Le père Sergiy de sa vraie identité Nikolai Romanov (1) âgé de 65 ans a été arrêté par la police anti-émeutes russe mardi 29 décembre. La justice l’accuse d’avoir « encouragé des mineurs et au moins dix religieuses à commettre un suicide ». Dans une vidéo, il avait effectivement appelé ses fidèles à « mourir pour la Russie » mais, comme d’habitude, les faits sont plus compliqués.
À savoir que ce prêtre s’est surtout fait connaître au printemps de cette année niant l’existence de l’épidémie de Covid-19 qu’il qualifiait de « pseudo-pandémie ». Il affirmait que la campagne de vaccination fait partie d’un complot mondial destiné à contrôler les citoyens à l’aide de puces électroniques. Il avait par ailleurs vigoureusement critiqué le clergé orthodoxe russe et la décision de fermer les églises (aujourd’hui rouvertes).

Le 16 juin, il s’était retranché dans le couvent de Sredneuralsky après en avoir pris le contrôle. Situé près de la ville d’Ekaterinbourg dans l’Oural (à 1.600 kilomètres à l’est de Moscou), il connaît bien cette institution qu’il a contribué à fonder au début des années 2000. Il convient de souligner que c’est à Ekaterinbourg que le Tsar Nicolas II, sa famille et leurs accompagnateurs (que le père vénère) ont été assassinés et enterrés en 1918 par les bolchéviques. Très populaire, beaucoup de fidèles venaient y écouter ses prêches depuis qu’il s’était réfugié dans le monastère.

Il avait refusé d’évacuer le couvent comme cela lui avait été ordonné par les autorités administratives (et religieuses mais ces dernières n’ont pas force de loi en Russie). Plus étrange, des hommes armés (surnommés les « cosaques » et dont certains auraient combattu dans l’Est de l’Ukraine) assuraient la protection du lieu. Ils se sont évanouis dans la nature lors de l’arrivée des Omon (forces anti-émeutes).

Des cas de maltraitance de mineurs dans ce couvent avaient été signalés depuis sa fondation en 2001 mais cela aurait une chose courante, certaines nonnes considérant que punir physiquement des enfants indisciplinés était une chose légitime …
En septembre, le père Sergiy avait été excommunié par l’église russe pour refus d’obéissance.

Ce prêtre, ancien policier durant l’ère soviétique, a passé treize ans dans un camp de travail pour vol et pour meurtre. Il a été libéré à la fin des années 1990. Durant son ministère, il a critiqué les lois interdisant les prêches antisémites s’est dit favorable aux punitions corporelles au sein d’une même famille. Il aurait eu l’oreille de nombreux politiciens et stars du sport.

Il est considéré comme un opposant résolu au président Poutine qu’il juge trop « libéral », lui-même se définissant comme « ultraconservateur ». Il n’a pas hésité à le désigner comme « traître à la Patrie » servant un « gouvernement mondial satanique », etc.
Quant au patriarche de Moscou et de toute la Russie, Cyrille (né Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev), Sergiy estime que c’est un « hérétique » qui doit être « viré ».
Son cas déjà défendu par un avocat de renom en Russie (tout à fait normalement car le prévenu restera incarcéré durant les deux mois qui précèdent son procès prévu en février 2021), va certainement intéresser tous les intellectuels et ONG anti-Kremlin qui sont majoritaires en Occident.
En Russie, le père Sergiy semble effectivement très apprécié car son adhésion aux théories complotistes ont rencontré un large écho, non seulement dans les couches populaires traditionnellement superstitieuses, mais aussi au sein de milieux intellectuels.

 

1. comme le dernier Tsar Nicolas II pour lequel il voue une profonde dévotion; il serait même à la tête d’une obédience religieuse de l’Église russe qui se réclame du dernier Tsar qui a été reconnu comme « Saint ». En effet, lui, sa famille et leurs accompagnateurs qui ont été assassinés dans les caves de la villa Ipatiev à Ekaterinbourg dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 par les bolchéviques ont été reconnus comme martyrs par l’Église orthodoxe en 1981.

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Texte

Alain Rodier

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