La politique de la nouvelle administration américaine inquiète beaucoup Israël qui regrette le président Donald Trump qui s’était montré comme un allié fidèle de l’État hébreu pour ne pas dire plus (reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, reconnaissance de l'annexion du Golan, accord pour l'implantation de nouvelles colonies juives en Cisjordanie, etc.).

Il a fait plus pour Israël en quatre ans de mandat que ce qu’ont fait les USA en quarante ans! Profitant des avancées réussies par Trump vers les pays arabes (en particulier les « accords d’Abraham(1) »), le Premier ministre Benyamin Netanyahou a repris l’idée d’un « OTAN arabe » appelé « The Middle East Strategic Alliance (MESA) » (l’Alliance stratégique du Moyen-Orient) lancée pour la première fois par le président Trump le 21 juin 2017 lors de sa visite officielle à Riyad.

Le ministre de la défense israélien, Benny Gantz, a déclaré au début mars : « nous travaillons en vue d’établir une alliance sécuritaire régionale avec les États du Golfe qui ont la même approche qu’Israël sur la question iranienne » et d’insister: « Israël, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis négocient depuis plusieurs mois la création d’une alliance de défense sécuritaire sur le modèle de l’Otan pour faire face à un ennemi commun : l’Iran ». Le sujet a le mérite de la clarté, l’ennemi étant parfaitement désigné : Téhéran. Néanmoins, il n’est pas certain que le Maroc et le Soudan, deux pays ayant aussi normalisé leurs relations avec l’État hébreu vont participer à cette initiative. Sur le fond, tout comme l’Égypte et la Jordanie, ils se sentent moins concernés directement par la menace iranienne.

L’Arabie saoudite qui, pour sa part, n’a pas conclu d’accord de normalisation avec Israël, considère que le programme nucléaire iranien et surtout le développement d’une importante capacité balistique représente une menace existentielle pour tout le Moyen-Orient en général et pour elle en particulier. Il est vrai que Riyad a une idée de cette menace ayant été ciblé ces dernières années par des missiles sol-sol (mais aussi par des drones) de conception iranienne, théoriquement mis en oeuvre par les rebelles houthis yéménites. Ainsi, le 22 novembre 2020, un missiles de croisière Qods-2 lancé par les Houthis frappait une usine d’Aramco à Jeddah faisant un trou dans un réservoir de pétrole et déclenchant un incendie. Le dernier en date a eu lieu le 4 mars 2021, les mêmes installations étant de nouveau ciblées par le même type d’arme. Mais l’attaque la plus significative a eu lieu le 14 septembre 2019 contre les sites pétroliers d’Abqaïq et de Khurais situés au centre du royaume. Au moins 18 impacts avaient été relevés et les missiles et drones employés provenaient du Nord/Nord-Ouest et pas du Yémen au Sud.

L’idée d’un « OTAN arabe » qui s’opposerait à l’Iran semble donc séduisante d’autant que le Qatar ne semble plus être mis à l’index par Riyad. Mais la majeure partie des pays concernés n’ont pas les capacités nécessaires pour affronter militairement ce pays. En réalité, leur utilité serait d’assurer une zone de départ et de passage pour une opération militaire de grande ampleur dirigée contre Téhéran. Même Israël qui peut se considérer comme la « force de frappe » de cette coalition n’a pas les capacités opérationnelles – hors bombardement nucléaire – de mettre à genoux le régime des mollahs. Il est aussi clair que, de leur côté, les Américains ne souhaitent pas s’engager dans ce bourbier, l’Irak ayant servi de leçon.

Il est donc probable que ce projet se termine comme beaucoup d’autres auparavant, au fond du tiroir.

L’avenir est de plus en plus incertain au Moyen-Orient pour de nombreuses raisons : le désengagement des Américains pour qui cette zone n’est plus une priorité en dehors de la protection d’Israël, les accords de normalisation des pays arabes avec l’État hébreu qui redistribuent les cartes, le fait que l’opposition sunnites contre chiites commence à être battue en brèche car les Frères musulmans sont en train de jouer une nouvelle fine partition appuyés par la Turquie et le Qatar, en particulier en direction des Palestiniens qui sont déjà soutenus par Téhéran, etc. L’avenir va certainement dévoiler de nouvelles surprises stratégiques.

 

1 – Les accords d’Abraham sont deux traités de paix signés en 2020 entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU) d’une part et d’autre part avec le Bahreïn. Dans ce royaume dirigé par la famille sunnite Al-Khalifa, si la population est à 81,2% musulmane (chiffre à modéré en raison de la présence de nombreux travailleurs étrangers non musulmans), les chiites sont majoritaires à 65% ce qui provoque des tensions récurrentes que Riyad et des forces du Conseil de coopération du Golfe sont venues calmer militairement en mars 2011.

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Alain Rodier

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