Depuis des mois les États-Unis avaient déployé une task force importante au large des côtes vénézuéliennes(1) dans le cadre de l’opération « Southern Spear. » Ils menaient des frappes ponctuelles et mortelles sur les embarcations supposées transporter de la drogue sur zone - mais aussi dans le Pacifique, ce qui n’avait rien à voir avec le Venezuela -.

L’accusation majeure de Washington vis-à-vis de Caracas était d’affirmer que le président Nicolás Maduro et son gouvernement (non reconnus depuis les dernières élections truquées de 2024 par nombre de pays occidentaux) étaient des narcoterroristes(2) à la tête du « Cartel des Soleils » (« cartel de Los Soles ») qui représentaient une menace directe pour les États-Unis en raison de l’importation massive de drogues dans le pays(3).

Sur le plan strictement du Droit international, l’intervention US du 3 janvier – comme l’invasion de l’Irak en 2003 – est totalement illégale car toute opération menée contre un pays étranger non validée par l’ONU est interdite. Toutes deux visaient surtout au renversement de régimes dictatoriaux qui oppressaient leurs peuples en particulièrement par la violence. Il convient de remarquer que, dans l’Histoire, peu de régimes dictatoriaux sont tombés sans des pressions plus ou moins importantes venues de l’étranger.
Le problème réside dans le fait que cette méthode peut justifier toutes les dérives : invasion de l’Ukraine par la Russie, attaque de Taïwan par la Chine, opération en Iran, etc.
Toujours sur le plan de la légalité, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que « cette action relève de l’autorité inhérente du président en vertu de l’article II de la Constitution pour protéger le personnel américain contre une attaque réelle ou imminente.»

L’opération militaire

L’opération militaire américaine au sol du 3 janvier a officiellement duré de 02H00 (heure locale) à 05H00.
En réalité, elle avait débuté bien avant avec le déploiement des forces US dans la région, des opérations de diversion pour dérouter tous les stratèges et surtout, sur des actions de renseignement qui – entre autres – ont permis de loger Maduro alors qu’il prenait d’infinies précautions pour assurer sa propre protection.
À savoir que des agents de la CIA surveillaient depuis août Maduro, qui selon la presse, changeait régulièrement de lieu de séjour sur fond de tensions croissantes avec Washington.

De plus, selon l’agence de presse cubaine Prensa Latina, 32 « combattants » cubains ont été tués alors qu’ils « menaient des missions » pour le compte de l’armée du pays, à la demande du gouvernement vénézuélien. Ils « sont tombés au combat direct contre les assaillants ou à la suite du bombardement des installations » après avoir opposé une « résistance farouche. »
Depuis Hugo Chavez, le dernier cercle de la protection rapprochée présidentielle est assuré par des gardes du corps du ministère de l’Intérieur cubain car les dictateurs vénézuéliens n’ont qu’une confiance modérée dans leurs propres troupes.

Dans ce cas, il est difficile de savoir qui a vraiment neutralisé ces gorilles… La Havane a décrété deux jours de deuil les 5 et 6 janvier.

Le général d’aviation John Daniel « Razin » Caine, le chef d’état-major américain qui a servi à la CIA de 2021 à 2024, a indiqué que les services secrets voulaient « comprendre comment il se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, quels étaient ses animaux de compagnie. »
La mission a nécessité des mois de planification et de répétitions « minutieuses », les forces américaines – comme pour la neutralisation d’Oussama Ben Laden par le SEAL Team Six – ont construit une réplique de la résidence où séjournait habituellement Nicolas Maduro.
L’armée américaine était prête début décembre mais il a fallu que les événements « s’alignent », en particulier en termes de météo qui est un élément vital dans ce genre d’opération très risquée.
Le 2 janvier, Donald Trump a donné son feu vert à 22H46 (heure Washington).
Selon le général Caine, le président a dit : « bonne chance et bon vent. »

Plus de 150 appareils américains ont décollé de bases terrestres et maritimes : chasseurs-bombardiers, avions de reconnaissance, hélicoptères et drones.
Le CEMA a précisé que les hélicoptères transportant la « force d’extraction » constituée de membres du « 1er Special Forces Operational Detachment-Delta » sont partis dans l’obscurité, volant à quelques dizaines de mètres au-dessus de la surface de l’océan.
Les chasseurs ont assuré la couverture aérienne tandis que les capacités satellitaires et cybernétiques américaines brouillaient les radars vénézuéliens.
Des éléments du « 160ème Special Operations Aviation Regiment » ont été engagés depuis le navire d’assaut amphibie de classe Wasp USS Iwo Jima du M/V Ocean Trader spécialisé dans les opérations spéciales.
Seul un hélicoptère américain a été touché mais il a pu rentrer à sa base. Il y aurait eu quelques blessés.

Le président Trump a assuré : « ils [les Vénézuéliens] savaient qu’on arrivait […] Mais ils ont été complètement dépassés et très rapidement neutralisés. »
Mais la menace avait été si peu détectée que Maduro avait reçu la veille de l’intervention une délégation officielle chinoise. Il est possible que cette dernière était encore dans le pays au moment du raid.

Avant de lancer leurs opérations aéroportées contre Maduro, les Américains ont neutralisé les systèmes de défense antiaérienne, en particulier celles d’origine russes Buk-M2E (livrés en 2013), notamment à l’académie navale de Catia La Mar.

