Selon la doctrine de la « dissuasion par la punition », les gardiens de la Révolution – les pasdarans – dont la force aérospatiale a en charge les missiles (depuis la production jusqu’à l’utilisation) ripostent en effectuant de nombreux tirs en particulier contre la base aérienne Prince Hassan en Jordanie, le centre de commandement de drones américain à Bahreïn, les bases d’Ali al-Salem et Ahmad al-Jaber au Koweït (qui a aussi fait état d’attaques contre des postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore) et Oman. Ce sultanat pays est rarement pris pour cible car il s’efforce de concilier les exigences contradictoires de Washington et de Téhéran. Cette attaque est survenue quelques heures seulement après qu’Oman ait reçu le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, pour discuter de la situation dans le détroit d’Ormuz. Est-ce une fourberie dont les iraniens sont coutumiers ou le résultat de disputes entre factions au pouvoir à Téhéran ?
Le 14 juillet, l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO a rapporté qu’un autre navire avait été touché par un missile alors qu’il transitait par le détroit d’Ormuz le long des côtes d’Oman.
Suite à ces échanges de feux, les pasdarans ont déclaré que : « le détroit d’Ormuz sera fermé jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à la fin des interventions américaines dans cette région. »
Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a rétorqué sur X que le détroit était « ouvert à tous les navires souhaitant y transiter légalement […] les forces américaines sont positionnées et prêtes à garantir la liberté de navigation […] L’Iran ne contrôle pas le détroit. Le trafic se poursuit. »
Pour le moment, peu de navires ont souhaité prendre le risque.
Le CENTCOM a annoncé que les ports iraniens situés le long de cette voie maritime feraient de nouveau l’objet d’un blocus à partir du 14 juillet à 20 h 00 GMT. À noter cependant que les navires de guerre américains ne s’aventurent plus à franchir le détroit et ne bloquent donc pas les ports iraniens donnant sur le golfe persique. Ils contrôlent les bateaux iraniens en mer d’Oman.
La question est : malgré les bombardements intensifs de 2024, 2025 et 2026, comment se fait-il que les Iraniens aient encore des stocks de missiles qui semblent inépuisables ?
Les pasdarans ont dévoilé que les types de missiles utilisés étaient très variés allant du plus ancien au plus moderne. Ils ont cité nommément les armes suivantes :
– Ghadr 1 : un missile balistique ayant une portée allant de 1.700 km à 2.000 km avec une charge de 650 à 1.000 kg,
– Emad ou Imad : portée de 1.700 km et une charge utile d’environ 750 kg,
– Kheibar Shekan : portée de 1.400 km pour une charge utile de 500 kilos,
– Fateh-110 : portée de 500 km avec une charge de 500 kg,
– Zolfaghar : portée 750 km avec une charge de 500 kilos.
Cette combinaison suggère une synergie entre les cibles et les types de missiles employés, l’Iran calibrant ses tirs.
Mais toute une gamme d’autres missiles peut être mise en œuvre.
La stratégie de l’enfouissement
Téhéran se préparait à la guerre depuis des dizaines d’années et a appliqué depuis la guerre contre l’Irak la stratégie de l’enfouissement – suivant l’exemple de la Corée du Nord -. Cela lui a permis d’enterrer nombre d’installations, particulièrement celles de montage de missiles et d’autres abritant des stocks extrêmement importants. Ces abris sont qualifiés de « villes aux missiles. » Des lanceurs prêts à l’emploi sont également répartis dans de nombreux bunkers, en particulier le long du golfe Persique mais aussi dans la profondeur du territoire de territoire iranien qui fait 1648 km2.
En conséquence, il y a beaucoup trop de cibles potentielles à traiter quand on connaît vraiment leur position et surtout, ce qu’il y a dedans (certains abris sont vides mais peuvent être utilisé au cas où…). Les Américains et les Israéliens n’ont tout simplement pas assez de munitions et leurs propres réservent s’amenuisent dangereusement car le rythme de production de leurs industries d’armement est lent… Il y a ce que l’on souhaiterait faire et ce que l’on peut réellement faire, d’où une importante distorsion entre le discours politique et les actes (voir la dernière déclaration du président Donald Trump en fin d’article).
L’industrie missilière iranienne devenue nationale
L’Iran a acquis ses vingt premiers missiles balistiques (Scud-B) auprès de la Libye en 1984. Depuis, son programme de fabrication a démarré avec la participation active de la Corée du Nord et de la Chine. Aujourd’hui, l’Iran fabrique ses propres missiles (souvent des améliorations des modèles précédents).
Les services américains estimaient au début 2025 le nombre de missiles balistiques iraniens à courte et moyenne portée opérationnels à 3000 unités. De plus, les chaînes de fabrication enterrées dont la plupart serait intactes seraient aptes à fournir 1000 nouveaux missiles par an.
Dernières déclarations sur le détroit d’Ormuz
Le 13 juillet, le président Donald Trump a repris à son compte l’idée iranienne de faire payer le passage du détroit d’Ormuz. Il a annoncé que les États-Unis allaient « prendre le contrôle » du détroit et imposer une taxe de 20 % sur toutes les marchandises y transitant. »
Il s’est attiré les « félicitations » du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi qui a réagi avec ironie sur X affirmant que Trump « a tout à fait raison » car « quiconque garantit un passage sûr devait être rémunéré » mais que Téhéran facturerait moins cher, soulignant que « 20 % est évidemment excessif, nous serons équitables. »
Plus sérieusement, tant que les batteries côtières iraniennes qui s’étalent dans la profondeur ne seront pas neutralisées, le transit par le détroit sera toujours problématique.
Tant que les Américains ne pourront pas passer dans le golfe Persique, son contrôle sera impossible. Les Iraniens n’ont certes pas gagné la guerre, mais ils sont loin d’être vaincus(1).
1. Voir : « La stratégie iranienne à la fin mars 2026 » du 27 mars 2026. https://raids.fr/2026/03/27/la-strategie-iranienne-a-la-fin-mars-2026/
