Après quatre ans, la guerre s’éternise en Ukraine en faisant toujours autant de victimes sans que plus personne ne semble s’en émouvoir.

Depuis des dizaines de mois, aucune des deux parties ne parait être en mesure de prendre l’ascendant sur l’autre. Les lignes de front qui sont souvent très imprécises, les adversaires étant imbriqués, évoluent peu même si les Russes poursuivent un lent grignotage alors que les Ukrainiens lancent parfois quelques contre-attaques qui sont présentées comme fructueuses.

Les Russes bombardent consciencieusement la profondeur du territoire ukrainien provoquant une catastrophe énergétique pour les populations, particulièrement difficile durant cet hiver très rigoureux. Mais si le but était qu’elles craquent psychologiquement pour qu’elles fassent pression sur leurs gouvernants afin qu’ils concluent une paix quel qu’en soit le prix, cela paraît avoir été – jusqu’à maintenant – un échec.

Les services spéciaux ukrainiens, pour leur part, continuent leurs opérations « homo » et « arma » en Russie dont certaines ont été habilement médiatisées à fin de propagande sans être toutefois officiellement revendiquées(1). Mais cela ne paraît pas avoir entamé la détermination du Kremlin à poursuivre son « opération spéciale. »

Si Donald Trump répète à l’envi sa volonté de mettre fin à la guerre, ce n’est pas le cas de la plupart des gouvernants européens sauf à des conditions qu’ils savent inacceptables pour Moscou. De toutes façons, les négociations qui perdurent ne sont que des « blablas » qui ne font qu’amuser la galerie. En gros, personne n’y croit.

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré ouvertement que poursuivre la guerre à ce stade était préférable à la conclusion de la paix. Ses prédécesseurs Boris Johnson, Liz Truss, Rishi Sunak étaient tout aussi maximalistes que lui mais la russophobie est une constante historique en Grande-Bretagne. En effet, la révolution russe de 1917 a entraîné une vague antirusse en raison de l’hostilité du pouvoir bolchévique au libre-échange mondial essentiel pour l’économie britannique. Puis le communisme international orchestré par Moscou a soutenu les syndicats ouvriers, les mouvements anticolonialistes et altermondialistes. De plus, l’administration britannique a été profondément pénétrée par les services secrets soviétiques puis russes…

Jusqu’à aujourd’hui, les dirigeants européens, dans leur grande majorité, sont persuadés que la Russie va perdre la guerre. De plus, son économie et sa démographie s’effondrant, elle va être reléguée au niveau de puissance de second rang plus ou moins inféodée par obligation à la Chine.

Cette position est assez confortable pour les Européens car si la Russie paie le coût de la guerre qu’elle a déclenché en hommes et en argent, eux seulement en argent. Les citoyens européens quant-à eux, n’ont pas été informés par leurs dirigeants ce qu’ils risquaient en cas d’un engagement direct contre la Russie.

Les capitales européennes s’attendait à un effondrement de la capacité de la Russie à poursuivre la guerre compte tenu des sanctions draconiennes qu’elle lui impose (Américains y-compris) et du soutien qu’elle apporte à l’Ukraine en armes et en fonds, certes en notable diminution depuis le retrait de Washington.

Mais contre toute attente, aujourd’hui, c’est l’Ukraine qui se trouve dans une situation difficile et la stratégie européenne paraît légèrement hésiter. L’UE est déroutée, par les contacts directs entretenus entre les administrations russes et américaines, l’ironie résidant dans le fait que les Européens refusent de dialoguer avec Moscou alors que les Américains le font.

Cela posé, selon l’agence Reuters, les responsables de différents services de renseignement européens sont pessimistes quant aux chances de parvenir cette année à un accord pour mettre fin à la guerre malgré les affirmations de Donald Trump selon lesquelles les pourparlers menés sous l’égide des États-Unis ont rendu la perspective d’un accord « raisonnablement proche. »

À savoir que les directeurs de cinq agences de renseignement européennes, s’exprimant sous couvert d’anonymat ont déclaré à Reuters que la Russie ne souhaitait pas une fin rapide à la guerre. Quatre d’entre eux ont affirmé que Moscou instrumentalisait les négociations avec les États-Unis pour obtenir un allègement des sanctions et des accords commerciaux. L’un d’entre eux a précisé : « la Russie ne recherche pas un accord de paix. Elle poursuit ses objectifs stratégiques, et ceux-ci restent inchangés. »

Parmi ces objectifs figurent le départ du président ukrainien Volodymyr Zelensky et la transformation de l’Ukraine en un État tampon « neutre » face à l’Occident.

Un autre a surenchéri : « le principal problème est que la Russie ne souhaite ni n’a besoin d’une paix rapide et que son économie n’est pas au bord de l’effondrement.» Il va radicalement à l’inverse de se que disent les médias européens (les Américains sont devenus plus méfiants.)

Les leçons de la guerre à « haute intensité. »

Il est encore tôt pour tirer toutes les leçons stratégiques et tactiques de cette guerre de « haute intensité », terme correct très à la mode qui décrit une situation qui précède la « guerre totale » qui, elle, fait peur aux électeurs. Dans l’imaginaire, la guerre de « haute intensité » ne concerne que les militaires et n’a pas d’impact significatif sur les civils…

Mais il est certain que la conception même du « champ de bataille » a été bouleversée en grande partie en raison de l’arrivée des armements nouveaux et en particulier des drones.

Ces derniers ont balayé la conception du corps blindé-mécanisé hérité de la Guerre froide qui devait tout « balayer » devant lui.

C’est aussi une révolution pour la guerre navale et aérienne mais là, les stratèges n’ont pas encore avancé leurs conclusions. Ils se disputent sur l’utilité de groupes aéronavals rendus très vulnérables face aux nouvelles armes(2).

