Toute l’attention médiatique est aujourd’hui focalisée sur la guerre qui se déroule en Israël, les rédactions délaissant le conflit russo-ukrainien au grand désespoir de Kiev qui craint une lassitude de l’Occident constamment démentie par différents gouvernants mais l’Europe se divise désormais sur le sujet.

Même Washington a déclaré que la Maison-Blanche n’aurait plus d’argent pour l’Ukraine à la fin de l’année… Vraisemblablement une déclaration à inscrire dans les jeux de la politique interne aux États-Unis avant l’élection présidentielle de 2024 ).

Tout cela se fait à la satisfaction de Moscou qui peut « faire sa cuisine » plus discrètement.

Ainsi, le président Vladimir Poutine de demandé à ce que les effectifs des forces armées soient augmentés de 15%. Cela n’aura pas une traduction immédiate sur le terrain mais comme enfin tout le monde semble enfin l’admettre, la guerre va être longue et aucune perspective de paix n’apparaît pour 2024.

En plus de l’augmentation des personnels disponible, l’industrie armurière russe a atteint un rythme de croisière élevé en ce qui concerne la fabrication de véhicules blindés. Les munitions ne devraient pas manquer puisque la Corée du Nord et L’Iran en livrent officiellement et que le plus grand mystère entoure le jeu de la Chine dans l’affaire.

Point important que soulignent de nombreux observateurs non suspects de russophilie est que la population russe garde une capacité de résilience importante comme elle l’avait fait dans l’Histoire dans des situations bien plus difficiles (Seconde guerre mondiale, invasion de la Russie par les troupes de Napoléon…). Quant à l’économie nationale russe, bien qu’ayant connu une période très difficile après le déclenchement des sanctions en 2022, elle paraît être aujourd’hui de nouveau d’aplomb. L’accès presque normal aux biens de consommation reste le moyen pour la population de « garder le moral »

Tout ce que l’Occident ne fournit plus (avec les pertes pour sa propre économie, surtout en Europe), les Russes le trouvent en Chine, en Inde ou dans les pays du Moyen-Orient.

Sur le plan militaire, le ministre de la défense russe Sergueï Choïgou a déclaré ce que « L’armée russe avance dans toutes les directions» en Ukraine […] Nos militaires agissent avec compétence et détermination, occupent une position plus favorable, et étendent leurs zones de contrôle dans toutes les directions». Selon lui, les capacités de combat des Ukrainiens sont « considérablement réduites » après la « contre-offensive estivale infructueuse ». Bien sûr, il faut relativiser le côté particulièrement optimiste de ces déclarations qui vont dans le sens de la propagande. Les pertes russes ont été importantes et le territoire russe est touché dans la profondeur par des raids et des opérations spéciales ukrainiens parfois spectaculaires mais qui ne menacent pas l’intégrité du pouvoir du Kremlin.

Dans les faits, Les forces russes ont progressé lentement dans leur tentative de sécuriser toutes les régions orientales de Donetsk et de Louhansk, mais elles ont aussi intensifié leurs attaques dans plusieurs autres zones.

Les forces russes font pression à proximité des villages contestés entourant la ville détruite de Bakhmut, capturée par les forces russes en mai après des mois de combats. Il semble que leur intention est de progresser vers Sloviansk, Kramatorsk puis Kostyantynivka (à l’ouest de Bakhmut).

Depuis la mi-octobre, toute leur attention est concentrée sur la ville dévastée d’Avdiivka qui résiste en grande partie grâce aux fortifications mises en place par ses défenseurs ukrainiens.

Mais la progression est lente et coûteuse. Il a fallu vingt mois de combats acharnés aux Russes pour s’emparer de la ville de Marinka au sud d’Avdiivka.

Sur le plan tactique, l’armée russe construit systématiquement des fortifications et érige des champs de mines dans les zones qu’elle contrôle. Ce sont ces défenses statiques ont été un facteur clé pour freiner la contre-offensive ukrainienne lancée début juin.  D’ailleurs, les troupes ukrainiennes n’ont réalisé que des gains limités à l’est et au sud.

Changement de stratégie ukrainienne

Après avoir visité les positions ukrainiennes dans le nord-est de l’Ukraine et s’être entretenu avec le colonel-général Oleksandr Syrsky qui commande les forces terrestres ukrainiennes à Koupiansk le 30 novembre, le président Zelensky a annoncé des changements majeurs dans la stratégie à venir de l’armée ukrainienne. Il a déclaré :  « nous avons une nouvelle phase de guerre, et c’est un fait […] L’hiver dans son ensemble est une nouvelle phase de guerre ».

