Dans l’état actuel de tension entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, la situation est critique(1).

Mais, face au prépositionnement des forces américaines (et plus discrètement britanniques) sur des bases aériennes et en mer, Téhéran peut compter sur les «multiplicateurs de puissance» chinois et russes qui peuvent combler les avantages tactiques de l’Occident, particulièrement dans les domaines de la furtivité et de la précision des armes.

Après avoir déployé un destroyer de type 052D/L (Tangshan) et une frégate de type 054A (Daping) et un navire ravitailleur polyvalent (Taihu) formant le 48e groupe opérationnel d’escorte de la marine chinoise chargé d’« accompagner » le navire de renseignement Ocean No.1 (Dayang Yihao) en mer d’Oman, la Chine intensifie son soutien à l’Iran.

En janvier 2026, ces navires militaires avaient participé à l’exercice multinational « Désir de paix » mené en Afrique du Sud par les marines chinoise, russe, iranienne et sud-africaine.

À l’issue de ces manœuvres, ils ont effectué une escale de ravitaillement à la base de soutien chinoise de Djibouti, puis ont poursuivi leur route vers la mer d’Oman où ils devraient rejoindre l’Ocean No.1.

Officiellement, ils devraient en attente de participation à la huitième édition de l’exercice « Ceinture de sécurité maritime » regroupant des bâtiments chinois, iraniens et russes devrait se dérouler dans la zone nord de l’océan Indien/mer d’Oman à la mi-février.

Il convient de souligner que l’Ocean No.1 est le premier navire chinois de recherche océanographique lancé officiellement pour l’exploration scientifique des grands fonds marins. Mais surtout, il est capable de capter les émissions électroniques (RF, radar, communications) des navires et aéronefs évoluant à proximité y compris le COMINT (renseignement sur les communications) et l’ELINT (renseignement électronique sur les signaux non liés aux communications.)
Il semble donc évident qu’il surveille les mouvements des navires et sous-marins de l’US Navy déployés sur zone et peut répercuter ces informations sur Téhéran.

Parallèlement à cette surveillance, Pékin a rendu publiques des photographies satellitaires géolocalisées de bases américaines dans la région.

Que cherche à faire Pékin ?

En déployant son navire de renseignement sous escorte et en publiant des images géolocalisées de sites militaires américains, Pékin pratique une sorte de transparence mesurée : révéler juste assez d’informations pour dissuader toute escalade.
Une approche similaire avait été adoptée vis-à-vis du Pakistan lors des affrontements d’avril-mai 2025(2) : il ne s’agit pas de mener des guerres au nom de ses partenaires mais de s’assurer qu’ils ne puissent être ni aveuglés ni isolés par des forces adverses.

D’ailleurs, la Chine est aussi passée à un soutien systémique à l’Iran.

Le développement le plus important a été le déploiement du radar de surveillance à longue portée YLC-8B en Iran. Ce n’est pas uniquement un geste « cosmétique » mais plutôt une menace fondamentale pour les doctrines tactiques occidentales et israéliennes.

Ce système fonctionne à la fréquence UHF et utilise des principes physiques pour rendre les capacités furtives des avions de cinquième génération (comme le F-35 Lightning II) caduques.
Par ailleurs, la Chine tout en accélérant la livraison de radars YLC-8B, aurait également délivré des systèmes de défense sol-air à longue portée QG-9B.

En échange, Pékin reçoit du pétrole brut iranien bradé de 10 $ à 15 $ le baril.

Pour plutôt le choix chinois que russe ?

La raison pour laquelle l’Iran s’est tourné vers la Chine pour obtenir de l’aide est le résultat des retards répétés de la Russie dans la vente de systèmes S-400 Triumf sans compter qu’ils n’ont pas vraiment fait le poids face à l’armement occidental/américain comme l’ont démontré les guerres d’Ukraine, de Syrie, du Venezuela et d’Iran.

Mais il est possible de dire qu’aujourd’hui les systèmes iraniens anti-navires et de défense aérienne, soutenus par le renseignement chinois, peuvent détecter les menaces presqu’en temps réel.

Les autres nouveautés

Cette ceinture de défense devrait être encore plus sûre dans l’avenir avec l’adoption probable par l’Iran du système de navigation par satellite chinois BeiDou, remplaçant le GPS américain qui – comme par hasard -, n’a pas correctement fonctionné lors de la «guerre des douze jours» menée en juin 2025 contre Israël et les États-Unis.

La Chine pense utiliser son système BeiDou dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer la souveraineté numérique iranienne en remplaçant les logiciels occidentaux par son propre système, beaucoup plus difficile à pénétrer.

Dans le domaine de la guerre secrète, Pékin considère les succès passés du Mossad dans la pénétration de l’Iran comme une menace directe pour ses propres intérêts économiques et son initiative « la Ceinture et la Route. »
Pour parer à cela, la Chine a pris plusieurs mesures concrètes, notamment un soutien technologique et sécuritaire à l’Iran.
En janvier 2026, Pékin a commencé à mettre en œuvre une stratégie visant à remplacer la technologie occidentale en Iran par des systèmes chinois fermés et « difficiles à pénétrer », et à fournir à Téhéran des programmes avancés de cybersécurité et d’intelligence artificielle afin de déceler les vulnérabilités face aux opérations du Mossad.

La stratégie de « pression maximale » de Washington se voit donc contournée par une stratégie d’intégration maximale entre Téhéran, Pékin et, dans une moindre mesure Moscou.

La Chine met également à profit son appartenance aux BRICS et à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pour apporter un soutien diplomatique à Téhéran et renforcer sa résistance aux pressions occidentales. Mais elle encourage aussi le dialogue politique avec Téhéran, se félicitant de la reprise des négociations irano-américaines à Mascate (Oman) en février 2025. En effet, Pékin reste soucieux d’éviter un conflit ouvert qui pourrait menacer l’approvisionnement en pétrole venant du Golfe. C’est pourquoi la Chine appelle constamment à la retenue et à un retour aux solutions diplomatiques afin d’éviter des « conséquences catastrophiques » pour l’économie mondiale (et surtout la sienne.).
Mais la Chine tient à maintenir une coopération militaire stratégique avec son allié iranien comme en témoignent les exercices navals conjoints qui doivent être menés par la Chine avec l’Iran et la Russie à la mi-février 2026 dans le nord de l’océan Indien.

L’assistance de Moscou avec Téhéran – qui exclue un accord de « défense mutuelle » de manière à éviter d’être entraîné dans une guerre non voulue – lui permet toutefois de maintenir une épine dans le pied des Occidentaux détournant une partie de leurs ressources destinées à la guerre en Ukraine.

Toute attaque contre le territoire iranien fait maintenant face à un mur de capteurs chinois et à une alliance russe qui ont maintenant dépassé le point de non-retour. Le Moyen-Orient a peut-être officiellement perdu la maitrise totale de son espace aérien incontesté.

(1) Voir : « La tension monte au Proche-Orient » du 27 janvier 2026.
(2) Voir : « L’Inde annonce la mort d’un terroriste pakistanais » du 12 mai 2025.