Le manuel de tactique russe saisi par les forces ukrainienne(1) détaillant l’organisation des « Unités d’assaut » aborde également le combat en localités.

La progression des fantassins doit autant que faire se peut utiliser des brèches dans les murs, les enceintes, les barrières en les provoquant soit par des tirs de chars ou de canons, ou à l’aide d’explosifs. Il est déconseillé d’emprunter les avenues et les rues qui peuvent être des pièges et des lieux d’embuscades.

Il est formellement interdit de placer des postes d’observation sur les toîts car ils sont trop repérables par l’adversaire, en particulier depuis l’emploi généralisé de drones. Ces emplacements doivent être installés dans les derniers étages des immeubles tout en restant le plus camouflés possible.

Il est recommandé d’attribuer de nouveaux noms aux rues et aux bâtiments afin de confondre les défenseurs et de pouvoir ainsi exploiter les canaux de communications ouverts. Dans le cas dépeint ci-dessous, les assaillants ont nommé les rues « Lénine », « Staline » et « Khrouchtchev ».

Les assauts sont précédés de tirs d’artillerie sur les premières lignes adverses. Les moyens d’artillerie progressent avec les vagues d’assaut selon les ordres donnés par le commandement directement sur le terrain.
Si des bâtiments sont trop fortifiés et ne peuvent être pris facilement, il convient d’adopter la technique de l’étranglement qui consiste à prendre position dans les immeubles voisins et de soumettre la cible à des tirs intenses d’artillerie, de lance-grenades automatiques ou d’équipes d’appuis feux. Cela laisse le temps à l’ennemi de quitter les lieux tout en subissant des pertes. La position est ensuite conquise par un assaut.

NdA : cela implique de laisser une « voie de sortie » à l’adversaire. C’est ce qui est en train de se passer dans la ville de Bakhmout.

Quand une section de combat tente de nettoyer un immeuble, il est recommandé de laisser un homme à l’entrée pour empêcher toute contre-attaque venue de la rue.

NdA : dans une armée occidentale, on laisserait un binôme qui est plus efficace qu’un combattant isolé.

La section commence à monter dans les cages d’escalier par groupes de trois hommes, chaque combattant couvrant son camarade le plus proche. Chaque appartement est reconnu en prenant en compte le nombre de pièces.

Une équipe de trois hommes est suffisante pour nettoyer un logement d’une pièce. Lorsqu’un couloir est pris, il convient de laisser un à deux combattants qui bloqueraient toute contre-attaque venant d’appartements non reconnu. Même chose pour les escaliers.

Les couloirs et les escaliers menant aux étages supérieurs doivent être piégés pour interdire à l’ennemi de mener des contre-attaques par le haut.

Après avoir sécurisé tous les étages, les murs entre les appartements du premier doivent être détruits à l’explosif pour permettre l’accès à tout l’immeuble en restant à couvert.

Conclusion

Cette tactique est intéressante mais, comme dans l’article précédent(1), elle soulève la question des effectifs qui paraissent bien insuffisants en nombre pour mener à bien toutes les taches complexes du combat en zone urbaine.

De plus, il y a loin de la théorie à la pratique.

De manière à être efficaces, les combattants doivent être dans un premier temps formés individuellement. Puis c’est au tour des groupes et des sections de combat avant d’arriver au niveau de la compagnie puis enfin du bataillon.
Les communications difficiles en zone urbaine doivent faire l’objet d’une attention toute particulière.
Enfin, la coordination des mouvements et des feux est essentielle pour être efficace mais aussi pour éviter les pertes par « tirs amis ».
Comme sur d’autres théâtres, la logistique est vitale – mais encore plus difficile dans des ruines – de manière à approvisionner en vivres et munitions les combattants des premières lignes et de pouvoir évacuer les blessés.
Noter qu’il n’est pas question des populations civiles dans ce manuel car il est sans doute considéré qu’elles ont été évacuées avant le début des combats.

1. 1. Voir : « RUSSIE : restructuration des unités de combat terrestres » du 6 mars 2023.

Publié le

Texte

Alain Rodier

Photos

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