillon 455, un bataillon de soutien logistique, le Versorgungsbataillon 456, une compagnie de reconnaissance, l’Aufklärungskompanie 45, et une compagnie blindée du génie, la Panzerpionierkompanie 45. Par ailleurs, l’armée allemande vise à étoffer sensiblement ses forces de la réserve avec l’objectif de quadrupler le nombre de réservistes pour atteindre environ 200 000 hommes et femmes d’ici le début de la prochaine décennie.