Le 10 mars, l'armée américaine a annoncé avoir détruit seize navires iraniens poseurs de mines à proximité de la voie maritime.

Depuis plus de vingt ans, comme l’écrivait l’auteur dans un son livre « Iran : la prochaine guerre ? » paru aux éditions ellipses en octobre 2007, tous les services spécialisés savent qu’en cas de crise majeure, les autorités iraniennes pourraient tenter de bloquer le détroit d’Ormuz en mesure de rétorsions.

Cela a déjà été le cas dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), du moins partiellement les Américains parvenant à desserrer l’étau iranien en escortant des convois et en attaquant les vecteurs navals et aériens utilisés pour mouiller des mines.

À noter que ces derniers peuvent être de plusieurs sortes : tous les navires militaires dont les sous-marins de poche – du moins ceux qui seraient encore opérationnels -, des navires civils battant faux pavillon, des Dhows (bateau en bois doté d’un gréement avec une voile triangulaire) très nombreux sur zone, les hélicoptères encore en état de voler, etc.

Le seul problème pour Téhéran est que, surtout aujourd’hui, un blocage total de la circulation maritime dans la zone serait aussi catastrophique pour l’Iran qui ne parviendrait plus à exporter son pétrole vers son premier client : la Chine.

D’autres pays asiatiques, dont l’Inde, la Corée du Sud et le Japon, reçoivent également du pétrole qui transite par le détroit mais, pour ces derniers pays, il est supposé ne pas être d’origine iranienne en raison des sanctions internationales décrétées contre la République islamique.

Mais CBS News a annoncé que ses services de renseignement américains détenaient des preuves que l’Iran « pourrait se préparer à perturber le détroit d’Ormuz » en mouillant des mines le long de la voie navigable.

Selon la même source, l’Iran pourrait utiliser de petites embarcations qui peuvent transporter deux à trois mines chacune d’où la frappe du 10 mars. Ce n’est vraiment pas une découverte (voir la photo ci-après qui date des années 2010 ; noter la présence de quatre mines marines).

Réagissant immédiatement à son habitude, le président Donald Trump a publié sur son site Truth Social : « si, pour une raison quelconque, les mines ont été placées, et qu’elles ne sont pas éliminées immédiatement, les conséquences militaires pour l’Iran seront à un niveau jamais vu auparavant. Si, d’un autre côté, ils enlèvent ce qui a pu être placé, ce sera un pas de géant dans la bonne direction ! »

Ce commentaire intervient moins d’un jour après qu’il ait déjà menacé l’Iran d’une nouvelle action militaire s’il interférait dans le détroit d’Ormuz, le point d’étranglement pétrolier le plus critique de la planète : « si l’Iran fait quelque chose qui arrête le flux de pétrole dans le détroit d’Ormuz, ils seront frappés par les États-Unis d’Amérique vingt fois plus fort qu’ils n’ont été touchés jusqu’à présent. »

Alternant le chaud et le froid, il avait annoncé le 9 mars que les États-Unis que la « guerre pourrait être bientôt terminée.»

CBS a rapporté que si le stock de mines de l’Iran n’est pas connu publiquement, les estimations allant de 2.000 à 6.000 mines navales.

Selon les États-Unis, en moyenne, 20 millions de barils de pétrole par jour traversent le détroit d’Ormuz, soit l’équivalent d’environ 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers. En outre, environ un cinquième du commerce mondial de gaz liquéfié passe également par le détroit.

Selon le média économique Bloomberg : « le minage du détroit d’Ormuz, l’utilisation de missiles antinavires contre les pétroliers (voir photo missile sol-mer Noor, ci-après) ou la destruction des infrastructures pétrolières du Golfe pourraient mener à des négociations de paix – ou à un chaos mondial, avec des pénuries d’énergie et une inflation galopante. »

Déjà le 3 mars, Trump annonçait sur Truth Social : « si nécessaire, la marine américaine commencera à escorter les pétroliers dans le détroit d’Ormuz, dès que possible […] Quoi qu’il arrive, les États-Unis garantiront la libre circulation de l’énergie dans le monde. »

Mais selon the Economist : « l’escorte de convois de pétroliers par des navires de guerre pourrait offrir à l’Iran des cibles américaines de choix. »

En effet, depuis des dizaines d’années Téhéran a préparé des positions de tir terrestres qui peuvent harceler une force navale au large.. Pour cela, la composante navale des pasdarans dispose de lanceurs mobiles dissimulés dans des abris enterrés le long des côtes. La tactique est simple : une fois une cible repérée, le lanceur sort, de met en position, acquière la cible, tire, se remet à l’abri – souvent dans une autre cache proche toutes n’étant volontairement pas occupées en permanence. Le fait d’avoir plus de positions enterrées que de lanceurs – sans compter les leurres – multiplie pour l’attaquant les objectifs à traiter dépassant d’autant ses capacités en munitions.

Il convient de rajouter qu’un barrage de mines, qu’il soit terrestre ou naval, n’est réellement efficace que s’il est battu par les feux. Dans le cas du détroit d’Ormuz, cela compliquerait considérablement une opération de déminage menée par des dragueurs de mines.