Israël poursuit la neutralisation des principaux responsables iraniens et de tout leader étranger qui peut représenter un danger pour l'État hébreu. Les ordres sont clairs : dès qu'un personnage d'importance est repéré, il doit être éliminé. Si possible, les pertes collatérales doivent être évitées mais la priorité est donnée à l'efficacité.

Pour parvenir à leurs fins, les Israéliens bénéficient de renseignements très précis recueillis par leurs services secrets mais aussi de la collaboration de leurs très performants homologues américains, notamment dans le domaine technique.

Lors d’une conférence d’évaluation de la situation donnée le 17 mars, le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, a déclaré que l’armée israélienne a enregistré des « succès opérationnels significatifs » lors de frappes menées ces derniers temps.

Pour lui, ces attaques visent à affaiblir les capacités militaires et industrielles iraniennes tout en ciblant des membres des Gardiens de la Révolution (Pasdarans) et des organes sécuritaires du régime.

Le chef d’état-major Israélien a particulièrement souligné le renforcement de la coopération avec le commandement central de l’armée américaine, estimant que ces actions conjointes contribuaient à accroître l’efficacité opérationnelle sur le terrain(1).

Les dernières personnalités neutralisées sont Ali Larijani, secrétaire du Conseil national de sécurité iranien, le brigadier-général Gholamreza Soleimani commandant la force bassidji et Esmaïl Khatib, le ministre du renseignement…

Parallèlement, d’autres ennemis d’Israël sont frappés comme plusieurs hauts responsables du Jihad islamique palestinien (JIP) – deuxième mouvement après le Hamas qui a directement participé aux massacres du 7 octobre 2023 – qui ont été neutralisés lors de frappes en Iran. Parmi eux figureraient Akram al-Ajouri, le responsable de son aile militaire, Mohammad al-Hindi, vice-secrétaire général et Nafez Azzam, membre du bureau politique. Ils étaient impliqués dans la coordination d’activités terroristes lancées depuis 2023 à Gaza et en Cisjordanie ainsi que la gestion de financements venant de l’étranger.

En même temps que le front iranien, l’armée israélienne poursuit ses opérations contre le Hezbollah au Liban, avec un renforcement des troupes et une extension des opérations au sol(2). Pour l’État hébreu, le Hezbollah est, avec le Hamas et le JIP, les adversaires les plus proches géographiquement. Ils doivent donc être éradiqués.

Le mystère continue autour du nouveau Guide suprême de la Révolution, Mojtaba Khamenei qui n’est pas apparu en public depuis sa nomination le 8 mars 2026. Néanmoins des messages émanant théoriquement de sa personne continuent à être diffusés. Un des derniers est : « ce n’est pas le bon moment pour la paix, Israël et les États-Unis doivent être vaincus et verser des indemnités. »

Par ailleurs, il aurait rejeté des propositions transmises au ministère des Affaires étrangères par deux pays intermédiaires écartant ainsi toute solution diplomatique à court terme.

Globalement, ces déclarations illustrent un durcissement de la position de Téhéran dans le contexte des tensions régionales qui sont en train de s’accroître avec les frappes sur des sites d’hydrocarbures de part et d’autre.

Pour le moment, les pays du Golfe persique n’ont pas répliqué (en dehors de l’expulsion de diplomates iranien du Qatar) mais l’Arabie saoudite a prévenu qu’elle n’excluait pas de le faire dans l’avenir.

Il semble qu’une sorte de « cercle décisionnel » s’est mis en place autour du nouveau « Guide suprême de la Révolution », Mojtaba Khamenei même si son image ressemble à ce qui l’IA peut générer…

La véritable question n’est donc pas simplement de savoir qui est le nouveau leader suprême, mais quelle est la structure de pouvoir qui est aux manettes.

Il faut dire que les ressources en personnels iraniennes sont immenses.

La personnalité la plus connue est Sabzevar Rezaee Mirgha’ed alias Mohsen Rezaï. Conseiller militaire des Guides suprêmes de la Révolution successifs, cet ancien major-général chef des Gardiens de la révolution lors de la guerre Irak-Iran (puis jusqu’en 1997) incarne la génération révolutionnaire historique de la guerre. Son rôle est très symbolique : bien que conservateur, il est l’un de ceux qui avaient conseillé à Khomeiny d’accepter le cessez-le-feu avec l’Irak car il pensait que les forces armées iraniennes étaient épuisées.

Un autre pilier central serait Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement depuis 2020 et ancien commandant de la composante aérienne des Gardiens de la Révolution. Fort d’une expérience alliant compétences militaires et autorité politique, il représente le lien idéal entre les forces combattantes et les institutions étatiques.

Il faut compter sur le brigadier-général Ahmad Vahidi, commandant en chef des Gardiens de la Révolution depuis cette année et ancien ministre de l’Intérieur. Il a aussi a dirigé la Force Al-Qods de 1990 à 1997.

Le major-général Yahya Rahim Safavi, conseiller militaire de haut rang et commandant des pasdarans de 1997 à 2007 est aussi considéré comme une personnalité marquante du clan conservateur.

Le major-général Ali Abdollahi Aliabadi , commandant le quartier général central de Khatam al-Anbiya (placé sous le commandement direct de l’état-major général) depuis 2025 est chargé de planifier et de coordonner les opérations militaires conjointes au sein des forces iraniennes.

Son rôle opérationnel est donc central.

Les piliers opérationnels de la stratégie de dissuasion iranienne apparaissent également au sein de ce cercle : le brigadier-général Hossein Mousavi Eftekhari alias Majid Mousavi, est le commandant de la force aérospatiale du Corps des gardiens de Révolution islamique depuis 14 juin 2025. C’est le grand responsable de tous les missiles et drones iraniens engagés actuellement dans la guerre au Proche-Orient.

Le commodore Alireza Tangsiri, commandant de la composante maritime des Gardiens de la Révolution et donc central dans toute stratégie se développant autour du détroit d’Ormuz(3).

Malgré les frappes massives, il semble que le système iranien a évité la fragmentation au sommet de sa hiérarchie militaire et politique et la chaîne de commandement semble intacte car elle a été décentralisée laissant plus d’autonomie aux différents états-majors.

Prise dans son ensemble, cette configuration suggère que la structure de pouvoir émergente est un état-major restreint, typique des situations de guerre dominé par des vétérans issus des Gardiens de la Révolution, preuve en est que ce sont eux qui dirigent le pays aujourd’hui.

L’objectif est de préserver la cohésion du régime, maintenir sa dissuasion missilière et faire durer le conflit pour fragiliser les pays de la région et impacter et les flux économiques mondiaux. Leur espoir est que, sous la pression internationale, les États-Unis soient pousser à se retirer du conflit.

(1) Voir : « Frappes en Iran : ‘fureur épique’ pour les Américains, ‘lion rugissant’ pour les Israéliens » du 2 mars 2026.

(2) Voir : « La nouvelle guerre au Liban » du 12 mars 2026.

(3) Voir : « Des mines dans le Détroit d’Ormuz ? » du 11 mars 2026.