Un scenario semblable à ce qui s’est passé au large du Venezuela en 2025 et qui a conduit à l’opération militaire américaine contre ce pays(1), est en train de se mettre en place autour de l’Iran.

À savoir que suite aux désordres sanglants qu’a connus ce pays, l’US Navy a dérouté le groupe aéronaval nucléaire USS Abraham Lincoln depuis la mer de Chine méridionale vers la zone de responsabilité du Commandement central américain (CENTCOM) au Moyen-Orient.

Parallèlement des moyens militaires américains, notamment des F-15E et des ravitailleurs, ont été déployés ou repositionnés sur diverses bases de la région afin de renforcer la puissance aérienne tout en améliorant la capacité opérationnelle US. Cela a pour objectif de témoigner un engagement accru aux pays alliés sur zone qui s’inquiètent d’une dégradation possible de la situation.

Cette opération intervient dans un contexte de fermeture prolongée de l’espace aérien iranien et de niveau d’alerte régional élevé.
Donald Trump – toujours emporté par sa fougue déclarative – a affirmé qu’il était temps de changer de régime en Iran, qualifiant la répression interne et la gouvernance de Téhéran d’inacceptables et justifiant ainsi le maintien de la pression.

Dans le passé, Washington a déjà eu recours à la projection de forces – tels que les mouvements de groupes aéronavals et les déploiements de moyens aériens – pour influencer Téhéran sans pour autant avoir à entrer en conflit ouvert avec ce pays. Cette stratégie relève plus d’une dissuasion coercitive que d’une volonté délibérée de déclencher une guerre.
Mais ces dernières années, la pression exercée par Israël a rendu plus difficile la prise de décision de la Maison-Blanche et l’a poussé à respecter une politique offensive plus affirmée contre le régime des mollahs.

La réplique possible de Téhéran

Aujourd’hui, les autorités iraniennes continuent d’avertir de graves répercussions possibles si Washington se décidait à intervenir tout en poursuivant une répression intérieure féroce qui aurait fait des milliers de morts – comme d’habitude les chiffres variant énormément selon les sources -.
Ainsi, l’agence de presse américaine Human Rights Activists (HRANA), a dit le 26 janvier avoir confirmé 5.848 morts lors des manifestations et au moins 41.283 personnes arrêtées.
De leur côté, les autorités iraniennes ont fait état d’au moins 3.117 personnes tuées pendant les manifestations, dont 2.427 qualifiés de manifestants « innocents » ou de forces de sécurité.
Certains chiffres non vérifiés font état de plus de 30.000 morts…

S’exprimant lors d’une rencontre avec de hauts responsables judiciaires le 26 janvier, le juge suprême Gholamhossein Mohseni Ejei a réitéré sa promesse qu’aucune « miséricorde » ne sera accordée pour la poursuite des affaires liées aux manifestations.

Dans ce contexte, l’interdiction persistante d’Internet depuis le 8 janvier ne facilite pas le recueil d’informations fiables.
Comme lors des manifestations précédentes, l’accès à Internet ne peut être rétabli que par l’autorisation du Conseil suprême de sécurité nationale, aucun calendrier pour reconnecter la population iranienne n’ayant été avancé.
Toutefois, pour que l’économie continue à fonctionner, les autorités ont autorisé les hommes d’affaires qui ont une identification de la Chambre de commerce iranienne, à obtenir un accès limité et surveillé à Internet.
Le reste de la population, elle, ne peut utiliser qu’un intranet local conçu pour offrir certains services de base, mais cette connexion reste lente et inégale.

Le 26 janvier, les principaux responsables militaires iraniens ont déclaré que si les Américains lançaient une attaque, l’Iran engagerait alors une nouvelle guerre du type de celle des « douze jours » de juin 2025 contre les États-Unis et Israël(2).
S’adressant aux journalistes lors d’une conférence de presse, Esmaeil Baghaei, le porte-parole des Affaires étrangères iranien, a affirmé que : « l’insécurité qui en résultera affectera sans aucun doute tout le monde.»

Alors que le Parlement européen a adopté le 22 janvier 2026 une résolution appelant le Conseil de l’Union européenne à procéder « sans délai à la désignation complète du Corps des gardiens de la révolution islamique, notamment la milice Basij et la force Al-Qods, en tant qu’organisations terroristes », Baghaei a estimé que « les pays européens plus prudents devraient faire attention à ne pas tomber dans le piège des tentations diaboliques des partis non européens à l’égard d’une telle action. »

Les alliés restants de l’« axe de la résistance » (milices chiites irakiennes, Syrie sous Bachar el-Asad, Hezbollah libanais, Houthis du Yémen) qui, il faut le souligner, n’ont pris aucune part à la « guerre des douze jours » de juin 2025, ont affirmé qu’ils pourraient, cette fois, attaquer les intérêts américains et israéliens si le conflit éclatait.
Ainsi, Abou Hussein al-Hamidawi, le chef du Kataib Hezbollah soutenu par l’Iran en Irak, a publié une déclaration enflammée mettant en garde contre une « guerre totale » en cas d’agression américaine.
Le secrétaire général du Hezbollah libanais,Naim Qassem, a fait l’éloge à plusieurs reprises du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
Les Houthis ont indiqué qu’ils pourraient à nouveau attaquer les navires au large du Yémen et en Mer Rouge.

En conclusion, une escalade militaire contre l’Iran pourrait avoir des conséquences considérables, bien au-delà du pays lui-même.
Téhéran se livrerait à des tirs de missiles et de drones contre Israël et les forces militaires alliées des États-Unis dans le Golfe, accroissant les risques pour la stabilité régionale et menaçant les infrastructures maritimes et énergétiques essentielles.
Toute tentative de destitution du pouvoir ou de changement de régime à Téhéran imposé de l’extérieur peut au contraire renforcer la cohésion interne du pays et accélérer la consolidation du pouvoir au sein des institutions sécuritaires les plus intransigeantes, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Au lieu de favoriser une modération politique, de tels résultats durciraient vraisemblablement la position stratégique de Téhéran et réduiraient les possibilités de désescalade future.
À l’échelle régionale, un conflit augmenterait la probabilité d’une confrontation plus large impliquant des acteurs non étatiques alliés et perturberait les flux énergétiques en provenance du Golfe, engendrant des répercussions économiques mondiales. Si les États-Unis peuvent se considérer comme partiellement à l’abri de chocs énergétiques, l’effet global serait une volatilité accrue et une instabilité prolongée.

(1) Voir « Coup de main audacieux US sur le Venezuela » du 5 janvier 2026.

(2) Voir : « L’avenir de l’Iran se joue actuellement » du 15 janvier 2026.