L’ancien OT américain purgeait une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pour haute trahison.
Ames arrêté par le FBI le 21 février 1994, il a été condamné le 28 avril 1994 après avoir été reconnu coupable d’avoir vendu des informations secrètes à l’Union soviétique puis à la Russie.
Il aurait compromis plus d’une centaine d’opérations clandestines de la CIA et révélé l’identité de plus de trente sources travaillant pour l’Occident. Cela aurait provoqué la mort d’une dizaine d’agents de renseignement travaillant pour le compte de la CIA et du FBI qui auraient été exécutés. À noter que plusieurs de ses taupes avaient par ailleurs été repérées par le contre-espionnage de l’URSS qui était extrêmement suspicieux – ce qui ne retire en rien à la gravité de sa trahison -.
Comment a-t’il été recruté ?
Le 16 avril 1985, il s’est tout simplement présenté à l’ambassade d’URSS à Washington DC. Il a remis une enveloppe contenant les noms de trois Russes qui avaient été recrutés par le FBI aux États-Unis, des documents prouvant sa propre appartenance à la CIA et un mot exigeant 50.000 dollars.
Il pensait que cette initiative ne serait que ponctuelle lui permettant de franchir une mauvaise passe financière. En fait, accroché par l’appât du gain, il a travaillé pour les services secrets soviétiques puis russes jusqu’à son arrestation neuf ans plus tard…
Selon la méthodologie qui est la même dans tous les grands services secrets, le KGB a d’abord vérifié qu’il n’était la victime d’une provocation ou d’une désinformation car l’affaire paraissait trop belle. Une fois son environnement fait, une procédure de liaisons clandestines avec des OT soviétique a été mise en place, en particulier en utilisant des « boîtes aux lettres morte. »
Pour son dossier, le nom de code « Kolokol » (La Cloche) lui a été attribué.
Durant ses neuf années d’activité, il a livré à Moscou de nombreux renseignements secrets que sa position professionnelle lui permettait de détenir dont l’identité de pratiquement toutes les sources de la centrale américaine travaillant en Union soviétique.
Sa motivation
Dans le domaine de la recherche par moyens humains (HUMINT), tous les services utilisent comme leviers les moyens répondant à l’abréviation MICE (Monnaie, Idéologie, Compromission, Ego.) Ames a essentiellement travaillé pour de l’argent même s’il n’est pas exclu que – comme pour tout être humain – l’ego n’ait pas joué un rôle. La compromission (les preuves de sa trahison étaient nombreuses et répertoriées) servait uniquement à l’empêcher de faire demi-tour, ce qui aurait été possible un « agent double » intéresse toujours les service de manière à pouvoir abreuver l’adversaire en fausses informations.
Il a été largement rétribué pour ses services recevant un total d’environ 2,5 millions de dollars (certaines sources font état du double.)
Cet argent lui a permis de vivre grand train : achat d’une voiture Jaguar pour 60.000 dollars plus une maison à Arlington (Virgine) pour 540.000 dollars, vacances à l’étranger, communications téléphoniques mensuelles de plus de 6.000 dollars comprenant de nombreux appels effectués par son épouse dont la famille habitait en Colombie… Il lui aurait même été promis une datcha près de Moscou le jour où il passerait à l’Est.
À ceux qui s’étonnaient de ses dépenses, il assurait que sa femme avait fait un gros héritage en Colombie. Il est étonnant que le service de sécurité de la CIA n’ait pas vérifié cette allégation…
Sa carrière
Son père, analyste à la CIA, l’a coopté après qu’il ait abandonné ses études universitaires en 1962. Les services apprécient généralement recruter les membres d’une même famille car cela simplifie les enquêtes de sécurité.
En 1969, il a épousé une collègue de la CIA, Nancy Segebarth avant d’être envoyé en poste en Turquie comme officier traitant (OT).
Il est rentré au bout de trois ans – une durée normale pour un séjour d’un OT à l’étranger – mais son mariage a commencé à battre de l’aile en particulier à cause de son alcoolisme chronique.
