Pour le moment, il est douteux que cette instance de 88 religieux puisse se réunir en raison des risques sécuritaires importants que cela représenterait.
Ce Conseil est composé du président de la République Massoud Pezeskhian considéré comme un « modéré », du chef du système judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeie accusé de violations des Droits humains depuis plus de vingt ans et de l’ayatollah Ali Reza Arabi, membre du Conseil des gardiens de la Constitution. C’est ce dernier qui assurerait temporairement le remplacement de l’ayatollah Khamenei.
Mais d’autres sources affirment que le pouvoir aurait été transféré entre les mains d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) depuis août 2025 (dont le président est Massoud Pezeskhian.)
Larinaji est un vétéran de la révolution islamique présenté comme un conservateur « pragmatique ». Il a été chargé de réprimer dans le sang les manifestations intérieures de janvier 2026. Parallèlement, il assurait la liaison avec les alliés de l’Iran mais aussi avec les États-Unis. C’est lui qui a demandé que les principaux responsables civils et militaires Larijani aient quatre remplaçants potentiels.
Des nombreuses évolutions ont lieu et il est possible que les Iraniens dissimulent qui a vraiment en charge la direction du pays surtout que le nombre de responsables annihilés est très important. Même si les Iraniens avaient prévu une prochaine guerre(1), des pertes et des relèves, il est possible qu’ils aient été déstabilisés par le nombre de ces disparitions.
Retour sur les faits
Depuis la Révolution islamique de 1979, les différents gouvernants américains qui se succédaient à la Maison-Blanche rêvaient de faire tomber cette théocratie extrêmement agressive contre les Occidentaux qui avait développé le terrorisme étatique au Liban et en Europe tout en opprimant son propre peuple.
Lors de la Guerre Irak – Iran (1980-88), les Occidentaux avaient soutenu Saddam Hussein, seuls les Israéliens apportant – temporairement – une aide technique à Téhéran car Bagdad représentait alors le danger prioritaire pour l’État hébreu…
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont saisi l’opportunité d’une « fenêtre ouverte » qu’ils attendaient depuis des semaines pour terminer le travail de la « guerre des douze jours » de juin 2025(2). Cette dernière avait montré des faiblesses qui pouvaient être exploitées pour abattre le régime. Depuis, il semblait évident qu’il y aurait un « match retour. ».
Afin de faire baisser la garde à Téhéran malgré le déploiement massif de forces américaines dans la région et les déclarations bellicistes du président Donald Trump, de nombreuses opérations de désinformation avaient été lancées, en particulier lors des « négociations » qui avaient lieu indirectement entre Washington et Téhéran, le dernier round de Genève ayant été le plus trompeur.
D’ailleurs, le ministre omanais des Affaires étrangères, médiateur dans les négociations irano-américaines, Badr al-Busaidi, a déclaré : « Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été sapées […] J’exhorte les États-Unis à ne pas se laisser entraîner davantage. Ce n’est pas votre guerre. » À noter qu’il se trouvait à la veille du déclenchement des opérations aux États-Unis pour briefer le vice-président JD Vance sur l’état d’avancement des négociations de Genève.
Les États-Unis et Israël ont donc lancé des opérations coordonnées (« fureur épique » pour les Américains, « lion rugissant » pour les Israéliens) contre l’Iran au petit matin du 28 février. Le processus de frappes bien connu a visé les régions de Téhéran, Karaj, Tabriz, Kermanshah, Khorramabad, Bushehr, Qom, Isfahan, Chabahar et Konarak. Ses objectifs étaient :
. la neutralisation des systèmes d’alerte avancée et de la défense aérienne ;
. la destruction des centres de commandement et de transmissions ;
. le ciblage des hauts responsables iraniens – dont une cinquantaine avait déjà été neutralisés en juin 2025. C’est dans ce cadre que le Guide suprême de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei a été tué ainsi que le ministre de la défense et le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Stratégiquement, les frappes des premiers jours ont cherché à paralyser la gouvernance iranienne et dégrader ses capacités militaires de manière à créer un choc politique.
