Le cargo chinois reçoit sur son pont divers containers aux destinations diverses comme une sorte de « jeu de Lego. »
En dehors du côté propagandiste, les Chinois ayant exposé ce cargo aux vues de tout le monde, deux questions se posent :
. est-ce un pur montage destiné à impressionner l’étranger ?
. et si ce montage est réel, quelle est sa menace et son efficacité opérationnelle?
Une première version du navire a été présentée armée d’une soixantaine de cellules de lancement de missiles containérisés.
Ce concept de containers armés est déjà connu dans de nombreux pays : États-Unis, Corée du Nord, Iran, etc.
Cela permet de déployer discrètement des batteries de missiles majoritairement à terre. La navalisation de tels systèmes d’armes, si elle est moins discrète (elle peut être détectée à l’embarquement) est tout de même intéressante par la multiplication des navires armés qui peut saturer les systèmes de surveillance adverses. Il se pose tout de même la légalité de cette façon de procéder vis-à-vis des lois internationales … qui, de toutes façons sont bien bafouées depuis des années sans que personne n’y puisse rien.
Le pont du cargo est donc recouvert de containers – contenant chacun quatre lanceurs verticaux – installés sur cinq rangées dans la longueur et trois dans la largeur. Cela donne au navire une capacité de 60 cellules de lancement verticales.
En théorie, ces cellules peuvent contenir de nombreux types de missiles : mer-mer, mer-sol, mer-air. La composition peut également être panachée.
Un grand radar à balayage électronique rotatif est installé juste à l’avant de la passerelle, sur trois conteneurs, ainsi qu’un autre radar ou système de communication sous dôme, monté sur deux conteneurs de l’autre côté du pont.
Il y a à proximité de la proue au-dessus de deux conteneurs un système d’arme de défenses rapprochée (CIWS) Type 1130 de 30 mm.
Des lanceurs de leurres Type 726 montés sur deux autres conteneurs sont installés plus bas de par et d’autre.
Les grands modules cylindriques semblent être des radeaux de sauvetage d’urgence, probablement nécessaires en raison de l’effectif accru de l’équipage pour la mise en œuvre d’un tel armement.
Utilité tactique
Un système anti-aérien pourrait s’avérer utile pour assurer une bulle de sécurité autour d’une une zone donnée. Le cas d’une opération de débarquement à Taïwan vient tout de suite à l’esprit.
Même chose pour les missiles mer-mer et mer-sol qui pourraient appuyer une opération navale de ce type.
Version dronisée du même cargo
Une seconde version est venue remplacer la précédente à quelques jours d’intervalle.
Il s’agit d’un lanceur de drones de combat qui mettrait en œuvre un système de lancement électromagnétique (EMALS, ElectroMagnetic Aircraft Launch System) modulaire et mobile (toujours le type « Lego ».)
Concernant le système de catapultage, trois véhicules reliés en « train » pour former le rail de lancement ont d’abord été vus à quai. Un drone prêt au décollage était monté sur le véhicule arrière.
Une fois à bord, il s’agit exactement de la même configuration que celle observée à quai à l’exception de l’ajout d’un quatrième véhicule de catapultage.
La longueur de l’aire de lancement pourrait vraisemblablement être adaptée aux types d’aéronefs lancés.
Les drones semblent être le nouveau Type-X CCA/UCAV dévoilé cette année.
Le système de catapulte étant désormais installé à bord, d’importantes modifications de configuration ont été apportées au navire pour l’intégrer aux containers de missiles. Seuls dix d’entre-eux ont été conservé à bord afin de laisser la place au système de catapultage et éventuellement, pour d’autres drones.
Le système d’arme rapprochée (CIWS) Type 1130 de 30 mm, le radar à balayage électronique de grande taille et les autres systèmes de capteurs et de communications montés sur conteneurs ont toutefois été conservés.
Par contre, le conteneur situé à tribord du CIWS de 30 mm, qui abritait des lanceurs de leurres et des radeaux de sauvetage, a disparu. On ignore si celui de bâbord est toujours présent.
Quoi qu’il en soit, en théorie, dans cette configuration de lancement de drones, le navire serait toujours capable de se défendre correctement.
Des doutes sur la faisabilité de ce système
La question de l’efficacité du système de lancement de drones sur un navire ballotté par le roulis et le tangage, ainsi que sa résistance aux conditions maritimes difficiles car il est exposé sur le pont, est problématique.
De plus, un tel système nécessiterait une puissance considérable pour propulser un drone à ailes en flèche relativement lourd sur une distance aussi courte. De plus, le drone doit pouvoir supporter la violence du mouvement de la catapulte.
Aucune disposition n’est prévue pour la récupération des drones une fois leurs missions terminées. À moins de pouvoir amerrir avec des parachutes et des coussins gonflables puis d’être repêchés, remis en état et réutilisés (opérations difficiles à réaliser sur ce seul navire), les drones seraient à mission unique.
Mais cette démonstration de Pékin est un message : « nous pouvons rapidement transformer notre vaste flotte commerciale en navires de combat de surface et en porte-drones de pointe. »
La Chine, avec son immense flotte commerciale et ses gigantesques capacités de construction navale, pourrait développer ce concept au point de devenir un problème majeur pour les États-Unis et ses alliés.
Cela dit, ce type de navire est extrêmement vulnérable d’autant que la configuration même des armements en fait de véritables bombes flottantes à l’équilibre très instable…
(1) Voir : « Missiles iraniens tirés depuis des containers en mer » du 16 février 2024.