Depuis déjà plusieurs semaines, les frappes de drones ukrainiens se multiplient sur l'ensemble du territoire russe, ce qui laisse croire que Kiev a pris l'ascendant sur Moscou dans le domaine des drones. Cependant, la réalité pourrait être plus nuancée.

L’Ukraine dispose d’une force de frappe conséquente, principalement due à sa capacité à produire des drones en grande série. Mais, aujourd’hui, la Russie serait en mesure de faire de même, tout en accordant encore plus d’importance à leur rôle sur le champ de bataille. Pour preuve, la nomination par Vladimir Poutine, en août dernier, du général de l’armée de terre Denis Liamine à la tête de la Direction des systèmes sans pilote des forces armées russes. Une nomination qui traduit la volonté de Moscou de mettre de l’ordre dans la production et l’utilisation des drones, un secteur qui devient une branche à part entière de l’armée russe, aussi bien sur le champ de bataille pour des missions de reconnaissance et de frappes que pour des missions « d’intimidation », comme les survols répétés de zones jugées sensibles dans plusieurs pays européens. Cette priorité accordée aux drones se retrouve également sur le plan industriel. Malgré les sanctions occidentales qui visent son économie, Moscou affirme avoir considérablement renforcé ses capacités de production. Récemment, le premier vice-Premier ministre Denis Mantourov a déclaré que l’industrie russe était désormais capable de fabriquer plus de 15 000 drones FPV par jour, contre un mois en 2023. Des chiffres qui restent toutefois à prendre avec prudence. De son côté, l’Ukraine affirme elle aussi augmenter rapidement ses capacités de production. Selon de récentes déclarations des autorités de Kiev, le pays devrait produire 10 millions de drones cette année, un volume qui pourrait doubler d’ici à 2027. Là encore, ces chiffres doivent être relativisés, car on reste dans ce que les experts appellent « le brouillard de la guerre ».