La Russie aurait utilisé une deuxième fois son nouveau missile balistique à portée intermédiaire 9M729 « Orechnik » en Ukraine dans la nuit du 8 janvier 2026 peu avant minuit. Ses six têtes étaient vraisemblablement inertes mais ont causé des dégâts dus à leur énergie cinétique.

Selon Kiev, le missile a touché une infrastructure critique non précisée dans la région de Lviv, complètement à l’ouest du pays à proximité de la frontière polonaise.
Toutefois, cette frappe, s’inscrivait dans le cadre de la campagne de tirs de missiles et de drones ciblant depuis des semaines les infrastructures énergétiques à travers le pays de manière à le priver d’électricité, ce qui a des conséquences considérable sur l’industrie et les populations soumises aux rigueurs de l’hiver.
Elle est intervenue quelques heures après que l’ambassade des États-Unis à Kiev et le président ukrainien Volodymyr Zelensky aient émis des avertissements inhabituels concernant une attaque aérienne russe imminente. Il est possible que, comme lors du premier tir de ce type d’arme, Moscou ait voulu prévenir Washington par le biais des canaux de réduction des risques nucléaires, que les charges seraient inertes de manière à dissiper tout doute qui pourrait aller jusqu’à une riposte nucléaire.
Le problème des armes de ce type est que si leur départ puis leur trajectoire sont parfaitement repérables par les services de renseignement américains, ces derniers ne peuvent pas savoir avant l’impact si les têtes sont inertes, explosives ou nucléaires.
Il est d’ailleurs très probable que si un adversaire (russe, chinois, nord-coréen, …) lançait une telle arme vers le territoire américain, la Maison Blanche n’attendrait pas le résultat pour déclencher un premier tir de riposte avec quelques-uns des 400 missiles balistiques sol-sol Minutemen III qui sont en alerte permanente.

Le ministère de la Défense russe a déclaré que l’attaque avait eu lieu en réponse à une frappe de drones ukrainiens sur une résidence du président russe Vladimir Poutine en décembre 2025. Selon la CIA, cette dernière affirmation est fausse.
Cette frappe semble surtout avoir été un avertissement lancé aux pays européens dont la « coalition des volontaires » composée autour de la France et de la Grande-Bretagne, a déclaré vouloir envoyer des troupes sur le territoire ukrainien une fois un cessez-le-feu obtenu.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a averti que de telles unités seraient « considérées comme des cibles militaires légitimes » qualifiant l’Ukraine et ses alliés d’« axe de guerre ».

Le Service de sécurité d’Ukraine a ensuite diffusé des photos qu’il a présentées comme étant des fragments d’Orechnik.

C’est en novembre 2024 que la Russie avait utilisé pour la première fois le missile Oreshnik. Il avait visé l’usine aérospatiale Pivdenmash, située à Dnipro(1).
Dans les deux cas, les missiles auraient été lancés depuis le polygone d’essais de Kapoustine Yar, dans le sud-ouest de la Russie, et auraient dépassé une vitesse de Mach 10.

Après la frappe de 2024, un porte-parole du Pentagone avait qualifié l’Oreshnik de « missile balistique expérimental à portée intermédiaire », « dérivé du missile balistique intercontinental russe RS-26 Rubezh ».

Le RS-26 est lui-même un dérivé du missile balistique intercontinental RS-24 Yar a été testé dans les années 2010. Le Pentagone considère que le Yar est une simple variante du précédent RS-12M Topol-M.

Cependant, en 2018, l’agence de presse d’État TASS avait rapporté que le programme RS-26 avait été gelé au profit du financement du planeur hypersonique Avangard.

À l’instar du Rubezh, l’Oreshnik serait un missile transporté sur un érecteur-lanceur à deux étages.
Il peut emporter des charges nucléaires ou conventionnelles.

La frappe de janvier est intervenue après que le général Valery Gerasimov, chef d’état-major des forces armées russes, ait déclaré lors d’une conférence politico-militaire mondiale faite aux attachés de défense étrangers le 18 décembre, que la Russie avait formé une brigade Oreshnik opérationnelle.

Le 30 décembre, les ministères de la Défense russe et biélorusse ont aussi annoncé qu’un bataillon des Forces de missiles stratégiques russes, armé de missiles Oreshnik, avait entamé son déploiement en Biélorussie(2).
Cependant, les images diffusées ne montraient pas de lanceurs-érecteurs et le site ne semblait pas encore opérationnel.

Cela dit, ce type de missile, s’il est employé avec des têtes classiques, n’est pas une « arme miracle » qui permettrait d’emporter une décision militaire lors d’un conflit de haute intensité.
Il n’est susceptible d’impacter que des objectifs fixes n’apportant rien de bien nouveau par rapport aux modèles déjà existant.

(1) Voir : « Nouveau missile russe » du 14 novembre 2024.

(2) Voir : « Missiles russes Oreshnik déployés en Biélorussie » du 19 décembre 2025.