Selon la BBC, Joe Kent, un partisan de longue date de Donald Trump et vétéran de l'armée américaine a démissionné de son poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (National Counterterrorism Center - NCTC).

Cette organisation qui fait partie du bureau du directeur du renseignement national (DNA, Tulsi Gabbard) est responsable de la lutte contre le terrorisme national et international. Il regroupe les analyses de la CIA, du FBI, du Pentagone et d’autres agences de renseignement. Sa mission consiste à informer le gouvernement sur les menaces de type terroristes qui pèsent sur les États-Unis.

Dans une lettre publiée le 17 mars sur son compte X, Joe Kent, a déclaré que l’Iran ne représentait « aucune menace imminente » pour les États-Unis et a affirmé que l’administration Trump « avait déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».

Il a aussi invoqué son opposition à la guerre en Iran et a exhorté le président à « changer de cap. »

Dans sa lettre, il a déclaré qu’il avait auparavant soutenu la plateforme de politique étrangère de Trump et que, jusqu’à l’année dernière, il avait cru qu’il avait « compris que les guerres au Moyen-Orient avaient volé à l’Amérique la précieuse vie de nos patriotes et avaient épuisé la richesse et la prospérité de notre nation.»

Dans sa lettre, Kent évoque sa carrière dans les armées et la mort de sa femme tuée en mission en Syrie, déclarant qu’il « ne peut soutenir l’envoi de la prochaine génération se battre et mourir dans une guerre qui ne profite en rien au peuple américain et ne justifie pas le sacrifice de vies américaines. »

Par ailleurs, Kent a affirmé que de « hauts responsables israéliens » et des journalistes américains influents avaient semé de la « désinformation » qui aurait incité Trump à saper sa plateforme « L’Amérique d’abord. »

« Cette chambre d’écho a été utilisée pour vous tromper et vous faire croire que l’Iran représentait une menace imminente pour les États-Unis », poursuivait la lettre. « C’était un mensonge. »

NdA : il est vrai que le prétexte du déclenchement des frappes massives américaines sur l’Iran était que l’Iran allait attaquer les États-Unis. Le parallèle peut être fait avec le début de la guerre en Irak de 2003. À l’époque, le président George Walker Bush avait invoqué l’existence d’un programme de développement d’armes chimiques qui n’existait pas. Une différence tout de même, il avait tenté – sans succès – d’emporter un vote favorable au Conseil de sécurité de l’ONU, ce que n’a même pas tenté de faire le locataire actuel de la Maison Blanche.

La Maison Blanche a rejeté la lettre, affirmant qu’elle contenait de « nombreuses allégations mensongères » concernant l’Iran.

Le président Trump a déclaré qu’il pensait que Kent était un « type sympa » mais « faible en matière de sécurité » tout en rajoutant que « c’était une bonne chose qu’il soit parti » et qu’il n’était pas d’accord avec son évaluation de la menace iranienne.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a accusé Kent de reprendre « la fausse allégation selon laquelle les démocrates et certains médias libéraux » affirment que l’Iran ne représente aucune menace : « comme le président Trump l’a clairement et explicitement déclaré, il disposait de preuves solides et convaincantes que l’Iran allait attaquer les États-Unis en premier.»

Par ailleurs, Leavitt a déclaré que l’affirmation de Kent selon laquelle « Trump a pris cette décision sous l’influence d’autres personnes, voire de pays étrangers, est à la fois insultante et risible. »

Qui est Joe Kent ?

Kent, Né en 1980 s’est engagé dans le 75e régiment de Rangers à 17 ans puis a postulé pour les forces spéciales avant les attentats du 11 septembre 2001. Il a effectué onze missions de combat au Yémen et principalement en Irak où il a participé à la première bataille de Falloujah. Il a pris sa retraite militaire comme chief warrant officier (adjudant chef) en 2018 mais est resté officier paramilitaire à la CIA.

Il s’est marié en 2014 à une militaire, Shannon Mary Smith, dont il a eu deux enfants nés en 2015 et 2017. En janvier 2019, elle a été tuée dans un attentat suicide à Manbij en Syrie où elle était déployée(1).

Après sa mort, il s’est engagé dans le militantisme politique de droite radicale. Il s’est remarié en 2023 avec Heather Kaiser.

Joe Kent devient la personnalité la plus en vue de l’Administration Trump à critiquer publiquement l’opération américano-israélienne en Iran.

Plusieurs hauts responsables de l’administration Trump ont démissionné, notamment Margaret Ryan, directrice de la commission d’application des lois de la Securities and Exchange Commission et Ric Grenell, président du Kennedy Center.

Selon l’avis de nombreux analystes, si le prétexte invoqué par Trump pour lancer la guerre en Iran(2) était visiblement faux, il est encore plus inquiétant de constater qu’il n’avait aucune idée de la manière dont elle pouvait se dérouler. Par exemple, il semble même qu’il n’ait pas anticipé la fermeture du Détroit d’Ormuz, stratégie qui est évoquée par les spécialistes depuis plus de vingt ans. Il faut savoir que si cette situation perdure, par effet dominos, le choc sur les économies mondiales va devenir de plus en plus important avec une augmentation des prix et un appauvrissement accéléré de nombreux pays, particulièrement du continent africain.

(1) Shannon Mary Kent née en 1983 était une technicienne en cryptologie de la Marine américaine qui s’est enrôlée en 2003. Shannon a servi comme officier-marinier spécialiste à la direction des opérations de l’Agence nationale de sécurité. Elle parlait couramment l’espagnol, le français, le portugais et l’arabe. En 2007, elle a été déployée en Irak au sein d’une équipe de renseignement soutenant les Navy SEAL. En 2012, elle a rejoint l’Afghanistan, toujours en soutien une équipe SEAL. Enfin, elle a été envoyée en Syrie en novembre 2018 où elle a trouvé la mort à Manbij avec trois autres militaires américains lors d’un attentat suicide en janvier 2019. Elle repose au cimetière national d’Arlington en Virginie. Son nom a été inscrit sur le mur commémoratif Cryptologic au siège de la NSA à Fort Meade, dans le Maryland.

(2) Ce qui ne retire rien au fait que le régime des mollahs est totalement condamnable pour les crimes commis contre son propre peuple et pour ses actions terroristes à l’étranger dont la France fut une des premières victimes dans les années 1980.