L’Azerbaïdjan est une République laïque au régime politique officiellement semi-présidentiel mais en réalité aux mains du clan Aliyev depuis 1993. D’une surface de 86.600 km2, il est peuplé de dix millions d’habitants dont 91% d’Azéris (neuf millions). Connu pour son opposition armée à l’Arménie, le dernier conflit s’étant terminé en 2023 avec l’annexion du Haut-Karabagh, il est néanmoins attractif pour ses richesses en hydrocarbures de la mer Caspienne et sa position géographique à l’heure où l’économie se tourne en partie vers l’Est. Ce pays s’est considérablement renforcé militairement avec l’aide d’Israël et de la Turquie(2).
Plus inquiétant pour Téhéran, quinze millions d’Iraniens sont des Azéris (il existe la province de l’Azerbaïdjan oriental dont la capitale est Tabriz) dont nombre d’entres-eux servent le régime au sein des pasdarans(3). Un Azerbaïdjan très prospère – il en a les moyens économiques -, peut attirer une sécession du nord-ouest du pays et même une révolte parmi ses plus fidèles serviteurs d’origine azérie ou/et turkmène.
L'attaque de drones du 5 mars
Le 5 mars, le régime des mollahs a lancé deux drones qui ont visé l’aéroport international de l’enclave azérie du Nakhitchevan et blessé deux civils.
Pour mémoire, le Nakhitchevan est une enclave azérie séparée du reste du pays par l’Arménie et située le long des frontières iranienne et turque.
À la grande colère de Téhéran, un accord a été conclu entre Bakou et Erevan sous l’égide de Washington qui prévoit à terme l’établissement d’un corridor reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan longeant la frontière iranienne(4).
Bakou a fermement condamné l’attaque, le ministère des Affaires étrangères la qualifiant de « violation de la souveraineté du pays et du droit international ». Le ministère des Affaires étrangères qui a convoqué l’ambassadeur iranien a aussi déclaré : « l’Azerbaïdjan se réserve le droit de prendre les mesures appropriées ».
Le président Ilham Aliyev a qualifié cet incident d’acte terroriste et a mis les forces de défense du pays en alerte.
Téhéran a blâmé Israël pour l’attaque mais le ministère azéri de la Défense a bien confirmé l’origine iranienne des drones utilisés.
Terrorisme d'État iranien ?
Plus inquiétant si vérifié, des attentats terroristes étatiques auraient été déjoués sur le sol azéri par les services de sécurité locaux. L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, l’ambassade d’Israël à Bakou et des cibles juives auraient été leurs objectifs.
Selon les medias azéris, plusieurs suspects ont été arrêtés et trois engins explosifs ont été saisis.
Le service de sécurité azéri (Dövlət Təhlükəsizlik Xidməti, DTX) a pointé du doigt les agences de renseignement iraniennes, en particulier les pasdarans, de préparer une série d’attentats terroristes dans le pays.
Plusieurs ressortissants iraniens et azéris ont été arrêtés après avoir fait entrer clandestinement des explosifs dans le pays.
Selon le DTX, l’un des suspects, le ressortissant iranien Sajjad Moghadam Sati Sofi Evad Sheikhzadeh, aurait « reçu des instructions spéciales du CGRI [pasdarans] pour préparer des plans d’assassinat visant des individus juifs vivant en Azerbaïdjan. »
Au moins dix individus ont été identifiés comme étant liées à l’affaire dont le colonel des renseignements des pasdarans, Ali Asghar Bordbar Sherami, qui aurait directement supervisé les opérations.
Quatre individus – les ressortissants azéris Tarkhan Tarlan Guliyev, Nijat Zaman Aghayev, Asad Tofiq Abdullayev et Rashad Farhad Rustamov – ont déjà été jugés et condamnés à six ans et six mois de prison.
Trois autres – Narmina Ramiz Shabanova, Naib Agaismi Ismiyev et Elvin Bahruz Ahmadov – accusés d’être liés à l’affaire doivent être jugés rapidement.
En outre, quatre ressortissants iraniens en fuite – Yaser Rahim Zandkian, Behnam Sahibali Rustamzada, Hosein Savar Saber Azarundbileh et Sajjad Moghadam Sati Sofi Evad Sheikhzadeh – ont été placés sur la liste de personnes recherchées.
Ce n’est pas la première fois que l’Azerbaïdjan accuse l’Iran d’orchestrer ou d’être impliqué dans des attaques terroristes contre le pays ou ses citoyens.
