Si les frappes aériennes israéliennes en Syrie ne sont pas chose nouvelle puisqu’elles ont débuté peu après l’insurrection de 2011, elles se sont considérablement accrues ces dernières semaines comme si le gouvernement hébreu voulait profiter de la bienveillance du président Donald Trump jusqu’à son remplacement à la Maison-Blanche par Joe Biden. À savoir que le président Obama – moins sensible à la cause sioniste – n’a pas laissé un excellent souvenir au Premier ministre Benyamin Netanyahou. Ce dernier fait donc effort tant qu’il le peut pour lancer un dernier avertissement à Téhéran en montrant que son aviation est capable de taper loin de ses bases. C’est un peu comme l’Arabie saoudite qui multiplie les raids aériens sur les rebelles houthis au Yémen (ces derniers vont être déclarés comme « mouvement terroriste » par la Maison-Blanche).

En Syrie, dans les premiers temps, l’aviation israélienne avait reçu pour mission d’empêcher les transferts d’armes – en particulier de roquettes, de missiles et de drones – vers le Liban où le Hezbollah complétait ses stocks en vue d’une guerre à venir contre l’État hébreu. La grande crainte des Israéliens est qu’en période de tensions, sur instructions de Téhéran, le Hezbollah au Nord et le Hamas au Sud ne fassent s’abattre une pluie de missiles sur leur territoire. Le système Iron Dome serait alors saturé par le nombre de projectiles lancés simultanément.

Le Golan faisait également l’objet d’une attention particulière, les Israéliens répondant à tous les tirs en provenance de l’autre côté de la frontière, même lorsqu’il s’agissait de « munitions égarées » lors d’affrontements entre forces gouvernementales syriennes et rebelles. Leur souci était aussi d’empêcher l’installation du Hezbollah à proximité de leurs lignes.

Avec le temps, ces frappes sont devenues plus stratégiques avec pour objectif de gêner le déploiement en Syrie des milices internationalistes (dont le Hezbollah libanais, mais aussi les milices irakiennes, pakistanaises et afghanes) encadrées par les pasdarans emmenés par le major-général Qassem Soleimani. Avec l’accord de l’administration Trump, il convenait d’empêcher la réalisation du fameux « arc chiite » liant l’Iran au Liban via l’Irak et la Syrie. La liquidation de Soleimani le 3 janvier 2020 par un drone américain a participé à cet effort car il était le grand coordinateur des opérations iraniennes sur zone. Après sa mort, il a d’ailleurs été révélé de source officielle iranienne, qu’il avait aussi contribué à fournir de l’armement sophistiqué au Hamas.

Ainsi, depuis 2011, Israël a procédé à plusieurs centaines de frappes aériennes en Syrie. En 2020, une cinquantaine de missions aurait été menée. Ce qui est étrange, c’est que la défense antiaérienne syrienne pourtant équipée de S-300 russes, n’a jamais pu répliquer. Cela est vraisemblablement dû au fait que les Israéliens tirent majoritairement des missiles depuis leur espace aérien et parfois, depuis celui du Liban. De plus, ils alignent des mesures de brouillage perfectionnées qui trompent aisément les Syriens. Seuls les Russes pourraient répondre, mais tant qu’ils ne sont pas attaqués directement, bien logiquement ils ne répliquent pas. Ponce Pilate, préfet de Judée, a déjà officié dans la région et sert d’exemple salutaire…

Mardi 12 janvier, cette fois en survolant la Syrie, Israël a frappé trois objectifs simultanément dans l’Est du pays (régions de Deir ez-Zor, Abou Kamal et Mayadine) occasionnant de nombreux morts au sein des milices chiites, mais aussi dans les forces régulières syriennes. Comme à l’habitude, Téhéran est resté muet quant à ses propres pertes. Selon l’Associated Press qui a interrogé un haut responsable du renseignement américain, ces frappes ont été menées grâce à des renseignements fournis par Washington. Le secrétaire d’État Mike Pompeo en aurait parlé avec le chef du Mossad, Yossi Cohen, lors du passage de ce dernier à Washington lundi 11 janvier.

La nouvelle administration US ne semble plus aussi favorable au gouvernement de Netanyahou qui a obtenu plus pour Israël en quatre années d’ère Trump qu’en quarante ans d’Histoire : transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnaissance de l’appartenance au Golan à l’État Hébreu, autorisation d’extensions des colonies juives en Cisjordanie, ouverture de relations officielles avec les pays arabo-sunnites sans oublier la sortie en 2018 du JCPOA (accord sur le programme nucléaire iranien) signé en 2015 par les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne avec l’Iran… Pour Israël, tout dialogue de qui que ce soit avec la République Islamique d’Iran est interdit.

Cela dit, malgré les déclarations de campagne de Joe Biden portant sur les droits humains (anciennement appelés les droits de l’Homme), il est difficile d’imaginer que les USA puissent se passer de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Égypte pour parvenir à leur objectif : la sécurisation sur le long terme d’Israël de manière à transférer des moyens vers l’Extrême-Orient où le danger pour le « monde libre » en général et les États-Unis en particulier est le plus grand, la Chine.

Dans cette ambiance pour le moins explosive, Téhéran est parvenu à garder un certain calme sachant pertinemment qu’une réaction « disproportionnée » de sa part pourrait provoquer les foudres américaines appuyées par Israël, les pays arabo-musulmans assistant au « spectacle » avec délectation : les « apostats » chiites littéralement haïs par les sunnites (au moins par les plus radicaux) bombardés par les forces « juives et croisées ». Il y a aussi un autre élément à considérer: les pertes iraniennes et de ses alliés en Syrie (et en Irak) sont infiniment moins importantes que celles causées par la Covid-19. Cela remet les enjeux à leur place.

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Alain Rodier

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