Pour leur part, les FDS ont affirmé avoir perdu le contrôle de la prison suite à une attaque des forces gouvernementales, ce que ces dernières ont réfuté tout en affirmant qu’elles tentaient de capturer les fuyards.
La prison de Shadadi avait de 3.000 et 5.000 pensionnaires dont la plupart sont maintenant dans la nature.
Pour le détail, le bureau de liaison avec les médias des FDS a publié un communiqué affirmant que la prison de Shadadi avait été la cible d’attaques répétées de la part de « factions de Damas », et que des dizaines de combattants des FDS avaient été tués ou blessés en la défendant.
Le communiqué précisait que la coalition internationale contre Daech, menée par les États-Unis, n’était pas intervenue malgré des appels répétés à une base de cette organisation située à proximité.
Le ministère syrien de la Défense a déclaré pour sa part que ses forces avaient contourné Shadadi conformément aux plans prévus et avaient offert leur aide aux FDS présentes sur place. L’ANS a ensuite annoncé avoir pris le contrôle de la ville et de la prison.
Il a également démenti les affirmations des FDS concernant des affrontements qui auraient eu lieu avec l’ANS près d’une prison de Raqqa qui abrite aussi des détenus de l’EI. Il a déclaré que l’armée était arrivée « aux abords de la prison d’al-Aqtan… et avait commencé à sécuriser les lieux et ses alentours malgré la présence des FDS à l’intérieur. »
Ces dernières ont déploré neuf morts et vingt blessés lors des affrontements d’al-Aqtan.
La province d’Hassaké, qui reste en grande partie sous le contrôle des FDS, abrite la ville de Qamichli à majorité kurde où la situation serait explosive, les Kurdes s’en prenant à la population arabe minoritaire dans la ville.
L’accord de mars 2028 en 14 points publié par la présidence syrienne paraphé par le général Mazloum Abdi commandant les FDS stipule que les prisons, ainsi que tous les points de passage frontaliers et les champs pétroliers et gaziers, seraient placés sous le contrôle du gouvernement.
Il prévoit aussi que toutes les forces des FDS seront intégrées aux ministères de la Défense et de l’Intérieur en tant qu’« individus » et non en tant qu’unités, comme le souhaitaient les FDS.
À la demande de la Turquie, il engage les FDS à expulser toutes les activistes du PKK non syriens – Ankara comprend en cela tous les Kurdes non syriens -.
La Turquie, qui est intervenue à plusieurs reprises dans le nord de la Syrie depuis 2016 pour contenir l’influence kurde qu’elle considère comme un danger séparatiste majeur, a salué cet accord qui allait dans le « bon sens. » Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a insisté sur la nécessité de sa mise en œuvre rapide car, selon lui, cela va permettre la continuation de la désintégration du PKK qui est en cours.
Le général Abdi s’est rendu à Damas le 19 janvier mais aucun résultat n’est sorti de cette visite, ce qui laisse le conflit ouvert en dehors du cessez-le-feu de quatre jours accepté, le temps aux Kurdes pour proposer un plan portant sur une « intégration pacifique » de cette province à majorité kurde au sein de l’État syrien.
L’effondrement des FDS de la mi-janvier 2026 a constitué un bouleversement pour le contrôle d’une partie du territoire syrien par les Kurdes revenus en partie sur leurs bases de 2014 (la carte de gauche ci-dessous) comparée à aujourd’hui (carte de droite).
Depuis que les combattants dirigés par al-Charaa ont renversé le président Bachar el-Assad en décembre 2024, ses forces ont progressivement pris le contrôle de la majeure partie du pays faisant basculer l’équilibre des pouvoirs en sa faveur.
Les Forces démocratique syriennes (FDS), une coalition anti-Daech constituée sous l’égide des États-Unis à base d’activistes du YPG et des tribus arabes du nord-est du pays, ont contrôlé jusqu’au quart nord-est du territoire syrien durant la guerre civile jusqu’à la fin 2024. Mais depuis la chute du régime, Washington a décidé de soutenir al-Charaa qui représente pour eux une stabilité qu’ils recherchent.
La position américaine
L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a estimé que « la mission initiale » des combattants kurdes, la « lutte antijihadiste » à laquelle ils ont largement contribué était « terminée » et que le nouveau pouvoir syrien (formé d’anciens jihadistes) était désormais capable de contrôler les centres de détention de l’État islamique.
Il a accusé Mazloum Abdi lors d’une réunion tenue à Erbil le 19 janvier de tenter d’impliquer Israël dans le conflit interne syrien… Il a averti qu’une telle initiative serait inacceptable et dangereuse risquant de « détruire » la Syrie et pourrait créer de graves tensions entre la Turquie et Israël, deux alliés régionaux clés de Washington.
Quant à l’accord de mars 2025, Abdi a été accusé de « faire traîner les choses, de ne pas appliquer l’accord avec le gouvernement syrien et de s’appuyer sur des puissances étrangères. »
Barrack a aussi déclaré à Abdi : « vous persistez à gérer la situation comme si Bachar el-Assad dirigeait la Syrie […] Il y a un changement fondamental ; Damas est aujourd’hui notre partenaire dans la lutte contre le terrorisme. »
La gestion des minorités syriennes par Damas
Pour gérer les particularismes des minorités en Syrie, al-Charaa a fait appel au « Bureau des clans et des tribus » dont le responsable, Jihad Issa al-Cheikh, a assuré l’assemblée des notables qu’il n’est pas là pour « commander » mais pour servir de ligne directe avec le président.
Mais le conseiller à la présidence a lancé en guise de mise en garde : « que ceux parmi les clans qui étaient du côté d’Assad se contentent de garder profil bas et de mettre en avant des personnalités qui n’ont pas été compromises. On a besoin de tout le monde […] Il faut tourner la page des anciennes querelles une bonne fois pour toute en étant un soutien à l’État et non une source de déstabilisation. Il n’est pas admis que les clans déferlent armes à la main au moindre incident ou qu’ils se retrouvent dans les rangs de nos ennemis pour une raison ou une autre. Il faut être à la hauteur des enjeux qui s’imposent à nous depuis la libération du pays. »
La situation évoluant rapidement, personne n’est à l’abri d’une surprise.