À la mi janvier, Aslan Avgazarovich Byutukaev alias l’Émir Khamzat ou Abubakar, l’émir de la wilayat al-Qawqaz (Caucase) de l’État Islamique (Daech) a été tué par des hommes du « régiment de police Akhmat Khadzhi Kadirov » en Tchétchénie en compagnie de cinq de ses compagnons. Cette mort serait la conclusion d’une traque de plusieurs mois au cours desquels Byutukaev serait parvenu à s’échapper à deux reprises.

Déclaré comme terroriste par l’ONU et les États-Unis, il est apparu lorsqu’il a été désigné comme commandant de la brigade « Riyad-us Sliheen » (chargée des opérations kamikaze) en remplacement de Said Burrysatsky tombé en « martyr » le 2 mars 2010. Il s’est ensuite fait connaître comme le mentor de Magomed Evloev, un Ingouche de 20 ans qui s’est fait exploser à l’aéroport international de Domodedovo (Moscou) le 24 janvier 2011 causant la mort de 37 personnes et en en blessant 173 autres. En effet, il était apparu dans une vidéo aux côtés du kamikaze et de Dokka Oumarov, l’ »émir du Caucase » de l’époque revendiquant l’opération à l’avance.

Il a été revu sur une autre vidéo en 2011, toujours aux côtés d’Oumarov quand ce dernier a revendiqué l’assassinat à Moscou le 10 juin de l’ex-colonel Youri Boudanov. En 2003, ce dernier avait été jugé coupable par la justice russe du viol puis du meurtre d’une jeune Tchétchène âgée de 18 ans lors de la Deuxième guerre de Tchétchénie. Il avait été dégradé et condamné à dix ans de prison mais son cas défrayait alors la chronique. Considéré comme un « héro » par une partie de la population russe, il était haï en Tchétchénie, même par les membres des forces pro-Kremlin.

En juillet de la même année, Oumarov désignait Byutukaev comme son adjoint et émir de la nouvelle wilayat de l’Ouest (région de Nokhchicho). En mai 2014, il prêtait allégeance à Aliaskhab Kebekov qui avait succédé à Oumarov empoisonné le 7 septembre 2013.

Il a aussi assumé la responsabilité des combats de Grozny du 4 décembre 2014 qui ont coûté la vie à 14 policiers et fait plus de 35 blessés. 11 insurgés avaient alors été neutralisés.

En juin 2015, il a remplacé Aliaskhab Kebekov tué le 9 avril 2015. Il a alors prêté allégeance à Daech dans un message audio. Il aurait été signalé en Turquie en 2016 ce qui n’est pas impossible quand on connaît les liens d’Ankara avec les rebelles caucasiens… Personne ne sait quand il est revenu sur zone.

Le Caucase est séparé en deux entités rebelles (deux « émirats »), l’une se revendiquant d’Al-Qaida « canal historique », l’autre de Daech. Les deux structures en concurrence sont rudement étrillées par les forces du président Ramzan Kadirov qui a d’ailleurs été félicité pour ce dernier coup d’éclat par le président Vladimir Poutine. Lui et ses subordonnés impliqués dans l’opération devraient être prochainement récompensés par le Kremlin pour leur « action héroïque ».

Alors que les groupes salafistes-jihadistes (al-Qaida et Daech même s’ils sont concurrents pour ne pas dire « adversaires ») prolifèrent au Sahel, en Somalie, au Sinaï (surtout Daech), en Afghanistan (surtout Al-Qaida), en Extrême-Orient, ils semblent marquer le pas au Caucase où la politique sécuritaire du président Poutine(1) semble porter ses fruits.

1 – Il a compris que les rebelles ne doivent pas se sentir comme des « poissons dans l’eau » au sein des populations locales d’où son soutien indéfectible au président Kadirov qui applique la charia dans sa république (c’est la seule autorisée à le faire dans la Fédération de Russie).

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Alain Rodier

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