Le Département de la guerre américain (Département de la défense) a publié le 23 janvier sa stratégie de défense nationale.

Ce document de 34 pages fait suite à la publication en novembre 2025 de « la Stratégie nationale de sécurité américaine » qui avait déjà suscité l’étonnement en particulier chez les alliés européens des États-Unis. En effet, elle affirmait que l’Europe faisait face à un effondrement civilisationnel et ne considérait plus la Russie comme une menace pour les États-Unis.
À l’époque, Moscou avait déclaré que le document était « largement cohérent » avec sa vision.

La version 2026 du Pentagone est très légèrement différente car elle présente la Russie comme une « menace persistante mais gérable pour les membres de l’est de l’OTAN. »

Si l’on s’en tient à cette assertion, seuls les pays frontaliers de la Russie, de la Biélorussie et en incluant ceux bordant la mer Noire, sont vraiment menacés : les pays baltes au nord en passant par la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Moldavie, la Bulgarie et la Turquie.
Mais, selon ce document, les États-Unis offriront un soutien « plus limité » à leurs alliés.
Au contraire, il affirme que ces derniers, en particulier les Européens, « prendront la tête face aux menaces moins graves pour nous mais encore plus pour elles.»

À noter que la guerre hybride menée par Moscou dans la profondeur des pays membres de l’OTAN décrite par les Européens n’est pas retenue par les responsables militaires américains. Il est vraisemblable qu’ils n’y croient pas trop alors qu’ils ont à leur disposition les services de renseignement les plus puissants de la planète.

Autre changement majeur des priorités américaines, le département de la Défense américain considère désormais la sécurité du territoire américain et de l’hémisphère occidental – et non la Chine – comme sa préoccupation principale.

Comprendre que pour le Pentagone la menace du Grand Nord (1) qui inclue le Canada et le Groenland dans la stratégie de la Maison Blanche est prioritaire car elle peut directement atteindre le territoire nord-américain. Les adversaires potentiels sont bien là les Russes(2) et les Chinois même s’ils sont géographiquement plus éloignés. Leur intérêt pour l’Arctique est bien connu.

Quand on regarde une carte, l’Islande, la Norvège, la Finlande et dans une moindre mesure la Suède sont aussi concernées.

En ce qui concerne Pékin, les versions précédentes de la stratégie de défense des États-Unis – publiées tous les quatre ans – désignaient la menace posée par la Chine comme une « priorité de défense absolue. »
Le rapport 2026 explique que les relations avec la Chine seront désormais abordées par la « force, et non par la confrontation. »
Cette stratégie de défense renforce les récents appels du président Donald Trump, notamment en faveur d’un plus grand « partage du fardeau » de la part des alliés pour contrer les menaces posées par la Russie et la Corée du Nord.
Elle appelle les alliés américains à prendre leurs responsabilités, affirmant que les partenaires se sont « contentés » de laisser Washington subventionner leur défense, bien qu’elle nie que ce changement ne préfigure un mouvement américain vers « l’isolationnisme [..] Au contraire, cela signifie une approche ciblée et véritablement stratégique face aux menaces auxquelles notre nation est confrontée. »
Contrairement aux versions précédentes de la stratégie, Taïwan, l’île autonome revendiquée par la Chine, n’est pas mentionnée. Cependant, le document précise que les États-Unis visent à « empêcher quiconque, y compris la Chine, de pouvoir nous dominer ou dominer nos alliés ».
La stratégie définit également un rôle « plus limité » pour la dissuasion américaine de la Corée du Nord. La Corée du Sud est « capable d’assumer la responsabilité principale » de cette tâche, ajoute-t-elle.

La stratégie réitère que le Pentagone « garantira un accès militaire et commercial américain à des terrains clés, en particulier le canal de Panama, le golfe du Mexique (rebaptisé golfe d’Amérique) et le Groenland. »

Le document indique que l’approche de l’administration Trump sera « fondamentalement différente des stratégies grandioses des administrations post-guerre froide passées ».
Il ajoute : « Sorti l’idéalisme utopique ; À l’intérieur avec un réalisme dur. »
Les États-Unis ne veulent pas confondre les intérêts américains « avec ceux du reste du monde… »

(1) Voir : « Menaces sur l’Arctique » du 22 février 2024. »

(2) Voir : « Le grand nord lieu de prochains affrontements ? » du 12 septembre 2024.