Juste après son élection, le président Vladimir Poutine a ordonné d’augmenter le nombre de militaires servant dans les forces militaires russes.

Son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a en effet présenté le 20 mars devant un parterre d’officiers généraux, un décret présidentiel allant dans ce sens.

La Russie devrait créer deux nouvelles Armées (plus de 80.000 hommes au total) et trente formations militaires supplémentaires dont seize brigades (de 32.000 à 128.000 hommes au total) et 14 divisions (de 128.000 à 560.000 hommes au total.)

L’augmentation proposée des effectifs devraient donc aller d’un minimum de 240.000 hommes et d’un maximum de 768.000.

Les services de renseignement militaires ukrainiens avaient prévenu dès 2023 que le nombre prévu de nouveaux mobilisés russes après l’élection présidentielle se situerait aux alentours de 500.000 hommes.

Les forces armées étaient forte en décembre 2023 d’environ 2,1 million de personnels dont 1,32 million de militaires. Selon un décret signé par Poutine le 1er décembre, ce nombre devait être augmenté de 15% ce qui représente quelques 170.000 hommes.

Le nouveau décret ne semble ne faire référence qu’à l’armée de terre qui est composée de 280.000 militaires. Ce serait donc une augmentation considérable même dans la version la plus basse de 240.000 personnels supplémentaires.

Le commandant en chef de l’armée ukrainienne, le lieutenant-général Valery Zaloujny s’était publiquement inquiété de la remontée en puissance de son ennemi russe, autant sur le plan des personnels que des matériels. Il avait demandé au président Volodymyr Zelensky d’augmenter ses effectifs d’au moins 400.000 nouvelles recrues ukrainiennes pour faire face à un avenir qu’il jugeait incertain. Pour cela, il fallait changer la loi sur la conscription et cela était un problème politiquement complexe à aborder

Le général Zaloujny a dû quitter son poste début février pour être nommé ambassadeur d’Ukraine à Londres. Il a été remplacé par le colonel-général Oleksandre Syrsky, commandant les forces terrestres.

Ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes Valery Zaloujny  (à droite) et son remplaçant colonel-général Oleksandre Syrsky le 9 février 2024 à Kiev.

Aujourd’hui, le Parlement ukrainien qui tente de rédiger une nouvelle loi sur la mobilisation  est toujours aux prises avec plus de 4.000 amendements. Il faut reconnaître que cette loi est loin d’être populaire car la guerre s’éternise et toutes les familles sont touchées par la perte d’au moins d’un de leurs proches.

En effet, au cours de la même intervention devant ses officiers généraux , Choïgou a révélé l’ampleur des pertes des forces ukrainiennes depuis le début de l’année qu’il a évalué à  71.000 personnes combattantes et 11.000 matériels divers soit environ trois fois plus que la même période l’année dernière.

Choïgou a détaillé les pertes en matériel occidental par Kiev pour la même période à « quatre chars Abrams, cinq chars Léopard, 27 véhicules de combat d’infanterie Bradley, six lance-roquettes américains HIMARS et 11 lanceurs anti-missiles dont cinq Patriot… »

Bien sûr, ces bilans sont à prendre avec de très grandes précautions la propagande n’étant pas loin…

Enfin, le Kremlin envisage vraiment un conflit dans la durée car les petits nouveaux ne seront pas disponibles rapidement. Cela prendra de longs mois pour les recruter – il est peu probable qu’ils se précipitent en masse vers les bureaux d’engagement -, il faudra les former, les nouvelles unités devront être encadrées et cela prend des années pour qu’un officier ou un sous-officier soit réellement opérationnel… Enfin, les moyens pour les équiper sont aujourd’hui quasi inexistants. Un délai de deux à trois ans paraît indispensable pour construire quelque-chose de vraiment cohérent.

Et pendant ce temps là, la marine russe change d’amiral en chef

Choïgou n’a pas évoqué le remplacement « à titre temporaire » du commandant de la marine russe,  l’amiral Nikolai Yevmenov (à gauche sur la photo) par l’amiral Alexander Moiseyev (à droite sur la photo) qui commandait la flotte du Nord. Cela répond à la série ininterrompue de désastre connus par la flotte de la mer Noire causés par les drones ukrainiens.

Parallèlement, il a été ordonné d’augmenter le nombre d’armes de défense rapprochée de type mitrailleuses lourdes, des navires de cette flotte pour tenter de parer les attaques de drones navals.

Le navire de patrouille de la flotte russe de la mer Noire, Sergey Kotov, qui a été endommagé par des drones maritimes ukrainiens au large des côtes de Crimée, image tirée d’une vidéo publiée le 5 mars 2024.

Cela dit, la flotte de la mer Noire ne joue plus un rôle stratégique dans la guerre en Ukraine. Elle a été incapable de préparer une opération de débarquement sur Odessa et a le plus grand mal à perturber la circulation maritime civile de l’Ukraine… La seule menace MARITIME redoutable pour l’OTAN est représentée par la flotte du Nord.

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Texte

Alain Rodier