Selon le média d’État nord-coréen, Pyongyang a procédé le 14 octobre à l’essai de deux types de missiles de croisière stratégiques, lancés depuis un sous-marin en plongée au large de sa côte orientale. L’un a été tiré verticalement depuis un silo et l’autre horizontalement depuis un tube lance-torpilles.
Le sous-marin serait le Hero Kim Kun Ok immatriculé 841, un bâtiment de 1 800 tonnes qui a ainsi fait sa première apparition à la mer.
Dévoilé en grande pompe en 2023, le Hero Kim Kun Ok est présenté par Pyongyang comme une pièce maîtresse de sa future marine à capacités nucléaires.
La Corée du Nord a dévoilé ce sous-marin en septembre 2023, le présentant comme son premier « sous-marin d’attaque nucléaire tactique » et comme l’une des principales plateformes offensives de sa marine. Lors de la cérémonie de lancement, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré que doter la marine d’armes nucléaires « ne souffre aucun délai supplémentaire ».
Selon les analystes spécialisés, il s’agit d’une version modifiée d’un sous-marin diesel-électrique de classe Romeo (projet 633), dont les premiers exemplaires ont été lancés dans les années 1950, plus que d’un bâtiment conçu spécifiquement pour le lancement de missiles.
Pour mémoire, la Corée du Nord en avait importé 22 de Chine qui, elle-même, en avait acquis 84.
Toutefois, un Romeo rebaptisé Sinpo-C « 8.24 Yongung » avait déjà été doté de deux silos verticaux pouvant mettre en œuvre des missiles de la famille Pukguksong également positionnés derrière le kiosque. Ce modèle semblait être une plateforme d’essai ayant commencé à servir en 2016.
Le problème opérationnel de ce type de bateau est qu’il est bruyant — donc facilement détectable — et doté d’une machinerie ancestrale totalement dépassée lui donnant un rayon d’action et une autonomie en immersion limitée.
Lors de sa première apparition publique, il a été vu avec dix silos de lancement (quatre grands et six petits) pour missiles mer-sol balistiques stratégiques (MSBS) ou/et des missiles de croisière dissimulés dans une imposante structure en forme de « dos de tortue » située à l’arrière du kiosque.
Il convient d’ajouter huit tubes lance-torpilles de 533 mm.
Il est essentiel d’être vigilant envers les communiqués officiels de la Corée du Nord, qui a tendance à diffuser des informations trompeuses, à l’instar de l’Iran.
Par le passé, elle a présenté des MSBS de dimensions croissantes, sans pour autant disposer d’un sous-marin adapté à leur lancement.
Toutefois, dans ce dernier cas, l’état-major interarmées sud-coréen (JCS) a indiqué avoir détecté et suivi les tirs depuis la phase de lancement jusqu’aux phases de croisière et terminale. Un porte-parole du JCS a bien précisé qu’un type de missile avait été tiré depuis un système de lancement vertical, tandis qu’un autre l’avait été depuis un tube lance-torpilles.
Le tir de missiles depuis un sous-marin en plongée est beaucoup plus complexe qu’un lancement effectué depuis la surface. Un sous-marin en patrouille doit être capable de se déployer de manière fiable, de rester difficile à détecter, d’assurer la maintenance de ses armements et de mener des missions dans des conditions réalistes.
Un système de lancement vertical offre une capacité dédiée à certains types de missiles — potentiellement de dimensions bien plus importantes — et permet des tirs plus rapides ou en salves qu’une configuration reposant exclusivement sur des tubes lance-torpilles.
Les tubes lance-torpilles constituent une autre méthode de lancement, mais ils imposent des contraintes différentes en matière de dimensions des armes, de manutention et de procédures de tir.
La Corée du Nord cherche depuis des années à développer des missiles lancés depuis des sous-marins.
Il est évident que Pyongyang a pour ambition de constituer une force de dissuasion sous-marine capable d’effectuer une seconde frappe.
Pour cela, elle mène parallèlement un projet de sous-marin à propulsion nucléaire, dont la construction a été révélée en mars 2025.
La phase actuelle ne serait qu’une transition vers une dissuasion sous-marine vraiment crédible.
Actuellement, un sous-marin fondé sur la conception archaïque de la classe Romeo est relativement facile à suivre dès sa sortie de quai, mais il en sera différemment avec des navires à propulsion nucléaire.
Cela va prendre du temps, mais il est vraisemblable que la Corée du Nord tire parti de l’assistance russe pour tout ce qui est technologique. C’est le prix à payer pour Moscou pour le soutien nord-coréen dans son conflit avec l’Ukraine.
On suppose que des technologies sous-marines font partie des contreparties versées à Pyongyang en échange de son soutien dans le cadre de la guerre en Ukraine.
