Il y établit des réseaux constitués d’activistes d’obédience marxiste-léniniste formés militairement sous la supervision des services spéciaux de Damas dans des camps palestiniens en Syrie et dans la plaine de la Bekaa au Liban. À noter que ces lieux recevaient également nombre d’activistes de l’extrême-gauche internationaliste dont des terroristes actifs en Europe de l’Ouest.
Des activistes kurdes ont ensuite été réintroduits en Turquie, d’abord par la frontière syrienne puis, celle-ci étant de plus en plus verrouillée, par le nord de l’Irak qui présente un relief montagneux beaucoup plus tourmenté difficile à contrôler (c/f photos ci-après).
Mais fin 1998, la Turquie menaçant d’entrer en guerre contre la Syrie si cette dernière ne cessait pas son soutien direct au PKK, Öcalan est contraint de quitter le pays. Après une fuite rocambolesque qui l’a amené en Grèce, en Russie puis en Italie, il finit par être capturé en février 1999 au Kenya par l’Organisation nationale turque du renseignement (MIT) avec l’aide de la CIA et du Mossad.
Il est condamné à mort en 1999 pour « trahison à la nation » mais en Turquie, aucun condamné n’a été exécuté depuis 1984. La peine de mort étant abrogée en 2002, sa peine est commuée à la prison à vie. Il est détenu sur l’île-prison d’Imrali où il est le seul détenu.
Mais Ankara a continué à estimer que des éléments du PKK encore implantés en Syrie représentaient un risque sérieux pour la sécurité de la Turquie.
Depuis la révolution de 2011, le PYD syrien (Parti de l’union démocratique) et son bras armé le YPG (unités de protection du peuple) et les YPJ (unités de protection de la femme) – considérés par Ankara comme les « cousins du PKK – avaient la haute main sur le nord d’Alep et l’est de l’Euphrate via les Forces démocratiques syriennes (FDS) formées par les Américains avec l’apport de quelques tribus arabes dans le but de vaincre Daech.
À noter que ce sont bien les Kurdes qui ont été les premiers à arrêter la progression du groupe État Islamique particulièrement lors de la bataille de Kobané (13 septembre 2014 / 14 juin 2015) que l’armée turque regardera l’arme au pied depuis l’autre côté de la frontière…
Alors que les FDS renforcent leur présence au nord de la Syrie, les Turcs font franchir la frontière par des proxies et même par l’armée lors de plusieurs opérations d’envergure pour s’assurer d’une zone de sécurité entre les deux pays.
Fin novembre 2024, l’offensive des proxies turcs servant dans l’Armée nationale syrienne (ANS) appuyées par les forces spéciales turques a été déclenchée seulement deux jours après celle emmenée par le Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui conduira ce mouvement jusqu’à Damas.
Mais à l’origine, les objectifs étaient différents. Ankara n’avait alors pas pour but de renverser Bachar el-Assad mais d’affaiblir les forces kurdes syriennes en coupant le corridor entre les régions de Manbij et d’Alep mais aussi d’éradiquer la poche tenue par les YPG au nord d’Alep.
Dès le début décembre, la Turquie a atteint ses objectifs ne rencontrant que peu de résistance. Elle s’est alors consacrée à appuyer le HTS s’étant rendue compte que le pouvoir à Damas s’effondrait de lui-même. Selon sa politique toujours très opportuniste, Ankara a voulu être du côté du vainqueur afin de mieux lui imposer par la suite ses volontés.
Après la chute du président Bachar al-Assad le 8 décembre 2024, des négociations ont débuté entre le président par intérim syrien, Ahmed al-Charaa, et le commandant des FDS, le général Abdi Ferhat Şahin alias Mazloum Abdi. Pour comprendre le ressentiment du président Recep Tayyip Erdoğan vis-à-vis du FDS, il faut comprendre que Mazloum Abdi a occupé durant des années de nombreuses hautes fonctions au sein du PKK sous le pseudonyme de « Şahin Cilo. »
Au début des années 2000, sa tête était même mise à prix pour plus d’un million de dollars par Ankara.
La Turquie a imposé au nouveau pouvoir syrien devenu son « allié » la dissolution des FDS et le départ des dirigeants étrangers du PKK du pays.
Parallèlement, elle avait négocié le désarmement définitif du PKK avec son chef emprisonné, Abdullah Öcalan(1).
Après La fin des affrontements violents de janvier 2026 entre les forces kurdes des FDS – que la partie arabe a déserté pour rallier le HTS – et l’armée syrienne(2), Damas et les FDS ont commencé à mettre en œuvre un dernier accord conclu le 30 janvier grâce particulièrement à l’implication du président Donald Trump et de son homologue turc Erdoğan.
Cet accord a permis d’éviter l’élargissement des combats et a incité les deux parties à mettre en œuvre des dispositions visant à rétablir la souveraineté de l’État syrien qui de son côté a pris en compte les préoccupations spécifiques des Kurdes.
Ainsi, c’est un homme politique kurde, Nour al-Din Issa alias Abu Omar Khanika, qui a été nommé gouverneur d’Hassaké située au nord-est de la Syrie.
Le commandant des FDS, Azad Simi Jia Kobani, qui a représenté le groupe lors des négociations de janvier 2026, a été désigné vice-ministre de la Défense.
