Depuis le 2 septembre 2025, l’administration américaine s’attaque à ce qu’elle qualifie de « bateaux de trafiquants de drogue » dans les eaux au large de l’Amérique latine dans le cadre d’une campagne plus vaste dirigée contre les cartels de la drogue.
Au moins 145 personnes auraient été tuées lors de ces actions dont la première a eu lieu le 2 septembre 2025(1) mais les estimations varient selon les sources.
L’identité des victimes n’a jamais été officiellement divulguée au public et aucune preuve n’a été publiée pour étayer les allégations selon lesquelles elles étaient liées au trafic de drogue.
Des familles en Colombie et à Trinité-et-Tobago se sont manifestées pour reconnaître les victimes comme étant leurs proches. Parmi celles-ci, certaines étaient des pêcheurs ou des travailleurs saisonniers en transit entre le Venezuela et les îles voisines. Quelques familles ont porté plainte pour obtenir justice.
Par exemple, en décembre 2025, la famille du pêcheur disparu Alejandro Carranza a déposé une requête auprès de la Commission interaméricaine des droits humains et fin janvier, les proches de deux travailleurs de Trinidad-et-Tobago, Chad Joseph et Rishi Samaroo, ont déposé une plainte pour mort injustifiée devant un tribunal américain du Massachusetts.
Pour justifier ces opérations meurtrières, l’administration Trump a déclaré être en « conflit armé » avec des groupes de trafiquants de drogue dont plusieurs ont été qualifiés d’« organisations terroristes étrangères. »(2)
Cette nouvelle classification d’Organisation criminelles transnationales (OCT) permet aux États-Unis à recourir à la force militaire et à intervenir dans le cadre du mandat relatif à la « guerre contre le terrorisme » décrété après les attentats du 11 septembre 2001.
Les membres des cartels désignés sont considérés par les autorités américaines comme des terroristes, ce qui n’est pas étonnant quand on connaît leur cruauté – qui a même dépassé celle des bourreaux du groupe État Islamique (Daech) – et le danger qu’ils représentent pour la société en général et les populations civiles de leurs propres pays.
Des experts en droit international affirment qu’il n’existe aucun « conflit armé » et que l’administration Trump utilise plutôt la force militaire létale contre des activités criminelles.
Il est vrai que si en Europe les forces de l’ordre transformaient en chaleur et lumière des go-fast de trafiquants de drogue, cela constituerait d’énormes scandales juridiques, politiques et médiatiques. Mais la culture du peuple américain est différente.
Selon un sondage CBS News réalisé en janvier 2026, environ 53 % des Nord-américains interrogés approuvaient les frappes contre les bateaux soupçonnés de transporter de la drogue, tandis que 47 % les désapprouvaient.
Des responsables des Nations Unies ont appelé les États-Unis à cesser leurs actions militaires létales mettant en garde contre des violations de la Charte des Nations Unies.
Volker Turk, Autrichien haut-commissaire des Nations Unies aux droits humains a déclaré en octobre : « aucun des individus à bord des bateaux ciblés ne semblait constituer une menace imminente pour la vie d’autrui ni ne justifiait autrement le recours à la force armée létale à leur encontre au regard du droit international. »
Ben Saul, Australien rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits humains et la lutte contre le terrorisme a déclaré : « les États-Unis avouent leur 146e meurtre de civils en mer après leur 43e frappe militaire illégale contre de prétendus ‘narcoterroristes’ […] Les dirigeants américains doivent rendre des comptes devant la justice américaine ou internationale […] Cela montre que l’administration Trump ne respecte ni le droit international ni les conventions relatives à l’usage de la force […] Il est certain que tenter de contenir une superpuissance comme les États-Unis est une tâche extrêmement difficile […] Cela doit cesser de l’intérieur même des États-Unis. »
En effet, à deux reprises, le Sénat américain a voté contre des projets de loi qui auraient obligé la Maison-Blanche à obtenir le soutien du Congrès pour sa campagne de bombardements. En octobre, le premier projet de loi a été rejeté par 51 voix contre 48. En novembre, le second a été rejeté par 51 voix contre 49.
Des médias comme CNN et NBC News ont rapporté que les juristes militaires américains – connus sous le nom d’avocats généraux ou JAG – qui avaient remis en question la légalité de la campagne de bombardements avaient été écartés ou limogés. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait déclaré ne pas vouloir que les juristes militaires fassent obstacle à la politique de Trump.
Auparavant conseillère juridique adjointe au département de la Défense, où elle conseillait l’armée sur les questions de droit international, Mme Harrison, a affirmé que l’administration Trump avait délibérément affaibli les normes institutionnelles et les garanties juridiques destinées à prévenir les abus de pouvoir militaire. « Ils ont établi un plan pour ordonner à l’armée d’exécuter un ordre illégal sans rencontrer de résistance », a-t-elle déclaré. « Les garde-fous internes ont été supprimés. »
Les Conventions de Genève, pierre angulaire du droit humanitaire, interdisent également la violence militaire contre les « personnes ne participant pas activement » aux hostilités. Le recours par l’administration Trump à des frappes de « double tir » – consistant à mener une seconde attaque pour éliminer les survivants de la première – a soulevé des questions juridiques supplémentaires.
La Convention de La Haye interdit explicitement d’exécuter ceux qui pourraient autrement être faits prisonniers.
L’administration Trump a néanmoins nié que ses frappes violent le droit international ou national. Elle soutient plutôt que les navires détruits transportaient des stupéfiants mortels et que les trafiquants de drogue sont des « combattants illégaux » dont le transport de stupéfiants constitue une attaque directe contre les États-Unis.
Sean Parnell, porte-parole du Pentagone a déclaré : « nos opérations actuelles dans les Caraïbes sont légales au regard du droit américain et international, et toutes nos actions sont menées en parfaite conformité avec le droit des conflits armés […] Des juristes à tous les échelons de la hiérarchie ont été minutieusement impliqués dans l’examen de ces opérations avant leur exécution.»
Il convient de préciser que Trump n’est pas le premier président à susciter des inquiétudes quant à son recours excessif à la force militaire. Après les attentats du 11 septembre 2001, des présidents comme George W. Bush et Barack Obama ont ordonné des frappes militaires dans des pays tels que l’Irak, l’Afghanistan, la Somalie et le Yémen, dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme.» Ces deux présidents se sont appuyés sur des autorisations d’usage de la force militaire (AUMF) votées par le Congrès, rédigées de manière restrictive pour répondre aux attentats du 11 septembre. Mais ensuite, ces autorisations ont été étendues à un nombre croissant d’organisations et de conflits.
(1) Voir : « Les États-Unis détruisent pour l’exemple un go-fast venant du Venezuela » du 5 septembre 2025.
(2) Voir : « Donald Trump signe un décret classant les cartels de la drogue comme organisations terroristes » du 24 janvier 2024.
