Selon le journal allemand « Der Spiegel », le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte en déplacement aux États-Unis pour donner une conférence à l'Institut Ronald Reagan, a rencontré à huis clos le président Donald Trump à la Maison Blanche le 8 avril. Il aurait ensuite « informé les capitales européennes que Donald Trump attend des engagements concrets dans les prochains jours concernant le déploiement de navires de guerre ou d'autres moyens militaires européens » dans le détroit d'Ormuz.

Cette rencontre est intervenue alors que plusieurs gouvernements européens auraient demandé au secrétaire général de l’OTAN de modérer son soutien récent à la décision américaine d’attaquer l’Iran. Plusieurs responsables estiment en effet que sa position, jugée trop proche de Washington, risque de l’inciter à soutenir Trump au détriment des intérêts européens.

Il a d’ailleurs déclaré devant l’Institut Ronald Reagan : « en tant que Premier ministre des Pays-Bas, et maintenant en tant que secrétaire général de l’OTAN, j’ai développé une profonde appréciation de la valeur du leadership américain ».

La veille, il avait qualifié les efforts américains visant à affaiblir les capacités militaires de Téhéran de mesures « louables ».

Manque de soutien de certains membres de l'OTAN à l'attaque américaine contre l'Iran

Furieux de ne pas avoir été prévenus de la décision d’attaquer l’Iran le 28 février, plusieurs pays membres de l’OTAN ont fermé leur espace aérien ou refusé que les États-Unis utilisent leurs bases pour des missions offensives, dont l’Espagne, l’Italie, l’Autriche et la France.

En effet, Washington dispose au total de 31 bases permanentes et de 19 autres sites militaires répartis dans toute l’Europe, mais leur utilisation est codifiée, dans la plupart des cas, par des accords bilatéraux qui autorisent Washington à les utiliser dans le cadre de l’OTAN.

Près de 70.000 soldats américains sont déployés en Europe dont 36.000 en Allemagne, 10.000 au Royaume-Uni et 13.000 en Italie.

Il a qualifié l’OTAN de « tigre de papier » pour avoir refusé de mener les efforts visant à ouvrir le détroit stratégique d’Ormuz et pour avoir limité l’utilisation des bases américaines sur son territoire par les forces américaines.

Trump s’en est pris personnellement à plusieurs dirigeants, fustigeant le Premier ministre britannique Keir Starmer, le qualifiant de « loin d’être un Winston Churchill », et ridiculisant les porte-avions britanniques, qu’il a traités de « jouets ».

Les rétorsions possibles

Selon le « Wall Street Journal », la Maison Blanche envisagerait de sanctionner certains membres de l’OTAN qui, selon Trump, n’ont pas apporté leur soutien aux États-Unis et à Israël pendant la guerre contre l’Iran.

La mesure principale consisterait à retirer les troupes américaines des pays membres de l’OTAN jugés peu coopératifs dans la guerre contre l’Iran et à les repositionner dans des pays que Trump considère comme plus conciliants (NdA : la France n’est pas concernée puisqu’il n’y a plus de bases américaines dans le pays depuis la sortie de l’organisation intégrée de l’OTAN 7 mars 1966).

Le problème du détroit d'Ormuz

En ce qui concerne le détroit d’Ormuz, un groupe de 40 pays s’est déjà réuni pour élaborer un plan militaire et diplomatique visant à rouvrir et sécuriser le détroit d’Ormuz. Le président français Emmanuel Macron a déclaré le 8 avril qu’une quinzaine de pays envisageaient de faciliter la reprise du trafic dans le détroit.

Mais un graphique présenté par Téhéran montre deux nouvelles routes de transit à respecter dans le détroit d’Ormuz, les navires y entrant depuis le golfe d’Oman devant se diriger au nord de l’île de Larak pour rejoindre ensuite le golfe Persique, la sortie ayant lieu par le sud de l’île de Larak pour aboutir dans le golfe d’Oman.

Le nord des Émirats arabes unis par où transitaient précédemment le trafic maritime étant vraisemblablement miné.

La colère de Trump contre l'OTAN est ancienne

Ces dernières semaines, Trump a de plus en plus exprimé vocalement sa critique de l’OTAN, allant jusqu’à suggérer qu’une fois la guerre terminée, les États-Unis pourraient réévaluer leur engagement dans l’Alliance. Cette menace semble disproportionnée car il devrait obtenir l’accord du Congrès. Il exige que les membres de l’OTAN consacrent 5% de leur budget à la défense.

C’est vraisemblablement pour cela qu’après la réunion avec Rutte, il a écrit via Truth Social : « L’Otan n’était pas là quand nous avons eu besoin d’elle et elle ne sera pas là si nous avons de nouveau besoin d’elle […] Souvenez-vous du Groenland, cet énorme morceau de glace mal géré !!! ».

Rutte surnommé le « chuchoteur de Trump » pour son talent à flatter le président américain dans le sens du poil a pour sa part déclaré sur CNN : « Ce fut une discussion très franche et très ouverte ».

La Russie et la Chine examinent avec intérêt les discordes qui se font jour au sein de l’OTAN…