En 2023, un agresseur armé avait attaqué l’ambassade d’Azerbaïdjan en Iran, tuant le chef de la sécurité et blessant deux autres personnes. À l’époque, Téhéran avait soutenu que l’assaillant était motivé par des raisons personnelles et Bakou avait reproché à l’Iran de ne pas protéger correctement l’ambassade.
Le président Aliyev avait été plus loin accusant le tireur d’avoir agi sur les instructions des services spéciaux iraniens et arguant que « l’attaque avait été ordonnée aux plus hauts niveaux des institutions étatiques iraniennes afin d’intimider l’Azerbaïdjan… »
La fusillade de l’ambassade mise à part, le gouvernement iranien a également été accusé à plusieurs reprises de recruter des personnes, souvent azéries, pour commettre des assassinats d’opposants à l’étranger.
Enfin, en avril 2025, le Washington Post a rapporté que les pasdarans avaient engagé un ressortissant géorgien d’origine azérie pour assassiner un grand rabbin de Bakou. Le complot avait échoué le tueur étant arrêté.
Le 7 mars matin, le président iranien Masoud Pezeshkian a semblé faire un pas vers la désescalade, publiant des excuses pour les frappes que l’Iran a conduit dans toute la région, et affirmant qu’une décision avait été prise d’interdire les attaques contre les pays voisins « à moins que ces pays ne nous lancent une attaque. »
Malgré cette déclaration, les frappes se sont poursuivies tout le week-end sur différents pays du Golfe – mais pas en Azerbaïdjan.
Une riposte éventuelle de Bakou ?
Selon des medias israéliens, le renseignement israélien s’attend à ce que l’Azerbaïdjan « rejoigne la coalition qui attaque l’Iran ».
C’est peu probable car l’intégralité de l’industrie énergétique azérie est à portée des drones et autres missiles iraniens même si cela coûterait cher à Téhéran qui importe de l’électricité azérie.
La destruction d’infrastructures pétrolières en Caspienne aurait des conséquences majeures pour l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Géorgie et la Turquie, ainsi que pour les compagnies pétrolières occidentales ayant investi dans la région. Et c’est sans parler de l’impact écologique…
Il est aussi erroné de penser que les Azéris pourraient rejoindre les milices kurdes iraniennes qui sont appelées à se révolter par les États-Unis (Trump vient de dire le contraire) et Israël car la Turquie – principal allié de Bakou – voit d’un très mauvais œil ces derniers développements et s’y opposera avec la dernière énergie.
À noter que les ministres des Affaires étrangères de l’Organisation des États turciques créée en 2009(5) se sont rencontrés à Istanbul le 7 mars à l’initiative du chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan.
Il a appelé le monde turcophone à adopter une position commune sur les conflits en cours impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que sur les attaques visant des pays tiers tout en favorisant le dialogue diplomatique.
Il a souligné que le renforcement de la coopération entre les États membres est devenu primordial dans un contexte d’incertitude mondiale et d’instabilité régionale.
Plus largement, il a sollicité le soutien de ses homologues afin de prévenir une nouvelle escalade des tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan(6) et de mettre fin à ce qu’Ankara qualifie de traitement injuste des Chypriotes turcs.
À ce propos, si la Grèce, la France, l’Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni participent déjà à la force navale européenne en Méditerranée orientale, l’armée turque envisage de dépêcher des F-16 en République turque de Chypre du Nord. Il conviendra alors d’avoir une bonne coordination pour éviter tout incident. C’est déjà le cas avec la marine turque.
(1) Voir : « Les Kurdes vont-ils se lancer dans la guerre contre l’Iran ? » du 4 mars 2026.
(2) Voir : « L’Azerbaïdjan se renforce militairement » du 30 septembre 2025.
(3) Le nouveau leader iranien depuis le 8 mars 2026, l’ayatollah Mojtaba Hosseini Khamenei (né le 8 septembre 1969), deuxième fils du guide suprême de l’Iran, est d’origine azérie et perse. Il s’est engagé les pasdarans dès le début de la guerre Iran-Irak en 1980 avant de se lancer dans les études religieuses. Chef de cabinet adjoint de son père, il serait très au fait de la politique et de la sécurité mais favorable au développement de l’arme nucléaire.
(4) L’accord Arménie – Azerbaïdjan – États-Unis inquiète l’Iran du 13 août 2025.
(5) Elle compte actuellement cinq membres, la Turquie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et quatre observateurs : la Hongrie, le Turkménistan, Chypre et l’Organisation de coopération économique (OCDE).
(6) Voir : « Affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan » du 3 mars 2026.
