Le cessez-le-feu de 72 heures annoncé le 21 janvier par le ministère syrien de la Défense a ensuite été prolongé de quinze jours en raison du transfèrement de milliers de détenus de Daech des prisons jusque là gérées – et abandonnées – par les FDS vers des centres de détention situés en Irak(2). Ce mouvement de prisonniers effectué par les forces américaines – et vraisemblablement françaises et britanniques – est extrêmement complexe à organiser car il convient d’abord de trouver les structures carcérales capables de les accueillir sur les plans politique, logistique et sécuritaire. À noter que seuls des prisonniers masculins sont concernés, les familles et les enfants restant pour l’instant dans leurs camps de regroupement dans le nord-est de la Syrie.
Là aussi, un énorme problème logistique et humanitaire se pose car la relève des gardiens des FDS par des membres des forces gouvernementales se fait progressivement.
Selon le journaliste Wassim Nasr, l’accord de 2026 accorde aux Kurdes des avancées significatives par rapport aux versions antérieures du texte. Il garantit en théorie leurs droits nationaux, civils et éducatifs, ainsi que le retour de tous les déplacés dans leurs régions d’origine.
Mais les activistes non kurdes syriens doivent quitter le pays dans les plus brefs délais (vraisemblablement vers l’Irak du Nord.)
Par contre, comme prévu, les forces de sécurité syriennes sont entrées le 1er février dans al-Hasakah (Hassaké) et Qamishli (Qamichli). Les garnisons kurdes qui accompagnent le mouvement puis devront se retirer vers des cantonnements qui n’ont pas été dévoilés.
À noter que les FDS ont décrété un couvre feu dans les villes d’Hassaké et de Qamichli que les populations à majorité arabe n’ont pas respecté. Des tirs ont alors eu lieu sans trop savoir d’où ils provenaient.
À partir du 2 février, les sites pétroliers de Rumeilan et de Sweida devaient être transférés au ministère de l’Énergie. Les personnels y travaillant doivent être intégrés à ce même ministère.
Le 3 février, c’est l’aéroport de Qamishli qui a été évacué par les forces russes après la visite du président intérimaire al-Charaa à Moscou le 28 janvier, doit être remis à l’Autorité de l’aviation civile.
Parallèlement, une unité de garde-frontières gouvernementale sera dépêchée au poste de Semalka qui fait la jonction entre le Kurdistan syrien (le Rojava) et le gouvernement régional du Kurdistan irakien dirigé par le Parti démocratique du Kurdistan (Kurdistan Democratic Party ou KDP.)
L’espoir d’un Kurdistan autonome situé à cheval sur la Syrie et l’Irak s’évanouit une nouvelle fois.
Il est ensuite prévu que l’armée syrienne se retire vers Shaddadi (Al-Chaddadeh), mais après avoir nettoyé la zone de Daech, ce qui devrait prendre un « certain temps ».
Par la suite, les institutions dépendant de l’Administration autonome kurde dont les forces de sécurité intérieure « Asayîşh » (comparables à la police) devraient être intégrées aux institutions étatiques et ses employés devraient être titularisés.
Il est aussi prévu de former une division militaire de 16.000 combattants composée de trois brigades déployée dans la région d’Hassaké et d’une brigade de 6.000 combattants dans le district d’Ayn al-Arab (Kobané.) L’ensemble reprendrait les effectifs des YPG et YPJ.
L’accord prévoit la nomination de responsables clés kurdes tels que le gouverneur d’Hassaké, le ministre adjoint de la Défense et le directeur adjoint de la sécurité de la région, les FDS proposant les nominations à Damas qui a déjà désigné Marwan al-Ali (ancien directeur de la sécurité criminelle) comme le directeur de la sécurité local.
Et la Turquie ?
Selon le journaliste Georges Malbrunot, en ce qui concerne la Turquie, elle affirme que sa présence militaire se poursuivra dans le nord de la Syrie jusqu’à ce que ses objectifs sécuritaires et politiques soient atteints. Depuis la chute de Bachar el-Assad, Ankara veut que l’autorité de l’État syrien soit pleinement rétablie sur l’ensemble du territoire, que la sécurité de la frontière turque soit garantie sans menaces transfrontalières, et que les « organisations terroristes » (NdA : comprendre le Parti de l’union démocratique – PYD – et ses branches militaires YPG et YPJ) soient totalement éliminées avant d’envisager un retrait.
Le gouvernement syrien devra assumer l’entière responsabilité administrative et sécuritaire dans les zones d’opérations, tout en précisant que les forces turques resteront dans leurs bases jusqu’à ce que ces conditions soient remplies.
(1) Voir : « Les Kurdes des Forces démocratiques syriennes sont enfoncés par l’Armée nationale syrienne » du 19 janvier 2026.
(2) Voir : « Syrie : évasion en masse de prisonniers du groupe État Islamique » du 21 janvier 2026.