CBS News a rapporté qu’outre le fort Tiuna et la base aérienne d’Higuerote dans l’État de Miranda, la base aérienne Libertador de l’État d’Aragua, le port de La Guaira et des antennes à Cerro El Volcán ont également été touchées. Quelques rares missiles sol-air Igla ont néanmoins été mise en œuvre mais sans succès.
La Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis avait émis un « NOTAM » (Notice to Airmen, message aux navigants aériens) interdisant à tous les aéronefs civils et commerciaux d’opérer dans l’espace aérien vénézuélien en raison des opérations militaires en cours.

En réalité, seuls cinq objectifs militaires ont été ciblés par des tirs air-sol laissant intactes plus de trente installations militaires importantes.

À 02H01 locales, les hélicoptères se sont posés dans l’enceinte de fort Tiuna où se trouvait Nicolás Maduro.

Trump a déclaré aux organes de presse Fox et Friends : « Je l’ai regardée [l’opération] littéralement comme si je regardais une émission de télévision » décrivant la résidence de Maduro comme « une forteresse […] Il y avait des portes en acier, il y avait ce qu’on appelle une pièce sécurisée avec de l’acier massif. Il n’a pas réussi à fermer cet endroit, il essayait d’y entrer mais il a été pris si rapidement qu’il n’y est pas parvenu […] On était équipés de chalumeaux puissants pour percer l’acier mais on n’en a pas eu besoin ».

Le général Caine a précisé : « Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus sans résister et ont été placés en détention par le ministère de la Justice […] Les hélicoptères américains ont survolé le littoral vénézuélien à 03H29 et le couple a été embarqué à bord du navire de guerre USS Iwo Jima. Puis, Donald Trump a annoncé l’opération sur Truth social à 04H21 heure de Washington. »

En 2020, Maduro avait été inculpé devant un tribunal fédéral américain pour narcoterrorisme et autres chefs d’accusation, pour avoir mis en place un système d’acheminement de tonnes de cocaïne vers les États-Unis via le prétendu « Cartel de Los Soles ». Il a toujours nié ces accusations.

Selon la procureure générale des États-Unis (l’équivalent de la ministre de la Justice), Pamela Bondy, Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores ont été inculpés «dans le district sud de New York», où ils sont accusés de «complot narcoterroriste, de complot d’importation de cocaïne, de possession d’armes automatiques et d’engins explosifs, et de complot en vue d’utiliser des armes automatiques et des engins explosifs contre les États-Unis.».

Au Venezuela, la vice-présidente Delcy Rodriguez a pris la relève.

Diosdado Cabello, le ministre des relations intérieures et de la paix (en clair le responsable de la sécurité intérieure du régime) est toujours en place. Vladimir Padrino López est toujours également ministre de la défense.

L’administration du régime fonctionne. Les Forces armées de la libération nationale et milices maduristes se sont déployées dans le pays.

Les États-Unis n’avaient pas procédé à une intervention militaire d’envergure directe dans leur zone d’influence depuis l’invasion de la Grenade en 1983 (« Operation Urgent Fury ») pour chasser le pouvoir communiste puis du Panama en 1989-90 (« Operation Just Cause »), cette dernière visant à destituer le général Manuel Noriega sur la base d’accusations de trafic de drogue.

La suite ?

Trump a été clair en apparence : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse. »
À propos de l’opposition et de María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025 : « je pense qu’il lui serait très difficile d’être dirigeante. Elle ne bénéficie d’aucun soutien ni d’aucun respect au sein du pays. C’est une femme très gentille, mais elle ne jouit pas du respect. »

C’est un véritable camouflet pour l’opposition officielle au régime chaviste et il n’est pas certain que ce discours soit bien compris par la population vénézuélienne dont une grande partie souffre depuis plus de 25 ans des exactions commises par le pouvoir en place.

Trump a expliqué que les États-Unis allaient « désigner différentes personnes » incluant un mystérieux « groupe. » Il a précisé que « pendant un certain temps », le Venezuela serait dirigé par le secrétaire d’État Marco Rubio et des responsables militaires.

Il semble que l’intérêt des ressources pétrolières vénézuéliennes (même si le « brut extra-lourd » fourni est cher car il est coûteux à extraire puis à raffiner) est en première ligne. Cela devrait permettre d’économiser les ressources propres des États-Unis qui veulent inonder le monde occidental – et plus si affinités – de leur production pétrochimique au prix fort.

La vice-présidente, Delcy Rodríguez, et le noyau dur du régime négocient actuellement avec Washington. Il ne s’agit pas d’un revirement soudain, mais du fruit d’un travail de plusieurs mois à Washington : les États-Unis estiment que l’opposition ne dispose pas des capacités opérationnelles nécessaires pour s’emparer du pouvoir au Venezuela car elle ne contrôle pas la chaîne de commandement, les institutions, etc.
Le plan pour l’instant est ce que Delcy Rodríguez stabilise le pays avec le soutien des États-Unis, puis convoque des élections générales… dans un certain temps.
Il ne s’agit pas d’un soutien au régime mais d’une stratégie transition. Washington pilote le processus les enjeux étant gérés par Rubio mais le rapport de force est totalement asymétrique.
Les autorités américaines estiment que la rhétorique virulente de Delcy vise sa base chaviste et non l’extérieur. Les négociations avec les États-Unis se poursuivent actuellement mais la suite est imprévisible. Sur le fond, si Maduro est tombé, ce n’est pas encore le cas du « bolivarisme » initié par son prédécesseur Hugo Chavez.

(1) Voir : « Le Venezuela mobilise 4,5 millions de miliciens face à la ‘menace’ américaine » du 25 août 2025.

(2) Voir : « Le dispositif américain anti-drogue au large du Venezuela se renforce » du 7 octobre 2025.

(3) Voir : « Les États-Unis détruisent pour l’exemple un go-fast venant du Venezuela » du 5 septembre 2025.