Le crime organisé contrôle 80 % du territoire mexicain.

Mi-octobre, 14 policiers ont été tués à El Aguaje dans le Michoacán, lors d’une embuscade qui leur avait été tendue par le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). C’est une localité qui fait l’objet d’une guerre entre le CJNG qui domine le crime organisé mexicain et « Los Viagras », cartel issu des « Chevaliers Templiers ». Le CJNG reprochait à ces policiers d’apporter leur soutien à ce groupe concurrent. Déjà l’an dernier, 29 000 morts ont été imputés au crime organisé. Ce chiffre devrait être largement dépassé en 2019.
Les pouvoirs politiques se suivent au Mexique, mais ne parviennent pas à trouver de solution.
Le président Manuel López Obrador a bien tenté de nouvelles stratégies depuis décembre 2018, mais elles semblent inefficaces. Depuis des années, les forces de sécurité ne se privent pas d’employer les moyens de contre-guérilla, mais sans obtenir de résultats notables en dehors de l’arrestation ou de la neutralisation de quelques chefs criminels.
Ces derniers sont immédiatement remplacés, parfois au prix de guerres intestines sanguinaires. À la différence des mouvements révolutionnaires, les cartels ne veulent pas s’emparer du pouvoir politique, mais juste neutraliser sa puissance coercitive en usant d’un mélange de sauvagerie et de corruption, tout en s’assurant du soutien des populations locales par une habile politique qui mêle terreur et action sociale que l’État est incapable de fournir.
Il est d’ailleurs étonnant de voir la différence de l’insécurité dans les États frontaliers mexicains et nord-américains. Sauf exception, l’ordre régalien est de mise aux États-Unis alors que ce n’est pas le cas au Mexique où les autorités locales sont majoritairement corrompues et où le pouvoir fédéral est considéré comme « étranger ».
Ainsi, les cartels CJNG, Arellano Felix, Beltrán Leyva, Carrillo Fuentes, du Golfe, des Chevaliers templiers, de Sinaloa (1), La Familia, les célèbres Zetas et 74 autres groupuscules armés contrôlent 80 % du territoire mexicain.
La majorité des municipalités mexicaines entretiennent des liens directs ou indirects avec le crime organisé.

(1) Le cartel de Sinaloa est divisé entre les fils d’« El Chapo » Guzman, d’un côté, et Ismael « El Mayo » Zambada, de l’autre. « El Chapo » purge une peine de prison à vie aux États-Unis. Le 19 octobre dernier, 30 policiers qui venaient d’arrêter un des fils de Guzman à Culiacan (État de Sinaloa) ont été obligés de le relâcher car ils étaient encerclés par de nombreux sicarios équipés d’armes lourdes.

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Texte

Jean-Pierre Husson, Alain Rodier

Photos

CJNG

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