Mi-septembre, le chef de l’État a rassemblé les dirigeants politiques à l’Élysée en compagnie des chefs des principaux services de renseignement. Ces derniers leur ont présenté un tableau de la situation internationale et des menaces qui ciblent directement la France, que Vladimir Poutine a érigée en premier adversaire de la Russie en Europe (sans doute après l’Ukraine). Parmi les menaces directes qui découlent de cette réalité figurent les attaques dans les champs immatériels (piratages, atteintes à la réputation des candidats qui peuvent déplaire à la Russie), mais aussi des sabotages en bonne et due forme. Jusqu’à présent, les autorités ont scrupuleusement évité d’employer le mot, mais il est indéniable que les établissements de la BITD (base industrielle et technologique de défense) ont été frappés par une série d’incidents sans précédent : un incendie s’est déclaré dans l’établissement Thales de Brest, spécialisé dans la guerre sous-marine, un poste de transformation électrique a été endommagé à Bourges, où sont installés KNDS et MBDA, et d’autres évènements ont touché de petites et moyennes entreprises.

La direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) a précocement évoqué ces risques dans les informations et formations qu’elle fait — au titre de la contre-ingérence et de la protection du patrimoine de l’économie de défense —, mais, à l’époque, les réactions étaient restées minimales, faute de faits objectifs.

L’attaque manquée, les charges explosives des drones n’ayant pas fonctionné, contre l’aéroport de Leipzig en août, semble avoir fait ouvrir les yeux à une partie des responsables européens et provoqué la réunion à l’Élysée.

Lors de sa sortie, Emmanuel Macron a souligné l’importance de dresser une liste actualisée des sites sensibles dans chaque département. Il a également mentionné la nécessité de créer un état-major local regroupant les forces de sécurité intérieure et les armées pour assurer le suivi de cette question et mettre en place des mesures appropriées. Il a ajouté que plus de 1 500 opérateurs d’importance vitale (OIV) ont déjà une telle liste en place. Les OIV étant fortement incités, par ailleurs, à renforcer leurs mesures à base de sécurité privée. Seule une poignée d’OIV dispose pour l’instant de forces de sécurité privée armée, à l’instar du nucléaire. L’entreprise Orano (fournisseur dans le soutien à l’exploitation des sites nucléaires) et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) disposent ainsi de leurs propres forces de sécurité armées. Pour leur part, les centrales nucléaires de production d’énergie (CNPE) d’EDF sont surveillées par les pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie (PSPG), qui sont équipés par l’industrie du nucléaire. Les risques augmentant, il est probable que l’État contribue à faire évoluer le système de gardes armés, qui avaient déjà (doucement) évolué avec le risque terroriste, depuis 2015, mais aussi les attaques de piraterie en océan Indien.

Grâce à l’actualisation de la loi de programmation militaire, l’État avait déjà autorisé l’acquisition par les OIV de dispositifs de brouillage intégrés à des systèmes de détection de drones.