Il est de notoriété publique que le crime organisé sait parfaitement s’adapter à de nouvelles situations, même les plus catastrophiques, pour orienter leurs activités afin de faire un maximum de profits financiers. L’Opération « Pangea XIII » qui a engagé plus de 90 pays (police, gendarmerie, douanes, autorités de contrôle et sociétés privées) du 3 au 10 mars a permis de mettre fin à un trafic de produits sanitaires contrefaits, masques, désinfectants et médicaments anti-viraux qui avaient commencé à être vendus avec de très gros bénéficies pour une efficacité nulle sur plus de 2.500 site internet. 121 personnes ont été arrêtées et de la marchandise pour une valeur de 14 millions de dollars a été confisquée. La découverte de 34.000 masques contrefaits proposés sous les appellations  « corona spray », « coronavirus packages » ou « coronavirus medecine » ne sont vraisemblablement que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus important. De grandes quantités de fausse chloroquine (un antipaludique qui est actuellement testé dans le cadre de la lutte contre le COVID-19) ont été saisies. Jürgen Stock, le Secrétaire général d’Interpol a déclaré « une fois de plus, l’opération Pangea démontre que les criminels ne s’arrêtent devant rien pour faire des profits. Le trafic illicite de matériels de santé contrefaits pendant la catastrophe sanitaire actuelle prouve leur manque de respect pour la santé et même la vie des populations ».

Curieusement, il a été remarqué durant l’opération une diminution des envois par petites quantités – ce qui se faisait communément auparavant pour échapper aux contrôles – mais une augmentation des envois groupés. Cela est sans doute dû à la baisse générale du nombre total d’envois de par le monde en raison de la crise économique qui accompagne la crise sanitaire.

 

L’opération « Pangea »

Les 13 opérations « Pangea » coordonnées par Interpol ont été lancées en 2008 pour tenter de lutter contre la vente en ligne de produits de santé contrefaits et illicites. Elles ont aussi pour but de sensibiliser le public aux risques liés à l’achat de médicaments sur des sites Web non réglementés. Depuis leur lancement, ces opérations ont permis de retirer de la circulation plus de 105 millions d’unités (comprimés, ampoules, sachets, flacons, etc.) et de procéder à plus de 3.000 arrestations. Les opérations Pangea ont démontré qu’au moins 11 % des produits médicaux commercialisés en ligne sont des contrefaçons et que toutes les régions du monde sont touchées. Les produits de contrefaçon les plus saisis ont été des traitements des troubles de l’érection, les antidépresseurs, les stéroïdes anabolisants, les médicaments antidiabétiques, anticancéreux,  des hypnotiques, des sédatifs, des anti-inflammatoires et aujourd’hui tous ce qui peut être utilisé dans la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Selon Interpol, les contrebandiers tentent de dissimuler les médicaments illicites au milieu d’autres marchandises, d’où la nécessité, pour les autorités, d’être en alerte lorsqu’elles inspectent des colis d’articles authentiques de toutes sortes. On a ainsi découvert des pilules contraceptives de contrefaçon dissimulées dans des boîtiers de DVD et des somnifères illicites dans des colis supposés contenir des vêtements, de la literie et des produits alimentaires.

Toujours selon les mêmes sources, les médicaments non autorisés et contrefaits peuvent être dangereux pour diverses raisons. Ils peuvent ne pas contenir la bonne quantité de substance active (c’est-à-dire qu’ils en contiennent trop, insuffisamment ou pas du tout), ou leur date d’expiration est falsifiée. Il a même été établi que certaines contrefaçons de médicaments contenaient du mercure, de l’arsenic, du raticide ou du ciment. Les masques proposés actuellement ne présentent aucune garantie de sécurité.

En conséquence, il convient d’être vigilant pour l’achat de produits médicaux en ligne. Les règles suivantes sont à appliquer :

. acheter les médicaments auprès d’une source réglementée ;

. acheter les médicaments délivrés sur ordonnance exclusivement auprès de points de vente agréés.

Éviter d’acheter un produit ou de passer par un site Web si :

. ce produit ou ce site est suspect (fautes d’orthographe, adresse postale non indiquée, ou allégations de type « sans aucun danger », « parfaitement toléré », « absolument légal ») ;

. les prix des médicaments sont anormalement bas ;

. le paiement ne peut s’effectuer qu’en cybermonnaie. Cela peut être un signe d’activités illégales.

Ne jamais acheter de médicaments via des réseaux sociaux ou des applications mobile.

Aux activités décrites plus avant, il convient de signaler la multiplication des tentatives d’escroqueries via tous les moyens de communications, par internet bien sûr, mais aussi par téléphone ! Ainsi, des personnes ont été contactées par de soi-disants médecins qui les « informaient » qu’un de leurs proches était hospitalisé – généralement dans un pays étranger – et qu’il convenait de payer une « avance sur soins ».

Seule bonne nouvelle, la crise provoque pour le moment une rupture d’approvisionnements en matières premières venant de Chine pour le crime organisé mondial (produits précurseurs, contrefaçons, etc.). Mais l’ingéniosité et l’inventivité des criminels leur permettra très vraisemblablement de pallier à ce problème rapidement.

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Alain RODIER

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