Il y a quelques points communs entre la guerre en Ukraine et celle lancée contre l'Iran par les Américains et les Israéliens mais aussi beaucoup de différences.

Les points communs sont surtout les erreurs stratégiques commises par les principaux dirigeants politiques qui, vraisemblablement, n’ont pas écouté leurs conseillers militaires se prenant eux-mêmes pour de fins tacticiens.

Cela a été particulièrement vrai pour le président Vladimir Poutine qui s’est trompé sur de nombreux points(1).

En plus, les chefs militaires russes aux commandes ne semblent pas avoir eu les compétences nécessaires pour mener à bien les missions qui leur étaient confiées. La corruption endémique qui est la règle au sein de l’armée russe a aussi joué un rôle important car nombre d’armements censés être disponibles avaient été dépecés en partie pour être vendus sur des marchés parallèles. Les nombreux responsables de haut niveau qui passent en jugement ces derniers mois pour corruption est impressionnant.

L’erreur fondamentale des pays attaquants relève essentiellement du renseignement qui a sous-estimé la résilience des populations adverses qui se sont plus ou moins, unies face à ce qu’elles considéraient comme une ingérence étrangère même si elles n’étaient pastoutes pro-gouvernementales – surtout en Iran -.

Les forces russes qui comptaient être accueillies en libérateurs ont été surprises par la défense acharnée à laquelle elles ont été confrontées.

Les Américains pensaient pour leur part qu’une grande partie des populations urbaines iraniennes profiteraient de la faiblesse des forces gouvernementales pour renverser le régime. Ils ont juste oublié que ces populations – qui ne sont pas forcément toutes hostiles au pouvoir en place à Téhéran – sont désarmées face à un système sécuritaire, lui, surarmé et sans état d’âme.

Ces erreurs ont laissé à penser que les opérations militaires seraient de courte durée ce qui s’est révélé faux.

Bien sûr, la grande différence entre ces deux conflits réside dans le fait que les Russes mènent une guerre aérienne, maritime et terrestre alors que les Américains ne vont pas au sol (vraisemblablement en dehors de quelques membres des services secrets et des forces spéciales).

Pour Israël, le cas libanais est à traiter à part(2).

Dans les airs

Un blogueur russe spécialisé dans les questions militaires (« informateur militaire ») reconnaît que la Russie est simplement incapable de faire en Ukraine ce que les forces aériennes américaines et israéliennes font en Iran.

Il attribue ce manque de compétences au « retard organisationnel, au sous-développement des services de renseignement et à l’absence d’aviation spécialisée » de l’armée de l’air russe.

La situation aérienne de l’Ukraine est radicalement différente de celle de l’Iran où la quasi totalité des appareils iraniens est neutralisée.

L’armée de l’air ukrainienne non seulement continue de voler en nombre significatif, mais a aussi été renforcée grâce aux livraisons d’avions occidentaux.

« Informateur militaire » explique pourquoi les forces aérospatiales russes ne parviennent toujours pas à obtenir la supériorité aérienne en Ukraine après plus de quatre ans d’une guerre de haute intensité : « Nombreux sont ceux qui se demandent immédiatement : comment est-ce possible ? Nous avons le Su-34 avec des systèmes de guidage de bombes UMPK, le Su-35S avec le missile air-air à longue portée R-37M, l’hélicoptère d’attaque Ka-52 armé du missile air-sol LMUR, etc. […] Il y a juste un problème : les avions russes ne peuvent accomplir tout cela [leurs missions] que depuis le territoire contrôlé par les forces armées russes, ou, mieux encore, à plusieurs dizaines de kilomètres de la ligne de front […] C’est précisément pourquoi la portée des bombes FAB équipées du système de planeur UMPK est régulièrement augmentée : pour minimiser les risques pour le bombardier incapable de frapper des cibles situées au-delà de la ligne de front. »

« À cet égard, les forces armées ukrainiennes ne diffèrent fondamentalement pas des forces aérospatiales russes, mais ces dernières sont aussi incapables d’engager les chasseurs russes dans un combat aérien en raison de l’infériorité de leurs équipements et de leurs armements. […] Nous avons donc exactement le même scénario : des vols exclusivement au-dessus du territoire ami, des frappes de bombes planantes au-dessus des lignes de front et une lutte anti-drones à l’arrière. »

« La véritable supériorité aérienne ressemble à ce qui se passe en Iran, où les drones américains et israéliens, aux côtés des avions, survolent littéralement les cibles visées les engageant quand cela est nécessaire et menant des raids à des centaines de kilomètres à l’intérieur du pays en toute impunité. […] Ceci s’explique par le fait qu’une campagne efficace de suppression et de destruction des défenses aériennes ennemies a été menée au préalable. »

Pour mémoire, non seulement les Ukrainiens sont parvenus à préserver leur défense aérienne des premières frappes russes de février 2022 en desserrant ces armements sur le terrain – mais ils ont reçu des renforcements par les alliés occidentaux -.

« Les forces aérospatiales russes, cependant, en raison de leur retard organisationnel, de leurs services de renseignement sous-développés et de leur manque d’aviation spécialisée, sont incapables de mener une opération similaire pour conquérir le ciel ennemi […] C’est pourquoi toutes les bases aériennes militaires non situées en première ligne en Ukraine continueront de fonctionner, tout comme Starokostyantyniv. »

« À cela s’ajoute la guerre contre le réseau électrique ukrainien, qui, au cours des quatre dernières années, n’a pas été complètement réussie malgré l’investissement colossal en main-d’œuvre et en ressources dans les frappes, dont le principal impact a été une coupure de courant d’une durée de plusieurs jours dans certaines régions.

Pour cet analyste, aucun changement n’est à attendre « tant que l’aviation russe, au lieu d’être un simple ‘appendice’ des forces terrestres appuyant leur progression par des frappes aériennes sur les positions le long de la ligne de front, ne deviendra pas une branche véritablement autonome des forces armées, capable de mener à bien ses propres missions pour détruire l’ennemi depuis les airs. »

Ce qui semble très probable, c’est que le temps des opérations éclair n’est plus d’actualité. Pour tenter d’obtenir un résultat significatif, il convient de se lancer dans une guerre au moment décidé par l’assaillant sans savoir quand cela s’arrêtera – et quel sera vraiment le résultat. En exemples passés sont la Libye et l’Afghanistan…

(1) Voir : « Pourquoi les forces russes sont si poussives ? » du 25 mars 2025.

(2) Voir : « La nouvelle guerre au Liban » du 12 mars 2026.