La Republic of China Military Police (ROCMP) traverse actuellement une phase profonde de réorganisation et de montée en puissance, visant à la transformer en une véritable force de défense urbaine et de protection des infrastructures critiques du pays, notamment de sa capitale, Taipei.
Pour ce faire, le commandement de la ROCMP a lancé un plan quinquennal visant presque à doubler ses effectifs, qui sont passés d’environ 5 600 à 11 000 unités. Cette expansion concerne à la fois les volontaires et les conscrits du service militaire. Par ailleurs, pour garantir une couverture complète de la capitale, la ROCMP a prévu d’ouvrir une nouvelle base militaire dans le sud de Taipei qui intégrera les défenses de la zone urbaine aux côtés de l’armée de terre (ROC Army) et du corps des marines (ROCMC). Ce plan de réorganisation de la police militaire taïwanaise, qui répondrait directement, selon les autorités de Taipei, à l’évolution des menaces asymétriques de Pékin, tel le risque de « guerre de cinquième colonne », s’aligne sur la réforme globale des forces armées taïwanaises, qui a réinstauré le service militaire obligatoire d’un an au lieu de quatre mois auparavant, ce qui doit permettre de grossir les rangs de la ROCMP pour l’encadrement et la défense territoriale. Pour sanctuariser la capitale face à un raid aéroporté et/ou héliporté, le dispositif de défense urbaine de Taipei est placé sous l’autorité du 202e commandement de la ROCMP, dont les forces sont réparties pour verrouiller chaque secteur de la ville : la zone centrale avec deux bataillons, les 211e et 332e, responsable de la sécurité de tous les bâtiments officiels ; le secteur sud avec la création d’un nouveau bataillon, le 6e, qui doit compléter la boucle défensive autour de Taipei et les infrastructures énergétiques de la zone ; le secteur nord avec le 239e bataillon positionné près du centre de commandement du district de Dazhi, chargé de sécuriser et/ou bloquer les routes et les ponts principaux ; le secteur nord-est et l’aéroport où les forces de la ROCMP se coordonnent avec celles du ROCMC, chargées d’assurer la protection de l’aéroport de Sangshan-Taipei, et de la ROC Army positionnées dans le district de Beitou, zone de Guandu, afin d’empêcher toute progression ennemie vers le cœur de la capitale. Ce maillage va s’accompagner de la mise en service de systèmes anti-drones M-ACE (Mobile, Acquisition, Cueing and Effector) de Northrop-Grumman, une solution mobile intégrée conçue pour couvrir l’ensemble de la chaîne de neutralisation depuis une seule plateforme (radar 3D, capteurs optroniques, canon de 30 mm M230LF Bushmaster, etc.), ainsi que par le renforcement du 228e bataillon. Souvent considéré comme une unité d’artillerie ou de défense aérienne de la ROCMP, ce bataillon diffère des bataillons traditionnels qui s’occupent notamment de la sécurisation de bâtiments officiels et d’infrastructures critiques. Il apporte une puissance de feu lourde et un soutien antiaérien pour sanctuariser le centre de Taipei. Ainsi, le 228e bataillon va percevoir de nouveaux missiles sol-air FIM-92 Stinger et des systèmes antichars FGM-148 Javelin. La ROCMP prévoit aussi d’accélérer ces programmes d’instruction et d’entraînement au combat en milieu urbain. Lors des dernières simulations tactiques, elle a testé pour la première fois l’utilisation du réseau de métro de Taipei pour le déplacement rapide et sécurisé de troupes et le ravitaillement logistique en cas de conflit. De même, lors d’exercices récents, ses unités ont simulé la défense des ponts reliant New Taipei au centre de la capitale pour bloquer l’avancée de forces ennemies infiltrées, utilisant notamment leurs 8 x 8 blindés CM-34 Clouded Leopard.
