De nombreuses questions se posent sur les éliminations ciblées menées en Iran (et ailleurs) depuis le début de l’année ; le major général Qassem Soleimani drôné le 3 janvier en Irak, Abdullah Ahmed Abdullah alias Abou Mohamed Al-Masri, un haut responsable d’Al-Qaida « canal historique » réfugié en Iran depuis 2001 assassiné par balles avec sa fille Miriam le 7 août à Téhéran, Mohsen Fakhrizadeh-Mahabadi, un scientifique dit l’ »Oppenheimer iranien », mais aussi vice-ministre de la défense tué le 27 novembre à l’est de la capitale…
Un autre assassinat ciblé a été signalé le 30 novembre en Syrie à proximité de la frontière israélienne. Un haut gradé des Pasdarans alors en inspection aurait été neutralisé avec trois de ses gardes du corps par le tir un drone israélien.

Le « pourquoi » de toutes ces opérations plus ou moins secrètes (la dernière citée relève plus d’une opération militaire classique sauf qu’officiellement Israël n’est pas en guerre avec l’Iran) est assez simple à décrypter : l’administration Trump en liaison étroite avec Israël a voulu prolonger la politique de « pression maximale » exercée contre Téhéran par des actions visibles sur le terrain.
Elles sont destinées à déstabiliser le pouvoir des mollahs en les faisant douter de leurs capacités à maîtriser la situation. L’objectif reste le même depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche : affaiblir Téhéran et pousser les populations à la révolte par tous les moyens même au prix de l’affamer sans parler de l’embargo – même indirect – sur les médicaments en cette période de crise sanitaire due à la Covid-19. L’administration Bush Jr. avait procédé exactement de la même manière avec l’Irak avant de l’envahir en 2003. À l’époque, ce savant mélange de sanctions – pressions – mensonges n’avait pas suffi pour abattre le dictateur Saddam Hussein. Il avait fallu envoyer les boys sur le terrain avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui (sans regretter un seul instant le dictateur sanguinaire irakien).

La défection en 2019 du responsable iranien de la protection rapprochée des personnalités

Le « comment » passe vraisemblablement par un fait important survenu en avril 2019 et qui n’a pas eu de publicité. Le brigadier général Ali Nasiri, membre dirigeant du bureau de la protection du corps des gardes de la révolution islamique (Sazman-e Hefazat-e Sepah) service dépendant des Pasdarans créé en 1984, est passé du côté occidental. Une des unités qu’il dirigeait depuis 2017, le Ansar-al-Mahdi, est chargée de la protection des personnalités de haut niveau du régime, des bâtiments gouvernementaux, des évènements officiels nationaux, des représentations diplomatiques et des invités étrangers. Parallèlement, il existe aussi la section de protection aérienne chargée des aéroports (et des vols civils) et enfin le Vali-e Amr qui s’occupe directement de la sécurité du guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei.

Le brigadier général Nasiri aurait fui à l’Ouest après s’être violemment disputé le 11 avril 2019 avec Hossein Taeb, le responsable des services de renseignement des Pasdarans sans que l’on en connaisse le motif. Craignant vraisemblablement pour sa sécurité, Nasiri aurait fui l’Iran pour demander l’asile politique auprès d’une ambassade américaine située dans un des pays du golfe Persique. Pour négocier son retournement, il aurait apporté avec lui des documents classifiés importants.

Le vendredi 19 avril 2019, sans faire référence nommément à Nasiri, l’agence de presse iranienne Fars a rapporté que : « Par décret du major général Jafari, commandant en chef des gardiens de la Révolution, nomme le brigadier général Fathollah Jomayri […] chef du bureau de la protection du corps des gardes des Pasdarans ». Il a ensuite été annoncé que Nasiri avait été démis de ses fonctions pour fautes graves…

Nasiri connaissait presque tout sur la protection des personnalités, leur emploi du temps habituel, leurs points de chute, les itinéraires habituellement empruntés, les procédures de sécurité mises en oeuvre… Même si ces dernières ont vraisemblablement été modifiées après sa défection, la routine et l’ennui reviennent vite dans le domaine de la protection rapprochée, car il ne se passe jamais rien jusqu’au jour où…

Certes, les informations fournies par le déflecteur n’expliquent pas tout. Il a fallu que les services acquièrent des renseignements très précis (et surtout mis à jour) sur les itinéraires et les horaires de passage des cibles pour les frapper à coup sûr. Mais Nasiri avait a dû indiquer quelles étaient les personnes susceptibles de donner ces dernières informations capitales.
Et ce ne sont pas les seules à être impliquées, car une telle opération nécessite, bien sûr renseignement, mais aussi une logistique importante. En effet, il a fallu que les exécutants soient dotés des armes et véhicules. De plus, la partie la plus compliquée est l’exfiltration, car tous les services de sécurité sont alors en alerte.
La chasse aux taupes et autres « collaborateurs » est certainement lancée en Iran.

 

1. Dans le cas de Mohsen Fakhrizadeh, toutes les versions avancées sont sujettes à caution. Ce qui est sûr, c’est qu’un véhicule de type pick-up a explosé en avant de celui qui était visé, que le conducteur a été neutralisé par des tirs de face (quatre impacts de balles visibles) et que Fakhrizadeh aurait été visé depuis l’arrière gauche du véhicule puis sortie du véhicule et achevé sur la route. En aucun cas la voiture n’a été criblée de balles et les tirs venaient de deux directions opposées…

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Alain Rodier

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