Lors de leurs premières déclarations, le président Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont dissimulé leur objectif principal, la chute du régime des mollahs, derrière un langage portant sur l’autodéfense et l’élimination des « menaces imminentes. »
Il est possible que les analystes des services de renseignement américains et israéliens aient conclu que Téhéran allait franchir le pas pour fabriquer des armes nucléaires opérationnelles et qu’après, il serait trop tard… L’Iran, comme la Corée du Nord, serait alors devenu intouchables.
Conscients qu’une intervention au sol importante est extrêmement risquée – en dehors de missions ponctuelles qui ont pu être accomplies par les forces spéciales comme lors de la « guerre des douze jours » -, les dirigeants américain et israélien poussent le peuple iranien à profiter de l’opportunité qui lui est offerte pour se lancer dans la bataille sachant qu’elle ne se représenterait pas de sitôt.
Plus précisément, Trump a d’abord exhorté les Iraniens à rester à l’abri car « des bombes allaient tomber partout » mais il a ajouté : « lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations. » Problème, il a ensuite prévenu que les bombardements dureraient au moins quatre semaines.
De son côté, Benjamin Netanyahu a déclaré que l’attaque conjointe américano-israélienne « créera les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main » et « de se libérer du joug de la tyrannie ».
La question est : le scénario se passera-t-il comme prévu dans la mesure où les populations sont désarmées faces aux miliciens bassidjis et aux pasdarans déployés dans les grandes villes et plus fanatiques les uns que les autres ?
Il convient aussi de souligner que si les populations urbaines sont globalement anti-régime des mollahs, ce n’est pas le cas des populations rurales.
Les opérations américano-israéliennes semblent se dessiner en plusieurs phases qui devraient se succéder.
Au-delà des premiers objectifs décrits plus avant, la répartition géographique des frappes indique que la campagne prépare des couloirs d’accès pour les opérations ultérieures qui devraient se dérouler dans le Golfe Persique (dont le Détroit d’Ormuz fait partie.)
La riposte de Téhéran
La stratégie de Téhéran est centrée sur la résilience et la préservation du régime malgré la mort d’Ali Khamenei qui était une option envisagée à l’avance.
Les responsables iraniens en place considèrent la confrontation actuelle moins comme une « guerre à gagner » mais que comme une « lutte politique à emporter sur le long terme. »
La survie du régime en elle-même constituerait déjà une « victoire. » En d’autres termes, si la République islamique résiste aux bombardements et préserve ses structures étatiques, l’objectif central de Washington et Tel-Aviv échouera indépendamment des résultats du champ de bataille.
Pour cela, Téhéran veut infliger assez de pertes à ses adversaires qui englobent les États-Unis et leurs alliés proche-orientaux, pour que ces derniers décident de se retirer de la course.
Une exception : Israël est considéré comme « à part » car les mollahs savent que l’État hébreu qui se considère comme en guerre depuis sa création, continuera le combat quoiqu’il puisse arriver.
Le Bahreïn, un cas particulier
L’Iran sait qu’en frappant le Bahreïn qui abrite la Ve Flotte américaine, il peut exacerber la situation dans ce minuscule royaume, le seul de la Péninsule arabique à avoir une population à majorité est chiite (60%). En 2011, cette majorité s’est soulevée contre la monarchie sunnite bahreïnie et n’a du son salut qu’à une intervention de l’Arabie saoudite.
Mais à la différence du Liban où le Hezbollah s’est lancé dans la bataille, les chiites bahreinis n’ont pas (encore) bougé.
Toutefois, les représailles iraniennes sont restées relativement mesurées dans une stratégie d’escalade contrôlée. En évitant les tirs trop nourris, l’Iran préserve son potentiel pour maintenir la pression dans la durée.
Les responsables iraniens calculent que les États-Unis restent sensibles aux risques d’une guerre régionale prolongée et imprévisible. Pour Téhéran, l’allongement du conflit dans la durée et dans sa complexité pourrait devenir avantageux stratégiquement.
