Le Conseil de transition du Sud (Southern Transitional Council, STC) soutenu par les Émirats arabes unis (EAU) avait conquis en décembre les provinces d’Hadramaout et d’Al-Mahra chassant les forces de l’Alliance des tribus du Hadramaout (HTA) dirigées par Amr bin Habresh» et les unités de la 1ère région militaire dépendant du gouvernement officiellement reconnu sur la scène internationale depuis 2022 : le « Conseil de direction présidentiel » ( Presidential Leadership Council, PLC.)

Le chef du STC, le général Aiderous al-Zubaidi (mais également vice-président du PLC…) a pensé un temps pouvoir recréer l’indépendance d’un État du sud(1).

Ces évènements ont ouvert une nouvelle phase du conflit au Yémen qui perdure depuis 2014 avec au final la partition du pays entre les rebelles houthis au Nord-ouest (soutenus secrètement par l’Iran), les forces du PLC à l’Est et au Nord (soutenu officiellement par l’Arabie saoudite) et le STC au Sud (soutenu par les Émirats arabes unis.)

Cela a été une surprise pour beaucoup d’observateur mais encore plus pour le STC et les EAU : l’Arabie saoudite s’est ressaisie le 25 décembre exigeant que les forces du STC se retirent des régions conquises dans les gouvernorats d’Hadramaout et de Mahra.
Devant le refus de s’exécuter, le lendemain l’Arabie saoudite a mené deux frappes aériennes sur des positions des séparatistes dans le Wadi Nahb à Hadramaout.
Le 30 décembre, l’Arabie saoudite à la tête d’une « coalition » appelée « Bouclier national » a conduit une frappe aérienne contre deux navires des EAU dans le port d’al-Mukalla et une importante cargaison d’armes et de véhicules blindés destinés au STC.

Le 31 décembre, le STC a commencé à se replier vers l’ouest.
Le 2 janvier, le président du Conseil de direction présidentiel depuis 2022, Rachad al-Alimi, a ordonné au gouverneur de l’Hadramaout, de prendre le commandement des forces du « Bouclier national » dans le gouvernorat et de lancer une opération militaire pour reconquérir de toutes les bases militaires contrôlées par le STC. Le même jour, l’Armée de l’air saoudienne mène des frappes aériennes à Al Khasha’ et Say’un.
Le 3 janvier, les forces militaires alignées avec l’Arabie saoudite ont publié une déclaration affirmant avoir sécurisé toutes les installations militaires et civiles à travers Al Moukalla, la principale ville de l’Hadramaout.
Le 4 janvier, les forces yéménites ont annoncé que les forces du « Bouclier national » ont repris l’ensemble du gouvernorat d’Hadramaout.

Le 7 janvier, les forces gouvernementales yéménites ont pénétré dans la capitale du STC, Aden, dans le contexte de l’effondrement des forces du STC.
À la fin de la journée, les forces gouvernementales yéménites contrôlaient totalement tous les districts du gouvernorat d’Aden.

Mohammed Ben Salmane avait précédemment « invité » les autorités du Sud à Riyad pour « négocier ». Après avoir accepté la « convocation », al-Zubaidi, a refusé d’embarquer dans l’avion à la dernière minute.
Dans la nuit du 6 au 7 janvier, il aurait rejoint Abou Dhabi aux EAU via Berbera (Somaliland) puis Mogadiscio (Somalie).
La délégation de 50 membres qu’il devait présider est arrivée à Riyad le 7 janvier. Mais elle est désormais « retenue. »
À sa tête, le secrétaire général STC, Abdulrahman al-Subaihi, a lu une déclaration préparée par ses « hôtes » : « nous annonçons la dissolution du Conseil de transition du Sud » Elle a aussi promis « un engagement à œuvrer pour la réalisation de notre objectif pour le Sud, en préparant une conférence globale sur le Sud sous les auspices du Royaume d’Arabie saoudite. »
Toutefois, le porte-parole du STC, Anwar al-Tamimi, qui se trouve à Abu Dhabi, a rejeté l’annonce faite par l’Arabie saoudite : « cette nouvelle est ridicule », a-t-il dit à l’AFP.

Sur le plan politique, le Conseil présidentiel yéménite (PLC) a destitué al-Zubaidi de son poste de vice-président (il est l’un des six) et l’a formellement accusé de trahison nationale – une décision qui n’a pu être prise que sur instruction de Ben Salmane. Elle signifie la fin probable du PLC déjà fragile.
Le royaume ne s’était pas opposé aux ambitions du Sud mais il a refusé le chaos à sa frontière. La manœuvre audacieuse qui a permis aux forces du STC de saisir les gouvernorats d’Hadramaout et d’al-Mahra qui bordent l’Arabie saoudite a été ressentie comme une menace par le régime saoudien.

Pendant ce temps, les Houthis soutenus par l’Iran se réjouissent de cette rupture. Les médias houthis ont ainsi décrit l’effondrement de la coalition comme la confirmation d’une affirmation de longue date: qu’elle n’a jamais constitué un front cohérent, mais une alliance temporaire destinée à disparaitre.

Et la suite ?

L’Arabie saoudite veut s’affirmer comme une puissance régionale. Pour cela, elle s’oppose via proxies aux Émirats arabes unis. Ces derniers ne peuvent pas abandonner leur mandataire yéménite sans perdre en crédibilité partout ailleurs où ils opèrent.
Au Yémen, Riyad a l’avantage mais à l’international la situation est bloquée et le monde arabo-musulman est plus que jamais divisé.

(1) Voir : « Yémen : vers une nouvelle partition ? » du 15 décembre 2025