Le 10 janvier, un commando de cinq Gardiens de la Révolution iraniens s’est emparé du pétrolier grec « St Nicolas » battant pavillon des îles Marshall (mais opéré par la société américaine « Empire Navigation ») dans le Golfe d’Oman à proximité du port de Sohar.

Le navire a été contraint de rejoindre un port iranien.

Les médias iraniens ont affirmé que cette prise était une réponse à une saisie par la marine américaine en avril 2025 du même cargo mais qui portait alors le nom de Suez Bajan. Il avait été confisqué ainsi que sa cargaison.

Cette dernière attaque ajouté à la vague de missiles et de drones houthis qui a été repoussée par les marines américaine et britannique en mer Rouge le 9 janvier(1) ont finalement provoqué une réaction militaire qui avait été annoncé à l’avance.

À savoir que le 11 janvier vers 02 h 30 (heure de Sanaa), les États Unis et le Royaume-Uni, avec le soutien de l’Australie, du Canada, des Pays-Bas et de Bahreïn, ont mené des frappes contre les installations des Houthis au Yémen. Ces frappes ont été effectuées depuis des plates-formes aériennes, de surface et sous-marines.

La déclaration officielle de Washington est la suivante : « à la lumière des attaques illégales, dangereuses et déstabilisatrices des Houthis soutenues par l’Iran contre des navires américains et internationaux et des navires commerciaux de nombreux pays transitant légalement par la mer Rouge, aujourd’hui les militaires des États-Unis et du Royaume-Uni, avec le soutien de l’Australie, Bahreïn, le Canada et les Pays-Bas ont mené des frappes contre des cibles militaires dans les zones du Yémen contrôlées par les Houthis. Cette action vise à perturber et à dégrader la capacité des Houthis à mettre en danger les marins et à menacer le commerce mondial dans l’une des voies navigables les plus critiques du monde. L’action de la coalition envoie un message clair aux Houthis : ils supporteront des coûts supplémentaires s’ils ne mettent pas fin à leurs attaques illégales. Les frappes d’aujourd’hui ont ciblé des sites associés aux drones, aux missiles balistiques et de croisière des Houthis ainsi qu’aux capacités de radars côtiers et de surveillance aérienne. Les États-Unis maintiennent leur droit de légitime défense et, si nécessaire, nous prendrons des mesures de suivi pour protéger les États-Unis. Depuis le 19 novembre, les Houthis ont lancé plus d’une vingtaine d’attaques contre des navires, y compris des navires commerciaux, créant un défi international qui exige une action collective. Aujourd’hui, une coalition de pays déterminés à maintenir l’ordre international fondé sur des règles a démontré notre engagement commun à défendre les États-Unis et les navires internationaux et les navires commerciaux exerçant des droits et libertés de navigation contre des attaques illégales et injustifiables […] Le 11 janvier à 2 h 30 (heure de Sanaa), les forces du commandement central des États-Unis, en coordination avec le Royaume-Uni et avec le soutien de l’Australie, du Canada, Les Pays-Bas et Bahreïn ont mené des frappes conjointes sur des cibles Houthis afin de dégrader leur capacité à poursuivre leurs attaques illégales et imprudentes contre les navires américains et internationaux et les navires commerciaux dans la mer Rouge ».

Les actions visaient effectivement des systèmes radar Houthis, les sites de stockage et de lancement de drones, de missiles balistiques et de croisière.

Quinze Super Hornet du porte-avions Eisenhower et de nombreux missiles mer-sol ont été employés.

Il est possible que le sous-marin USS Florida qui est l’un des quatre sous-marins à missiles guidés de l’US Navy ait participé à cette frappe.

Des frappes ont été signalées dans la capitale Sanaa, dans le port houthi de Hudaydah sur la mer Rouge, à Dhamar et dans le bastion houthi de Saada, au nord-ouest.

En ce qui concerne la Grande Bretagne, quatre avions Typhoon – appuyés par un avion de ravitaillement Voyager – ont largué des bombes Paveway IV sur deux installations militaires utilisées par les Houthis pour lancer des frappes de drones et de missiles. L’aéroport d’Abbs près de la ville de Bani était la cible principale.

Les quatre Typhoons de la RAF ont décollé de la base de la RAF Akrotir sur l’île de Chypre et ont exécuté une mission de bombardement à longue distance (4.800 kilomètres aller-retour en survolant l’Egypte et la mer Rouge).

Le secrétaire à la Défense américain Lloyd Austin a publié la déclaration suivante : « cette action vise spécifiquement à perturber et à dégrader les capacités des Houthis de menacer le commerce mondial et d’assurer la liberté de navigation dans l’une des voies navigables les plus critiques du monde. Les cibles sélectionnées se concentrent spécifiquement sur le radar de missiles Houthis, les capacités des drones, les capacités qui sont essentielles à la campagne menée par les Houthis contre la navigation commerciale dans les eaux internationales. Cette réponse collective fait suite à l’une des plus grandes attaques des Houthis dans la mer Rouge à ce jour. Plus tôt cette semaine, le mardi 9 janvier, près de 20 drones et plusieurs missiles ont été lancés directement contre des navires américains. Cette attaque a été déjouée par les forces navales américaines et britanniques travaillant conjointement dans le cadre de l’opération Prospérité Guardian ».

En réaction, les responsables Houthis ont averti que les États-Unis et le Royaume-Uni « paieraient un lourd tribut » pour cette « agression flagrante ».

Le président américain Joe Biden a mis en garde contre d’éventuelles mesures supplémentaires visant à « protéger notre peuple et la libre circulation du commerce international ».

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a déclaré que les frappes étaient « nécessaires et proportionnées ».

Les Pays-Bas, l’Australie, le Canada et Bahreïn ont apporté leur soutien dans le cadre de la mission L’Arabie Saoudite dit suivre la situation avec « une grande inquiétude ».

En prévision de réactions yéménites mais aussi de proxies iraniens, les bases et installations américaines et alliées au Proche-Orient ont été mises en état d’alerte.

Les bases en Irak et en Syrie, qui subissent régulièrement des attaques de milices alignées sur l’Iran risquent d’être encore plus menacées.

Bien plus proche de l’action, le vaste camp Lemonnier à Djibouti se trouve à seulement 160 kilomètres des côtes yéménites et peut faire l’objet d’attaques à grande échelle directement de drones et de missiles houthis.

La principale raison pour laquelle les États-Unis ontattendu si longtemps pour frapper les Houthis est la crainte d’extension d’un conflit au moment où la région court déjà un grand risque de déstabilisation à cause de la guerre entre Israël et le Hamas.

Les jours à venir seront remplis d’incertitude, mais ce qui est certain, c’est que les Houthis viennent de faire face aux conséquences de leurs actions menées en mer Rouge et qu’ils en avaient été avertis depuis des semaines.

 

1. Voir : « Importante attaque houthie en mer Rouge repoussée » du 11 janvier 2024.

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Texte

Alain Rodier