Encore plus grave, la stratégie politico-militaire de l’emploi de l’arme nucléaire – qui a tout de même empêché le déclenchement d’une guerre totale durant la Guerre froide – semble être en train d’évoluer(3). Un faux pas risque d’être dévastateur…

De l'importance de l'OTAN

La création de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en 1949 visait à endiguer fort justement l’expansionnisme soviétique, à empêcher le retour du militarisme nationaliste en Europe grâce à une présence forte de l’Amérique du Nord sur le continent et encourager l’intégration politique européenne qui était un des standards de l’administration américaine.

Le pacte de Varsovie n’a lui été fondé qu’en 1955 et a été dissous en 1991 après l’effondrement de l’URSS.

Si dans un premier temps les relations se sont ouvertes au début des années 1990 entre le monde occidental et Moscou, elles se sont progressivement dégradées à mesure que l’Alliance a négocié la poursuite de son extension vers les marches de la Russie.

Peu après le sommet de l’OTAN d’avril 2008 à Bucarest, le président Vladimir Poutine a déclaré « qu’élargir l’OTAN, c’est ériger de nouveaux murs de Berlin ». Son ministre des Affaires étrangères, Serguey Lavrov, a estimé que ce déploiement est « la source de tous les problèmes systémiques qui ont surgi dans les relations que la Russie entretient avec les États-Unis et l’Union européenne.» Ces messages son restés lettre morte.

Il a été de plus répondu à Moscou que l’intégration de nouveaux pays dans l’Alliance se faisait à leur demande exclusive et que l’OTAN ne représentait pas une menace car elle n’avait qu’une fonction « défensive » (depuis les Tsars, la Russie maintient un « complexe de l’encerclement. »)

Mais les bombardements d’objectifs serbes (pays soutenu par Moscou) lors de la guerre du Kosovo en 1999 par des avions de l’OTAN (sans mandat de l’ONU) ont démontré que la fonction « défensive » pouvait passer à une phase beaucoup plus « active. »

L’OTAN est ensuite sortie de sa zone dédiée de l’« Atlantique Nord » prenant – cette fois avec l’aval de l’ONU – la direction de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan le 11 août 2003. Cette mission a été remplacée en 2014 par Resolute support qui s’est terminée en 2021 avec la prise de Kaboul par les talibans.

À la grande fureur du président George W.Bush, l’OTAN a refusé de s’engager en Irak en 2003.

Mais de 2004 à 2011, elle a assuré la mission de formation de l’OTAN en Irak ( NTM-I ) suite à la résolution 1546 de l’ONU.

En 2011, l’OTAN est intervenue dans le cadre de la résolution 1973 de l’ONU pour empêcher des massacres en Libye mais a aussi largement débordé son mandat en participant au renversement du dictateur Kadhafi. Depuis, Pékin et Moscou qui avaient laissé passer cette résolution et qui ont constaté qu’ils avaient été doublés ne font plus aucune confiance aux pays occidentaux.

Washington aimerait désormais associer l’OTAN à sa confrontation avec la Chine…

La politique du Kremlin

Quant à la Russie, elle a bien compris que l’OTAN était redevenue son adversaire principal dont la guerre en Ukraine n’est que la partie visible.

Si cette dernière se termine – ce qui ne parait pas être d’actualité – il est peu probable que Moscou ne se lance dans une opération militaire ouverte contre un pays de l’Alliance en particulier en raison de l’Article 5.

Mais, la guerre clandestine va se poursuivre – voire s’accentuer -, Moscou jouant sur les dissensions entre différents dirigeants européens.

Alors que juste après l’effondrement de l’URSS, la Russie misait beaucoup sur l’élargissement des relations renouées au-delà du rideau de fer pour mener des coopérations profitables dans de nombreux domaines avec l’Europe, cette dernière s’est perdue dans des considérations géostratégiques qui l’ont mené à une position d’antagonisme violent. Qui était derrière reste pour le moment confidentiel.

Le premier objectif de Moscou consiste maintenant à ce que l’aide à l’Ukraine diminue autant que possible.

Ensuite, une liaison terrestre avec l’enclave de Kaliningrad est jugée vitale pour son accès la Baltique qui est devenue un véritable « lac OTAN » suite à l’adhésion de la Suède.

La Transnistrie parait être un objectif secondaire mais une épine dans le pied de l’Europe à conserver pour plus tard.

L’effort de Moscou à court et moyen termes, semble surtout porter sur le continent africain en utilisant le syndrome postcolonial et, à terme, à l’accès à des bases navales en Méditerranée et en Mer rouge. Il semble que cette stratégie est en train de s’enliser tant les diverses situations sur place sont ingérables. La Russie n’a vraisemblablement pas les moyens de ses ambitions.

Le Grand Nord est déjà considéré comme une « chasse gardée » pour Moscou ce qui explique les velléités de Donald Trump sur le Groenland et le Canada. Il a bien compris où se situera la prochaine zone d’affrontements avec l’ours russe (4) & (5).

Le constat est posé. La question est que faire ? Il est très difficile d’être un responsable politique européen à l’heure actuelle car il n’y a pas de solution entre les « pires » et les « moins pires. »

(1.) Voir : « Russie : tentative d’assassinat contre le chef adjoint GRU russe » du 9 février 2026.

(2.) Voir : « Théâtre de guerre iranien : quel avenir pour les porte-avions ? » du 19 février 2026.

(3.) Voir : « Les États-Unis vont-ils reprendre les essais nucléaires – et autres prévisions d’avenir – ? » du 10 février 2026.

(4.) Voir : « La flotte du Nord russe manœuvre dans l’Arctique » du 12 septembre 2024.

(5.) Voir : « Menaces sur l’Arctique » du 22 février 2024.