Face au désintérêt de l’administration Trump pour l’Europe et à la menace que représente la Russie, la Suède commence à se demander si elle ne devrait pas se doter de l’arme nucléaire.

En mars 2025, Jimmie Åkesson, chef du parti des démocrates suédois (droite) qui fait partie de la coalition au pouvoir, est devenu le premier politicien important à exprimer son intérêt pour cette idée : « la Suède possède depuis longtemps une vaste expérience dans la technologie nucléaire. Mais la volonté politique exigeait autre chose. Je crois que toutes les options doivent être envisagées dans cette situation. »
Ce point de vue est partagé par Alice Teodorescu Mawe, membre du Parlement européen du parti de centre-droit des chrétiens-démocrates qui fait partie du gouvernement suédois actuel. Elle suggère que la Suède adhère à une stratégie européenne commune en matière d’armes nucléaires.

En effet, les Européens craignent que le parapluie nucléaire américain via l’OTAN ne disparaisse – dans la mesure où il a vraiment existé dans le passé(1), particulièrement durant la Guerre froide -.
La politique du chaos menée par Donald Trump ajouté au contexte international de plus en plus imprévisible peut pousser de nombreux pays à vouloir se doter de l’arme nucléaire pour assurer eux-mêmes leur propre dissuasion.
En Europe, le remplacement hypothétique de la dissuasion otanienne par les forces nucléaires française et britannique n’est pas assuré pour des raisons politiques mais aussi à cause des importantes difficultés économiques auxquelles sont confrontées ces deux pays.

Peu de gens le savent, mais la Suède a développé un programme nucléaire militaire de 1945 à 1972 au sein de l’Institut de recherche de la défense (- FOA -, Försvarets forskningsanstalt.) En conséquence, elle réfléchit à profiter de ses connaissances dans ce domaine mais aussi dans celui de l’industrie de défense où elle est particulièrement performante pour se doter à son tour de l’arme nucléaire.

Une industrie militaire performante

La Suède a une industrie aéronautique de qualité qui produit notamment l’avion multirôle Saab JAS-39 Gripen…

Mais à l’époque de la Guerre froide, une bombe nucléaire – si elle avait été fabriquée – aurait pu armer les avions Saab J 32 Lansen et Saab 35 Draken.

En 1957, le projet d’un sous-marin à propulsion nucléaire « A-11A » pouvant éventuellement mettre en œuvre une torpille nucléaire avait été dans les cartons.

À noter que les Suédois ont ensuite été les premiers à développer une flotte de sous-marins diesel-électrique à propulsion anaérobie (AIP).

Elle compterait proposer à d’autres pays nordiques (Finlande, Norvège, Danemark et éventuellement Islande) de participer à ce projet car ils pourraient bénéficier de cette nouvelle dissuasion indépendante des Américains.
Il convient de souligner que de très nombreux stratèges estiment que la menace russe va se déplacer dans l’avenir vers l’Arctique(2) et ces pays nord-européens seront alors en première ligne – comme le Groenland -.

Ce qui pour le moment n’est qu’une simple réflexion constitue cependant un signe qu’un changement fondamental est en train de se passer dans les pays nordiques dans un contexte sécuritaire qui se dégrade très rapidement.
Cela dit, il y a un long chemin à parcourir entre l’idée initiale, la décision politique (surtout si elle doit être prise en accord avec plusieurs pays) puis la réalisation du projet. Le problème n’est plus, comme dans les années 1960, dans la complexité de la conception d’une arme nucléaire qui est bien connue, mais dans l’investissement financier colossal que cela implique. Même si, comme dans les études de 1957, les Suédois se contentent d’armes nucléaires à portée limitée (les cibles seraient essentiellement les ports russes), il faut développer des lanceurs et des armes qui soient suffisamment crédibles pour dissuader à coup sûr un agresseur éventuel.

(1) Des doutes sur la volonté des dirigeants qui se sont succédé à la tête des États-Unis d’autoriser le déclenchement d’un feu nucléaire otanien pour défendre l’Europe au prix de l’atomisation du continent nord-américain ont toujours existé mais soigneusement cachés aux populations. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui car le président Donald Trump dit tout haut ce que ses prédécesseurs pensaient secrètement.

(2) Voir : « Menaces sur l’Arctique » du 22 février 2024 & « La flotte du Nord russe manœuvre dans l’Arctique » du 12 septembre 2024.