Malgré plusieurs violations de sécurité survenues au fil des ans, notamment en ayant oublié une mallette contenant des informations classifiées dans un métro, Ames a tout de même été affecté de nouveau en poste à Mexico en 1981.
C’est là qu’il a rencontré sa seconde épouse, Maria del Rosario Casas Dupuy, attachée culturelle de l’ambassade de Colombie mais recrutée comme agent de la CIA.
Ayant divorcé de sa première épouse, il est rentré aux États-Unis en 1983 avec sa nouvelle compagne.
Ames a été nommé chef du département de contre-espionnage soviétique de la CIA…
C’est à ce moment là qu’il a commencé à avoir de sérieux problèmes d’argent car, en plus de devoir payer une pension alimentaire conséquente à sa première épouse, il devait financer la vie dispendieuse de la seconde.
C’est pour cela qu’il s’est présenté le 16 avril 1985 à l’ambassade d’URSS à Washington sans que la surveillance US de la représentation diplomatique ne le détecte.
Il faut dire que les représentations diplomatiques soviétiques n’employaient pas de personnels locaux. La surveillance interne aux bâtiments était donc plus difficile à réaliser pour le FBI. La surveillance externe a été à l’évidence défaillante…
Donnant satisfaction à sa hiérarchie, il a été nommé à Rome de 1986 à 1989. À son retour à Langley, il est devenu chef de la section Europe de l’Ouest au sein de la Division Union soviétique/Europe de l’Est de la direction des Opérations de la CIA. Il s’est occupé brièvement de la Tchécoslovaquie de décembre 1989 à août 1990 puis, de septembre 1990 à août 1991, il a appartenu à la cellule chargée de l’analyse concernant l’URSS au centre de contre-espionnage de la CIA. Il a présidé le groupe de travail sur le KGB de septembre à novembre 1991 qui se disloquait peu à peu.
À partir de décembre 1991 et jusqu’à son interpellation le 21 février 1994, Ames a travaillé au centre anti-drogue de la CIA, ce qui représentait moins d’intérêt pour ses traitants russes du SVR, l’ancien Premier Directorat du KGB chargée du renseignement à l’étranger, hors des pays de l’ex-URSS qui sont restés l’apanage du FSB (contre-espionnage.)
Ames a accepté de coopérer avec les enquêteur en échange d’un accord de clémence en faveur de Rosario qui n’a été condamnée qu’à cinq ans de prison. Elle avait avoué avoir été parfaitement au courant des relations de son mari avec le KGB – et au minimum l’avait soutenu dans ses activités clandestines -.
Ce serait le transfuge Alexander Zaporojsky, ancien colonel chef du Premier Département de la Direction du contre-espionnage extérieur du SVR jusqu’en 1997, qui avait donné des informations aux Américains ayant contribué à l’arrestation d’Aldrich Ames et de Robert Hanssen (Agent spécial du FBI condamné à la prison à vie en 2002 et mort en détention en 2023.)
Ames ne semble jamais avoir éprouvé de remords pour sa trahison qui a conduit des Russes à la mort.
Le plus célèbre est le major-général du GRU Dmitri Poliakov.
Arrêté à Moscou par le KGB en 1986, il était considéré comme « le joyau de la couronne », par James Woolsey, directeur de la CIA. Il a été exécuté le 15 mars 1988.
Ames aurait déclaré seulement regretter avoir été pris mais pas d’avoir été espion [pour le compte de Moscou].
Les affaires qui se dévoilent actuellement(1) ne sont que la continuation de ce qui se passait pendant la Guerre froide, mais avec des moyens techniques beaucoup plus sophistiqués. Il n’empêche que la base du « métier » reste – comme depuis l’Antiquité – le renseignement d’origine humaine ; pour parler comme dans les films : le recrutement d’« espions ».
(1) Voir : « Affaire d’espionnage en Grande-Bretagne » du 27 septembre 2023.