Il a annoncé la fortification de défenses sur des zones sensibles du front mais aussi  le long de la frontière avec la Russie et la Biélorussie.

Dans son discours du 30 novembre, il précise : « dans tous les grands secteurs où un renforcement est nécessaire, il devrait y avoir une impulsion et une accélération de la construction de structures Cela implique évidemment la plus grande attention aux secteurs d’Avdiivka et d’autres secteurs de la région de Donetsk. Dans la région de Kharkiv, cela signifie le secteur de Koupiansk et la ligne Koupiansk-Lyman».

Cela dit, s’enterrer au moment où la terre est gelée relève de la gageüre…

Bien qu’il ait fini par se ranger à son avis sur le plan tactique, la crise qui oppose le président Zelenski à son commandant en chef, le général Valeri Zaloujny, est désormais visible. Le président n’hésite pas à s’adresser directement à des commandants subalternes sans passer par Zanoujny ce dont ce dernier s’est plaint auprès des Américains. L’ambiance du haut commandement commence à être pour le moins tendue.

Que se passe-t’il actuellement

À court terme, les services de renseignement occidentaux pensent que la Russie va étende ses bombardements d’infrastructures civiles, y compris des installations électriques, pour tenter de faire plier le moral de la population civile pendant les mois d’hiver.

L’opposition politique au président Zelenski semble de plus en plus importante. Ainsi, le maire de Kiev, Vitali Klitschko, l’a qualifié dans le journal allemand Spiegel de « tyran étranglant l’Ukraine ». Selon lui « à la suite des actions du président, il n’y a pratiquement plus d’institutions de pouvoir indépendantes en Ukraine et que le pays s’oriente activement vers un autoritarisme, dans lequel tout dépend de l’humeur d’une personne […] Pour l’instant, il ne reste qu’une seule institution indépendante, mais elle est soumise à une pression énorme : le gouvernement local ».

Les forces terrestres ne bougent presque plus mais cela pourrait changer prochainement, le sol étant de plus en plus dur en raison de l’arrivée du gel. Cela va permettre aux véhicules blindés de reprendre leurs manœuvres.

Mais, le manque de puissance aérienne continue d’entraver les efforts des forces au sol ukrainiennes.

L’armée russe ambitionne de déployer en 2024 environ 480 bataillons de manœuvre contre 180 avant la guerre. Il s’agit d’une énorme augmentation rendue possible par une formidable capacité industrielle et un stock important de matériels de l’ère soviétique. Avec 300 nouveaux bataillons, cela signifie 60 bataillons de chars, nécessitant 2.400 blindés. Les Russes ont fixé un objectif de production de 1.500 chars pour 2023. Il convient aussi de remplacer les matériels détruits ou capturés. À voir s’ils atteindront leurs objectifs qui semblent ambitieux sur le court terme mais réalisables sur le long terme…

Des coups de main audacieux

En plus de toutes les opérations qui ont eu lieu par le passé sur le territoire russe, en particulier avec des drones et parfois des commandos, les services de sécurité de l’État ukrainien (SBU) auraient mené des sabotages sur les lignes ferroviaires de l’est de la Russie à plus de 3.000 kilomètres du front !

Des explosions successives se seraient produites sur des trains qui traversaient d’abord un tunnel, puis sur un pont dans l’extrême-est de la Russie.

La Russie aurait ouvert une enquête sur un « cas criminel de terrorisme » après les attentats contre la ligne Baikal Amur.

Selon des sources ukrainiennes, l’intention était de « neutraliser » une importante infrastructure que les Russes utilisaient parfois à des fins militaires. C’est-à-dire que c’est par cette voie que passe une grande partie de l’aide qui provient de Chine et de Corée du Nord.

Dans les mois qui viennent, tout est possible : le limogeage du général Zanoujny qui ne fait pas l’unanimité dans le monde politique (1), – une crise de la même ampleur a eu lieu dans le commandement russe depuis le début de l’ « opération spéciale » ; plusieurs généraux ont été démis les uns après les autre (2) sans parler de l’affaire Prigojine (3) – ; la destitution du président Zelenski, etc.

Mais comme aucun des deux partis ne veut négocier pour l’instant, des changements à haut niveau seraient préjudiciables à l’image de l’Ukraine.

 

1. Voir « Une député ukrainienne s’en prend au général Zaloujny » du 29 novembre 2023.

2. Voir : « Nouveaux changements dans le haut commandement russe » du 25 janvier 2023.

3. Voir : « La fin de Wagner ? » du 5 septembre 2023.

Publié le

Texte

Alain Rodier