Un porte-parole de l’Air Force Global Strike Command (AFGSC) successeur du Strategic air command de la Guerre froide a déclaré à TWZ :
« la fermeture du traité New START nous permet de recentrer nos efforts et de consacrer davantage de ressources à notre mission principale : garantir une dissuasion nucléaire sûre, sécurisée et efficace […]. Cette transition maîtrisée renforce notre capacité opérationnelle et notre aptitude à répondre aux besoins de la nation […]. Bien que nous ne commentions pas le déploiement de nos forces, l’AFGSC dispose des capacités et de l’entraînement nécessaires pour déployer des missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III à têtes multiples indépendantes (MIRV) et pour convertir l’ensemble de sa flotte de B-52 en plateformes de frappe à longue portée à double capacité, si le Président le demande ».
Les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM)
Actuellement, 400 missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) Minuteman III (LGM-30G). sont enfouis dans des silos répartis sur cinq États (il existe 450 silos mais certains sont vides.) Chaque missile est équipé d’une ogive W78 (puissance allant de 335 à 350 kt) ou W87 (puissance de 300 à 475 kt) mais à tête unique car cette configuration a permis aux États-Unis de respecter leurs obligations au titre du traité New START (2010/2011).
Ce dernier imposait des plafonds stricts au nombre total de missiles et bombardiers stratégiques déployés, d’ogives nucléaires stratégiques et de lanceurs, déployés ou non, que les États-Unis et la Russie pouvaient posséder simultanément.
Les missiles Minuteman III étaient déjà limités à une seule ogive, conformément aux autres traités de contrôle des armements stratégiques conclus avec la Russie avant le traité New START.
Ces accords avaient également conduit au retrait anticipé des missiles balistiques intercontinentaux LGM-118A Peacemaker de l’US Air Force en 2005. C’était un missile à têtes multiples indépendantes (MIRV) capable d’emporter jusqu’à onze ogives W87.
Une partie des têtes provenant de ces missiles mis hors service a ensuite été installée sur des Minuteman III.
Le temps nécessaire et le coût du chargement de nouvelles ogives MIRV sur les missiles Minuteman III restent inconnus.
La disponibilité immédiate d’ogives opérationnelles constitue une autre question en suspens.
Ces éléments pourraient également impacter la configuration future du missile balistique intercontinental LGM-35A Sentinel, actuellement en développement pour remplacer le Minuteman III.
Conformément aux limites du traité New START, le plan annoncé par l’US Air Force prévoit jusqu’à présent d’équiper chaque LGM-35A d’une seule ogive. Cela pourrait évoluer mais le programme Sentinel est actuellement en cours de restructuration en raison d’importants retards et d’une explosion des coûts.
La renucléarisation des 30 B-52 est une opération relativement simple.
Sur les 76 bombardiers B-52H de l’US Air Force, 30 ne sont actuellement capables d’utiliser que des munitions conventionnelles pour respecter les obligations du traité New START.
Les B-52H à capacité nucléaire sont reconnaissables à la présence de deux antennes proéminentes, une de chaque côté du fuselage arrière.
Le coût du rétablissement de la capacité nucléaire pour l’ensemble de la flotte de B-52 fait l’objet de controverses.
Defense News rapportait en 2024 : « la restauration pourrait probablement être effectuée sans grande difficulté. Le câblage nécessaire est probablement encore en place… et les composants physiques qui ont été retirés pourraient être réinstallés. »
Mais le représentant démocrate Adam Smith, membre le plus haut placé de son parti au sein de la commission des forces armées de la Chambre, avait affirmé que « cela coûterait très cher.»
Pourtant, la loi annuelle d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’exercice 2025 autorise l’armée de l’air à reconvertir les B-52H à capacité conventionnelle uniquement en une configuration à double capacité après l’expiration du traité New START.
La mise à niveau pourra débuter si la Maison Blanche en donne l’ordre.
À l’heure actuelle, une seule arme nucléaire est autorisée pour le B-52 : le missile de croisière aéroporté AGM-86B (ALCM).
Mais le missile de croisière AGM-181A à longue portée (LRSO), est en cours de développement pour remplacer l’AGM-86B (2.500 kilomètres.) Il pourra aussi armer le futur bombardier furtif B-21 Raider.
La flotte de B-52 fait déjà l’objet d’importantes modernisations, notamment de nouveaux moteurs et radars.
À l’issue de ce processus de modernisation, marqué par des retards, les bombardiers seront renommés B-52J et devraient rester en service jusqu’en 2050 : à la veille de ses cent ans d’existence…
Bien qu’ils ne soient pas cités dans cet article, il faut rappeler que le principal moyen de dissuasion nucléaire américain réside dans ses quatorze sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
Ils mettent en œuvre des missiles mer-sol balistique stratégiques Trident I et II (D5 LE et D5 LE2) qui peuvent envoyer jusqu’à douze charges à 13.500 kilomètres.
Enfin, le dispositif dissuasif américain devrait être complété par le bouclier antimissiles « dôme d’or » qui est un système défensif multicouche destiné à contrer « la menace des missiles balistiques, hypersoniques et de croisière. » En théorie, il devrait mettre le territoire US à l’abri de tirs ennemis, ce qui reste plus que douteux…
(1) Voir : « Les Américains envisagent de réarmer les B-52 en nucléaire » du 27 juin 2024.
