Le 21 mars, le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major des Forces de défense israéliennes (FDI), a déclaré : « Hier encore, l'Iran a lancé un missile balistique intercontinental à deux étages d'une portée de 4.000 kilomètres vers une cible américaine sur l'île de Diego Garcia. Ces missiles n'étaient pas destinés à atteindre Israël. Leur portée permet d'atteindre les capitales européennes : Berlin, Paris et Rome sont toutes à portée de menace directe».

En effet, la veille, deux missiles Khorramshahr-4 ont été tirés depuis l’Iran en direction de la base US de Diego Garcia dans l’océan Indien. L’un des missiles se serait abîmé en mer après un incident technique. Le second aurait été intercepté par un missile RIM-161 Standard Missile 3 (SM-3) tiré depuis un navire américain.

Diego Garcia est une base cruciale pour les bombardiers, les sous-marins nucléaires et d’autres moyens stratégiques américains.

Le missile balistique Khorramshahr-4, également appelé « Kheibar » a été livré à la composante aérienne du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI, pasdarans) en 2023(1). Il était donné pour pouvoir emporter une charge militaire de 1,8 tonne à une distance de 2.000 kilomètres. Il s’agirait d’une tête multiple – et pas à « fragmentation » comme répété à l’envi par certains medias -. Il est apte à atteindre l’ensemble du territoire israélien en une douzaine de minutes et représente un défi pour les systèmes de défense antimissile comme le Arrow, le Patriot ou autre THAAD.

Par contre, il est vraisemblable que pour pouvoir parcourir près de 4.000 kilomètres, il n’avait pas emporté de charge militaire lourde. L’effet recherché était surtout psychologique.

Cela dit, même en l’absence de tête explosive, un missile d’une vingtaine de tonnes au départ (moins à l’arrivée le premier étage s’étant séparé et le propergol du second ayant été épuisé) peut faire des dégâts très importants s’il tombe dans une zone urbanisée.

Ilan Berman, vice-président de l’American Foreign Policy Council à Washington, D.C., a déclaré à Fox News Digital : « ce lancement confirme avec force le point de vue du président concernant la menace imminente que représente l’Iran. Il est facile pour les observateurs occasionnels de l’ignorer, mais la maturité croissante des programmes stratégiques iraniens, au pluriel, a considérablement amplifié la menace que fait peser la République islamique au-delà du Moyen-Orient […] C’est précisément ce que l’opération ‘Epic Fury’ vise à contrer. L’administration estime, à juste titre selon moi, que ce type de capacités ne peut être laissé entre les mains d’un régime radical et prédateur […] Le Corps des gardiens de la révolution islamique est aux commandes en Iran depuis la mort du guide suprême Ali Khamenei […] En 2018, Khamenei a dit avoir rejeté les propositions des commandants des Gardiens de la révolution iraniens visant à porter la portée des missiles jusqu’à 5.000 kilomètres. Mais maintenant qu’il est décédé, il est probable que les voix au sein des CGRI qui réclament une augmentation de la portée dictent la stratégie. Le lancement de ces missiles était vraisemblablement destiné à démontrer la capacité des CGRI à menacer les alliés des États-Unis au-delà du Moyen-Orient. Par exemple, cela menace l’Europe.»

Suite à ces tirs, le président Donald Trump a publié sur les réseaux sociaux le 21 mars vers 23h45 GMT un message dans lequel il fixe un ultimatum de 48 heures aux autorités iraniennes pour rouvrir « pleinement et sans menaces » le détroit d’Ormuz, sous peine « d’anéantir » les centrales électriques iraniennes(2). Cet ultimatum expire dans la nuit de lundi à mardi…

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf – qui a un rôle très important après la disparition de nombre de responsables iraniens(3) – a répondu que des infrastructures essentielles dans la région seraient « détruites irrémédiablement » si les centrales électriques iraniennes étaient attaquées.

1. Voir : « L’Iran dévoile un nouveau drone » du 23 août 2023.

2. Le président américain accumule les déclarations contradictoires. Il est vraisemblable qu’il le fait pour tromper l’adversaire mais il semble que cela déroute aussi ses alliés (à moins que ses hauts responsables ne soient mis dans la confidence, ce qui toujours possible).

3. Voir : « Israël continue la liquidation des responsables iraniens » du 19 mars 2026.