Le Jerusalem Post a rapporté l'information suivante : « deux sources familières avec la situation ont indiqué au journal que de hauts responsables américains ont récemment informé leurs homologues en Israël et ailleurs que les États-Unis n'avaient plus d'autre choix que de lancer une opération terrestre pour prendre le contrôle de l'île iranienne de Kharg.»

Un responsable américain – non identifié – aurait confirmé que « l’armée américaine a accéléré le déploiement de milliers de Marines et de personnel de la Marine au Moyen-Orient ».

L’objectif serait de s’emparer de ce véritable terminal d’où part environ 90% du pétrole iranien, en particulier à destination de la Chine.

À savoir que le détroit d’Ormuz n’est pas complètement verrouillé, les autorités iraniennes autorisant à quelques navires dûment choisis de la franchir. Cela dit, les réservoirs de l’île seraient aujourd’hui à un niveau très bas…

Gesticulations militaires américaines

Le déploiement annoncé inclut un groupe d’assaut amphibie constitué autour du navire d’assaut amphibie de classe Wasp USS Boxer (LDH-4), en fait un porte-avions léger de l’US Navy, et les navires de transport amphibie de classe San Antonio USS Portland (LPD-27) et de classe Whidbey Island USS Comstock (LSD-45). Ensemble, ces trois navires transportent environ 4.500 Marines de la 11th Marine Expeditionary Unit (11th MEU) en plus d’autres personnels de bord.

Le groupe amphibie de l’USS Boxer devrait rejoindre le porte aéronef de classe America USS Tripoli (LHA-7) accompagné des bâtiments de soutien aux opérations amphibies de classe San Antonio USS New Orleans (LPD-18) et USS San Diego (LPD-22).

Ces task forces pourraient être présentes sur zone début avril.

Faisabilité de l'affaire

La question qui se pose est la faisabilité de l’affaire.

La position géographique de l’île au fond du golfe persique est à la fois un avantage et un désavantage pour les Américains.

Le grand point positif réside dans la présence de nombreuses bases et facilités aériennes en Arabie saoudite et dans les Émirats du Golfe. Ces pays, échaudés par les frappes iraniennes sur leurs propres territoires, autorisent dans leur majorité les forces aériennes américaines à les utiliser pour frapper l’Iran. Ces avions peuvent apporter des appui-feux considérables à un corps expéditionnaire évoluant dans la zone.

Les autres facteurs favorables sont que la géographie de l’île en elle-même ne permet pas une défense ferme comme à Iwo Jima en 1945, l’aviation et la marine – y compris celles des pasdarans – ont été considérablement réduites.

Le point négatif est qu’il va falloir que cette force d’intervention franchisse le détroit d’Ormuz, mission hautement périlleuse car il est peu probable que les dernières frappes massives américaines contre les abris enterrés côtiers accueillant des missiles sol-mer aient neutralisé l’ensemble de ces armes. Ensuite, il faut remonter le golfe persique tout en restant à portée des batteries de missiles installé tout le long de la côte iranienne.

Bien que l’Histoire ne se renouvelle jamais, la bataille des Dardanelles (1915-1916) revient systématiquement dans les esprits avertis. En presque neuf mois, elle fit environ 250.000 morts dans les deux camps.

Si la prise de l’île de Kharg paraît facile (il est d’ailleurs envisageable que les Iraniens ne la défende même pas), les Américains n’ont pas assez de personnels et de matériels sur place pour envisager une opération terrestre – même avec l’écrasante supériorité aérienne – tout le long des côtes iraniennes du Golfe persique.

Il ne faut pas se faire d’illusions : sans même évoquer les pasdarans chargés de la mise en œuvre des missiles mer-sol, il ne suffirait pas uniquement de réduire des fortifications terrestres mais de faire face à des brigades blindées et mécanisées de l’armée régulière (Artesh) qui, bien supérieures en nombre, seraient engagées dans la bataille pour « défendre le territoire national. »

Cerise sur le gâteau, le mouillage de mines, avant ou après le passage de la flotte américaine (auquel cas elle se retrouverait dans le golfe Persique), semble toujours faisable à partir de bateaux civils.

Hésitations de la Maison Blanche ?

Par ailleurs, le président Donald Trump qui avait promis de frapper des infrastructures clé de la République islamique le 23 mars soir(1) a repoussé cette échéance de cinq jours.

En réponse à son ultimatum, selon l’agence de presse iranienne Fars, Téhéran avait menacé de fermer complètement le détroit d’Ormuz et de cibler « toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau appartenant aux États-Unis ».

Puis le président a évoqué des « négociations » avec un responsable iranien non-identifié.

Adoptant son double langage habituel, il a toutefois menacé de « continuer à bombarder allègrement » l’Iran si les négociations échouaient.

D’après le site d’informations américain Axios, le président du Parlement iranien (qui est le personnage qui monte actuellement(2)), Mohammad Bagher Ghalibaf, se serait entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ce que l’intéressé a formellement démenti : « aucune négociation n’a eu lieu avec les États-Unis, de fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés. »

Le 23 mars, le ministère iranien des Affaires étrangères a également nié « toute négociation avec les États-Unis au cours des 24 derniers jours de cette guerre imposée ». Par contre, il a admis avoir reçu via des « pays amis » des « messages transmettant une demande américaine de négociations » pour faire cesser le conflit.

Coïncidence, le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a officiellement promis à Téhéran l’aide d’Islamabad pour ramener la paix dans la région. Ayant de solides liens avec Washington, c’est peut-être le « pays ami » évoqué.

Trump réagit toujours en homme d’affaires soucieux de l’économie de son pays. Après ses menaces, les cours du pétrole avaient brutalement chuté de plus de 10% le 23 mars, ce qui n’arrangeait pas les producteurs américains. Cette dernière volte-face a permis au baril de Brent de la mer du Nord de repasser le 24 mars au-dessus des 100 dollars.

Pour sa part, M. Netanyahu s’est montré déterminé à continuer les frappes en Iran et au Liban.

(1) Voir : « Missiles vers la base US de Diego Garcia, une menace réelle ? » du 23 mars 2026.

(2) Voir : « Israël continue la liquidation des responsables iraniens » du 19 mars 2026.