La nomination de Kobani a été approuvée par Damas, mais le gouvernement central a nommé un directeur de la sécurité pour Hassaké, le brigadier général (HTS) Marwan al-Ali (ancien directeur de la sécurité criminelle.)
Les autres clauses de l’accord sont en cours de réalisation, notamment le transfert du contrôle des puits de pétrole et de gaz et des sites stratégiques, ainsi que l’intégration des FDS au sein du ministère de la Défense.
Ces dernières sont en train de céder les points de passage de Semalka avec l’Irak et de Nusaybin avec la Turquie au gouvernement fédéral.
Damas a déjà pris le contrôle de l’aéroport de Qamishli évacué en catastrophe par les Russes le 3 février.
La base d’Al-Chaddadeh au sud d’Hassaké est passée sous l’autorité de Damas à la mi-février après le départ des Américains.
La « capitale » du « califat État islamique » de 2014 à 2017, la ville de Raqqa, a aujourd’hui pour gouverneur Abdul Rahman Salama alias Abou Ibrahim, un homme d’affaires et ancien rebelle syrien. En 2011, il a rejoint le Front al-Nosra dont il est devenu l’émir à Alep en 2012. Après la chute de la ville reprise par les forces d’Assad, il a pris la tête du Liwa Omar bin al-Khattab, un groupe affilié au HTS. Lors al-Charaa est devenu président intérimaire, il a occupé le poste de secrétaire général de la présidence de 2024 à 2025.
Sur le plan militaire
Il est prévu de former une division militaire de 16.000 combattants composée de trois brigades déployée dans la région d’Hassaké et d’une brigade de 6.000 combattants dans le district de Kobané (Ayn al-Arab.) L’ensemble reprendrait les effectifs des YPG et YPJ. Il semble que ces chiffres annoncés par la partie kurde sont fortement exagérés.
Par la suite, les institutions dépendant de l’Administration autonome kurde dont les forces de sécurité intérieure « Asayîşh » devraient être intégrées aux institutions étatiques et ses membres devraient être titularisés.
Le retrait des membres du PKK de Syrie
Les mouvements de population au sein de l’ex-Rojava (Kurdistan syrien) sont nombreux. Ainsi, au début février, un groupe important de la population de la ville d’Aynularab (Kobané) aurait déménagé vers la province d’Hassaké.
Le convoi comptait quelques 25 véhicules, dont quatre autobus, un grand nombre de véhicules légers et des ambulances.
Parallèlement, comme l’exige Ankara depuis plus d’un an, des activistes kurdes ont commencé à quitter le territoire syrien, majoritairement vers le nord de l’Irak.
Parmi eux figure Fehman Hûseyn alias le Dr Bahoz Erdal, haut responsable du PKK d’origine syrienne. Né à Al Malikiyah en 1969, il a étudié la médecine vétérinaire à l’Université de Damas d’où son nom de guerre.
Il est surtout connu pour avoir dirigé les « Faucons de la Liberté du Kurdistan» (TAK) – une branche armée soi-disant dissidente du PKK – avant de devenir le chef militaire du PKK de 2004 à 2009. Donné pour mort en 2016 mais il est réapparu en 2017.
Il a été chargé d’organiser les YPG.
Par souci de sécurité, il n’apparait pas en public, sa dernière photo remontant à 2021.
Ces militants kurdes ont rejoint le nord de l’Irak – et plus particulièrement le repaire du PKK sur les flancs du mont Qandil.
En Turquie, à la mi-février, le co-président du Parti populaire pro-kurde (Parti DEM), le professeur Bakırhan, s’est entretenu avec la BBC après qu’une délégation de sa formation politique ait rencontré le président Erdoğan.
Cette réunion aurait confirmé une volonté commune de poursuivre l’initiative de paix faisant un appel au Parlement, aux ministères et aux institutions publiques pour intensifier les mesures de « confiance. »
Bakirhan souhaite que les conditions de vie et de communications d’Öcalan soient améliorées et que le « droit d’espérer » doit être présenté dans le cadre d’une politique plus large soutenant la paix sociale, et non comme une mesure personnelle à l’égard d’Öcalan.
Par contre, il a critiqué les propos du 9 février 2026 du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, suggérant une possible focalisation sur les éléments du PKK en Irak après les évènements de Syrie, affirmant qu’un tel message soulève des inquiétudes et risque de créer de nouveaux obstacles à la paix.
L’Irak a convoqué l’ambassadeur de Turquie après les commentaires de Fidan, tandis que le ministère turc des Affaires étrangères a défendu ces remarques et a réitéré la détermination d’Ankara à éliminer la présence du PKK du territoire irakien par le biais de la coopération avec Bagdad.
Il convient de souligner que beaucoup d’observateurs voient en Hakan Fidan un successeur potentiel au président Erdoğan (né en 1954) dont le mandat arrive à son terme théorique en 2028. Le seul écueil réside dans le fait de Fidan n’a jamais occupé de fonction élective.
Dans les faits, si le rêve d’un « grand Kurdistan » a de nouveau disparu pour des années, il n’est pas certain que le PKK ne reprenne pas la lutte à un moment ou à un autre car Ankara veut sa complète annihilation.
(1.) Voir : « Dissolution du PKK, les suites ? » du 13 mai 2025.
(2.) Voir : « Déploiement des forces syriennes gouvernementales au nord-est du pays » du 3 février 2026.
