Depuis 2018, Daech en Syrie et en Irak a quasi disparu de la scène médiatique. La raison en est simple. Ce mouvement salafiste-jihadiste a adopté une posture discrète ne revendiquant plus les opérations qu’il pouvait mener de manière à reprendre pied dans son ancien « califat » sans attirer l’attention de l’opinion mondiale.
Le redémarrage a eu lieu en 2019 mais 2020 a été une année charnière qui présage rien de bon pour l’avenir. Même si pour l’instant, Daech n’est pas capable de reprendre une ville(1), il a considérablement renforcé ses positions en Syrie centrale étendant ses zones d’influence depuis le désert de Badiya au nord (où 30 permissionnaires ont été tués le 30 décembre 2020), à la province d’Alep, à l’ouest à celle de Salamyeh et de Hama (l’EI avait complètement disparu de cette province en 2019) et au sud-est à Al-Qaryatayn et Homs.

En 2020, l’EI serait responsable de 286 attaques dont 94 à haute intensité (dont des assassinats ciblés dont ceux de plusieurs officiers généraux pasdarans iraniens, syriens et celui du major-général russe Vyacheslav Gladkikh) qui auraient provoqué la mort de 432 combattants pro-régime, de 41 civils et qui auraient causé 211 blessés. La majorité des actions de grande ampleur (qui engagent plus de cinquante jihadistes) de Daech ont eu lieu dans les provinces de Deir ez-Zor et de Homs.

Ailleurs, il s’agit d’attaques plus sporadiques. Les autoroutes et les grands axes de circulation font l’objet de piégeages avec des mines et des IED, en particulier dans la région de Palmyre. Une nouveauté, de faux points de contrôle sont montés ponctuellement et permettent de liquider des fonctionnaires et des miliciens tout en rançonnant les routiers. Ces manières de procéder participent au climat d’insécurité général que fait régner Daech sur l’ensemble de la Syrie. Cela pousse de riches hommes d’affaires à recruter des milices privées pour protéger leurs intérêts, les forces de sécurité étant décrédibilisées. Ainsi, les rivalités entre les différentes forces (armée, milices, étrangers) provoquent au minimum des dysfonctionnements quand il ne s’agit pas de véritables trahisons, certains chefs locaux (particulièrement ceux qui contrôlent l’Euphrate) pactisant directement avec Daech dans le style : « nous vous laissons passer mais vous ne menez pas d’opérations dans mon secteur ».

À grands renforts de publicité, les forces gouvernementales épaulées par leurs alliés mènent des opérations de nettoyage dans des zones où Daech a été actif mais s’est retiré sur d’autres positions. Le résultat est nul et même contre-productif puisque les populations locales apprécient peu ces déploiements de force. Les bombardements qui se sont accrus ces derniers mois se font majoritairement sur des objectifs statiques – où il n’y a plus personne -. L’appui feux air-sol des troupes au contact est quasi-inexistant. À noter que les forces gouvernementales épaulées par la société militaire privée Wagner ont même été obligées d’abandonner des positions isolées aux jihadistes alors même que la propagande du régime clame des victoires à répétition et la « sécurisation » de secteurs qui n’ont aucune réalité. Il est vrai qu’en dehors quelques exceptions comme la 4è brigade de la 7è division, les unités sont sous-entraînées et peu opérationnelles.

De plus, la menace s’étend maintenant aux alliés kurdes des Américains dans le nord-est du pays. Il semble que Washington envisage de construire une base à Ain Diwar à proximité de la fronière turque (au sud de Cizre). Si cette information se confirme, cela voudrait dire que des militaires US vont rester sur zone pour un certain temps.
Le désert de Badiya sert aujourd’hui de base arrière et de zone d’entraînement comme cela a été le cas de la province d’al Anbar en Irak durant des années.

1. De plus Daech a compris qu’il ne fallait pas présenter des « cibles trop identifiables » aux frappes adverses.

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Alain Rodier

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