Mais pour cela il faut que l’Iran puisse maintenir ses capacités offensives assez longtemps sous les frappes visant à les neutraliser.
À l’intérieur, le déploiement de Basidjis dans les districts urbains et la mise en place rapide de mesures de sécurité intérieure suggèrent que la stabilité du régime est traitée comme une priorité immédiate.
Le Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) a également encouragé les habitants à quitter les grandes villes ce qui constitue une différence notable avec la « guerre de douze jours », les mouvements de populations avaient alors été découragés. Cela indique que les dirigeants iraniens anticipent des frappes soutenues et tentent de réduire le risque de troubles urbains concentrés.
La sécurité intérieure et la défense extérieure ont donc fusionné en un seul concept stratégique : gérer l’ordre public, limiter la panique et empêcher la réémergence de mouvements de protestation deviennent des facteurs aussi critiques que le maintien des tirs de missiles ou des défenses aériennes.
Les États du Golfe
Pour les États du Golfe, les développements de cette guerre créent un dilemme stratégique aigu. Avant la guerre, plusieurs ont cherché à limiter leur exposition en affichant leur réticence à autoriser les attaques contre l’Iran espérant que leur neutralité réduirait la probabilité de représailles.
Les premiers événements remettent en question cette hypothèse. Comme l’Iran cible les bases américaines, quelles que soient les positions officielles, la valeur « protectrice » de cette neutralité diminue. Cette dynamique risque d’augmenter une coordination plus étroite avec Washington.
À noter que la question va se poser pour la France depuis que sa base militaire d’Al-Dhafra à Abou Dhabi a été touchée. Elle peut appliquer l’Article 51 de la Charte de l’ONU qui définit le droit à l’autodéfense (sans compter l’accord de défense liant Paris aux Émirat arabes unis.)
Pendant ce temps, l’activation d’acteurs non étatiques alignés sur l’Iran suggère que la régionalisation est déjà en cours. Les annonces de groupes armés en Irak et le renouvellement attendu des activités des Houthis en mer Rouge, l’entrée en guerre du Hezbollah libanais indiquent l’émergence de multiples fronts de pression capables de compliquer la planification américaine et israélienne.
Une telle décentralisation rend l’escalade plus difficile à contrôler et augmente le risque que le conflit se prolonge structurellement.
Fermeture des aéroports, plus important que celle du Détroit d'Ormuz ?
Pour l’instant, le détroit d’Ormuz par où transite 20% du pétrole mondial (la Chine est la première concernée) mais aussi bien d’autres marchandises est en passe d’être interdit.
Mais, peut être plus immédiat, Dubaï qui est le principal carrefour aérien entre l’Asie, l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient est fermé depuis le 28 février. Il ne s’agit pas seulement d’une perturbation régionale mais c’est le réseau aérien mondial qui s’effondre à l’un de ses nœuds les plus critiques.
Les compagnies aériennes paient désormais des prix exorbitants pour le carburant afin d’effectuer des trajets plus longs contournant la zone de guerre.
Comme dans toute guerre, personne n’est en mesure de prévoir l’avenir.
L’Iran est sérieusement ébranlé et les chaînes hiérarchiques sont visiblement perturbées, du moins temporairement. Conséquence : les forces militaires (Artesh et pasdarans) appliquent des plans établis à l’avance.
L’arsenal iranien – particulièrement les missiles – est toujours important.
Les proxies iraniens se mettent progressivement en position de combat.
Pour l’instant, le terrorisme étatique pratiqué dans le passé par les Iranien n’a pas encore été déclenché.
Les pays du Golfe, le Liban, la Jordanie, etc. se retrouvent en première ligne – mais également leurs alliés dont la France, la Grande Bretagne dont la base de Chypre a déjà été impactée par un drone iranien, l’Allemagne… qui risquent désormais d’être entrainés directement dans le conflit.
À suivre…
(1) Voir : « Iran : quelle est la situation ? » du 17 février 2026.
(2) Voir : « Iran : « Opération Midnight hammer » du 23 juin 2025.
