Depuis quelques temps un groupe naval chinois évolue en mer d'Oman. Au centre du dispositif, il y aurait le navire de renseignement électromagnétique et de surveillance spatiale de nouvelle génération Liaowang-1.

Officiellement, Pékin décrit ce navire comme destiné à suivre des satellites et le lancement de fusées. Mais ces capteurs peuvent faire la même chose avec des navires et des aéronefs américains ou/et israéliens. Les mêmes algorithmes qui permettent d’identifier un missile balistique peuvent aussi repérer un F-35 décollant de l’USS Gerald Ford…

Le Liaowang-1 est donc une plate-forme d’observation passive et aussi un centre de surveillance opérationnel capable de dessiner une image électronique détaillée de l’activité navale, aérienne et spatiale dans un rayon de 6.000 kilomètres.

Dans les faits, il est possible que les Chinois collectent en temps réel des renseignements électromagnétiques sur les opérations navales et aériennes américaines et israéliennes.

Il est envisageable que ces renseignements – après un tri minutieux – sont ensuite envoyés à Téhéran. Bien sûr, aucune confirmation officielle chinoise ou iranienne ne fait état d’un tel transfert de données.

Selon Tsahal, la défense aérienne iranienne est détruite à 80%, sa couverture radar est considérablement dégradée et l’imagerie satellitaire iranienne reste limitée. Or, un navire chinois doté de telles capacités techniques stationné en mer d’Oman peut observer chaque mouvement de navires, chaque ravitaillement en vol, chaque couloir de lancement de missiles et chaque apparition de sous-marin faisant surface dans sa zone d’opérations.

Si ne serait-ce qu’une fraction de ces données parvenait aux commandants iraniens par quelque canal que ce soit, leur valeur pour la défense restante de l’Iran serait inestimable.

Le Liaowang-1 serait escorté par la frégate de type 054A (Daqing 576) donné comme l’équivalent chinois du concept de croiseur équipé d’Aegis capable d’intercepter les menaces d’avions et de missiles entrants, mais aussi apte à la lutte anti-sous-marine.

Un deuxième navire, le destroyer d’escorte 052DL (Tangshan 122) apporte une profondeur défensive supplémentaire grâce à ses capacités multi missions.

Enfin, le navire de ravitaillement intégré de type 903 Taihu 889 (dénomination OTAN : navire de ravitaillement de classe Fuchi) est un soutien logistique indispensable pour les autres bâtiments.

Ensemble, ces navires d’escorte (48e force d’escorte) créent une bulle de protection qui permet au Liaowang-1 de se concentrer sur sa mission de renseignement.

S’il est vérifié, ce déploiement n’est pas purement symbolique mais représente une opération navale structurée conçue pour assurer le fonctionnement ininterrompu d’un pôle de renseignement électronique de grande valeur.

À partir de ce positionnement, l’enveloppe du capteur de 6.000 kilomètres s’étend sur un vaste théâtre opérationnel englobant la mer d’Arabie, le golfe Persique et de vastes zones du Moyen-Orient.

Une telle couverture permet au navire de détecter et d’analyser les mouvements des avions, les tirs de missiles et les manœuvres navales qui se produisent bien au-delà de son environnement immédiat.

De plus, les systèmes de renseignement électronique à bord du navire peuvent intercepter les émissions radar, les transmissions de communications et les signatures de guerre électronique produites par d’autres plates-formes militaires avancées.

En analysant ces signaux, le navire peut dresser un tableau opérationnel complet dans la région.

Ce groupe naval chinois n’a mis en œuvre aucune arme, n’a pas violé le droit international, n’a pas pénétré dans les eaux territoriales iraniennes restant dans les eaux internationales où toute nation a le droit d’opérer.

Durant la Guerre froide, on avait un nom pour cela : le soutien en matière de renseignement à un belligérant sans participation directe aux combats. Les Soviétiques l’ont fait pendant des décennies avec des navires de surveillance qui suivaient les navires de l’OTAN.

La Chine le fait avec un navire dont les performances électroniques dépassent tout ce que les Soviétiques avaient imaginé.

Mais une erreur possible d'identification de navire

Une image satellite montre le Liaowong-1 à quai à Shanghai au moins jusqu’au 9 mars. Soit il s’agit d’un « fake », soit c’est vrai.

Mais il est alors possible que le navire espion signalé soit le « Dayang Yihao » (Ocean No.1), le premier navire chinois de recherche océanographique lancé officiellement au début des années 2010 pour l’exploration scientifique des grands fonds marins. Il serait également capable de capter les émissions électroniques (RF, radar, communications) des navires et aéronefs évoluant à proximité y compris le COMINT (renseignement sur les communications) et l’ELINT (renseignement électronique sur les signaux non liés aux communications.)

Il est sur zone depuis des semaines et aurait été rejoint par la 48e force d’escorte qui revenait de manœuvres menées en février Afrique du sud avant de faire une escale technique dans la base chinoise de Djibouti(1).

Ses capacités de recueil de renseignement sont beaucoup plus limitées que celles du Liaowang-1.

Il n’empêche que tous les renseignements techniques et tactiques concernant la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran sont vitales pour l’évaluation de la menace militaire que peut représenter l’armée américaine dans l’avenir pour la Chine.

(1) Voir : « Face aux États-Unis, la Chine aide l’Iran » du 12 février 2026. La photo en en-tête de cet article était par erreur celle du Liaowang-1.